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Roland HUREAUX

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 08:14

 

Paru dans Le Figaro 28/03/2013

 

Rien n’illustre mieux les vices du processus réformateur français que la question du cumul des mandats.

Sa suppression parait aujourd’hui à l’opinion, à droite comme à gauche, être la panacée qui doit permettre de résoudre les problèmes que connait la classe politique française. 

Or nous pensons  qu’ils  en seraient au contraire aggravés. Pourquoi ?

Le principal de ces problèmes est la crise de confiance considérable   qui la sépare du   peuple ; au-delà, le décalage formidable entre les politiques menées par  les   majorités  successives et les aspirations réelles de la population. 

Ce décalage, pour ne pas dire cet abîme,  est une réalité. Pourtant  le fait qu’une partie des députés et sénateurs  soient en même temps  élus locaux constitue un des rares canaux qui permettent aux aspirations populaires, perçues immédiatement par ceux qui ont un mandat local,  de remonter au sommet. La suppression du cumul de mandats réserverait les mandats nationaux à des professionnels de la politique parlementaire  choisis  par les états-majors des partis, sans  contact avec le terrain, au travers de campagnes électorales   dont le résultat dépendrait    très peu de la représentativité   personnelle et beaucoup du contexte national. Le fossé entre  les  hommes politiques et la population  s’en trouverait non point comblé  mais élargi !

Autres effets pervers que bien peu aperçoivent : la  vie politique   coûterait au total plus cher au contribuable puisqu’ il faudrait dédoubler un  certain  nombre de  postes – tout en assurant, ne soyons pas naïf, le maintien  du pouvoir d’achat. On oublie que le cumul des mandats est assorti  d’un plafond du  cumul des rémunérations qui en relativise l’intérêt financier   et donc   aggraverait les coûts en cas de dédoublement des titulaires.

Ce dédoublement aggraverait ce qui est  le vrai mal   de la politique française : l’insuffisance des ressources humaines. Malgré les nombreux avantages dont les mandats politiques sont, parait-il, assortis, les prochaines élections municipales témoignent d’une grave crise des  vocations, au point de Jean-François Copé a suggéré à Agen que  l’UMP aille chercher  des candidats par petites annonces !  Privée  de personnalités nationales, la classe politique   locale deviendrait encore plus médiocre qu’  elle n’est et, faute de grands ténors, la décentralisation reculerait.

Ne parlons pas du déchainement d’hypocrisie que la limitation des cumuls  provoque déjà et qui serait  aggravé. On peut interdire à l’épouse d’occuper la place laissée vacante par son mari, mais comment l’interdire à la compagne, surtout en temps de parité ? Les structures intercommunales sont généralement laissées en dehors ses lois sur le cumul : tel qui abandonne sa fonction de maire, garde la présidence de la communauté de commune etc.

Pour toutes ces raisons, la mal politique français  se trouverait à coup sûr aggravé par la fin du cumul.

 

Un processus réformateur vicié

 

En ce domaine comme en d’autres, on voit le vice du processus réformateur français, bien plus grave que le cumul des mandats lui-même.

Tout projet de réforme part d’  un vrai problème : en l’occurrence la crise, bien réelle, de la  représentation. Mais au lieu d’analyser finement le problème, l’opinion se  précipite sur une solution en forme de slogan dont personne ne s’est donné la peine d‘étudier en détail si elle  répond bien au problème posé. Cette fausse solution  néanmoins se répand, est répétée par les médias, l’administration et les politiques, elle aboutit dans le programme des partis. Quand  une commission d‘experts est réunie, loin  d’analyser  le problème en détail, elle collationne au fil des auditions    les idées qui sont sur la place publique pour leur donner un peu plus de poids. D’ailleurs, ceux qui s’éloigneraient de l’opinion commune sont généralement écartés des auditions. Et finalement, à force qu’on en parle, la réforme finit par être votée et elle n’a pas du tout les effets escomptés, quand elle n’est pas carrément contre-productive.  

La suppression du cumul des mandats attend encore, non parce que c’est une mauvaise idée mais parce qu’elle heurte à de puissants intérêts. Heureusement !  

Cette démarche réformatrice simpliste se rencontre  en bien d’autres domaines. Vrai problème :    la complication de l’admintiration locale. Faux remède : réduire les 36 000 communes à 360 car le vrai mal  n’est pas là, ces petites communes ne coûtant rien. Pour opérer peu à peu cette réduction, on a multiplié les structures intercommunales qui, elles, coûtent cher et  compliqué encore  les structures locales. 

Dans le régime soviétique, la suppression l’initiative individuelle fut catastrophique pour  l’agriculture. Les rendements s’effondrèrent ; quel remède appliqua-ton pendant des années ?  Une centralisation encore plus grande ! Jusqu’à la « chute finale ».

Pour améliorer le  politique française, il importe donc de  dépasser les idées reçues et de bien analyser les vrais problèmes.  

Si le cumul de mandats  a un inconvénient, c’est  surtout dans le vote des lois relatives aux collectives locales où le Sénat est à la fois juge et partie. Il faudrait l’empêcher de bloquer certaines  réformes. Or, au cours de toutes dernières années, son pouvoir en la matière a été au contraire renforcé. 

On veut empêcher que les appareils politiques  locaux dissuadent les jeunes de se lancer en politique. Là encore il y a bien  d’autres moyens. Par exemple enlever toute valeur légale aux investitures,  de telle manière que le soutien des appareils politiques   ne fausse pas la saine émulation  des talents.

Mais la question la plus importante demeure celle  du recrutement des hommes politiques. Leur émergence à partir du terrain  a des inconvénients, mais le recrutement par les    appareils nationaux en aurait encore davantage. Les raison d’un appauvrissement bien réel du personnel politique n’ont pas encore été analysées assez en profondeur pour qu’on se précipite sans réflexion sur le  premier remède proposé. 

     Roland HUREAUX 

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Published by Roland HUREAUX
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commentaires

Albert 04/05/2013 11:50


Tout ça est bel et bon, mais ne doit pas conduire au statu quo, car les critiques faites au système actuel (spécificité bien française semble-t-il) sont fondées.


On pourrait peut-être commencer par les choses les plus indiscutables, et améliorer la situation par étapes plutôt que de prétendre d'emblée opérer une réforme générale et
parfaite (encore une spécificité nationale!).


Par exemple, s'inspirant du bel exemple (volontaire) de Delanoe, on pourrait interdire le cumul entre mandat national et mandat de maire d'une très grande ville (au-dessus de 100000 hab.,par
exemple), ou de Président de Conseil général, ou Régional? Etc.etc...


On sait bien que les institutions sont ce que les hommes en font. Est-ce une raison pour ne jamais essayer de les corriger?

Roland HUREAUX 08/05/2013 14:45



Pourquoi voulez-vous édicter une nouvelle interdiction qui ne servira à rien parce que le
 fond du problème n'est pas là ?  


Ne trouvez-vous pas que le monde  est déjà
assez compliqué ?


RH