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Roland HUREAUX

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 20:41

 

Comment ne pas comprendre la réaction indignée de la plupart des associations féministes aux nombreux soutiens apportés en France  à Dominique Strauss-Kahn   et qui se sont traduits   par le retour aux clichés sexistes les plus éculés : « il n’y a pas mort d’homme », « ce n’est qu’un troussage de domestique »,  « le présumé coupable est d’abord  un séducteur » ?  

Il est très sain qu’à l’initiative d’associations comme Osez le féminisme, La barbe, Parole de femmes, 3000 personnes aient manifesté à Paris le 22 mai contre ces débordements verbaux, ou  que près de 30 000 personnes aient déjà signé le manifeste "Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent", lequel rappelle opportunément que 75 000 viols auraient  lieu en France chaque année et  dénonce avec raison « une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes ».  

Nous ne ferons que deux réserves à l’appel que ces associations ont lancé.  Quand elles dénoncent   « une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompts à surgir chez une partie des élites françaises. », il est dommage qu’elles ne précisent pas de quelle  partie il s’agit ;  c’est d’abord, paradoxalement,  celle où naviguent la plupart des  militantes féministes : la gauche bobo, libérale-libertaire, précisément la moins  « réactionnaire » selon les canons convenus. Ceux qui se sont ainsi  « lâchés » sont presque tous issus de cette partie des élites qui a toujours soutenu les revendications féministes.

La plupart de ces militants féministes considéreraient avec horreur de fréquenter des « réactionnaires ». Pourtant, si elles le faisaient, peut-être seraient-elles moins pessimistes sur l’homme car, autant et plus qu’une gauche devenue presque entièrement hédoniste,  il est des  conservateurs  qui savent ce qu’est le respect.

Pourquoi cette apparente contradiction entre les idées et les actes chez tant de « progressistes » ? La plaignante  de l’affaire de New York est femme, noire, musulmane, immigrée, prolétaire et même   chef de famille monoparentale (une expression plus politiquement correcte que  « veuve »). Elle a tout pour susciter l’empathie de la  gauche. Mais non, c’est  pour son  agresseur supposé que cette gauche, pour l’essentiel, prend parti.  Car lui est de leur monde, elle pas. Dominique Strauss-Kahn, totalement libéral (sinon il n’aurait pas été à la tête du FMI)  et totalement libertaire, est  la figure emblématique de tout un  milieu, l’expression la plus accomplie de sa vision de la société.  Quelque  favorables que ces gens prétendent être à tout ce  qu’incarne  cette femme, il est un principe qui passe avant : « Touche pas à mon pote !».  Or l’accusé est leur pote.

Nous ne voulons pas exonérer la droite dans cette affaire, mais elle s’est   dans l’ensemble montrée plus discrète, à l’exception de Christine Boutin qui a cru bon d’évoquer  une « machination ». Qu’en sait-elle ?

 

Des stéréotypes  bien d’aujourd’hui

 

L’autre réserve  au manifeste (et ce sera tout) porte sur l’expression « des stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle ». Non, mesdames, ces stéréotypes  sont bien de notre  siècle !

Parmi les fantasmes où s’égare le féminisme idéologique (à distinguer du féminisme authentique), se trouve la dénonciation d’un  Moyen Âge mythique  où le pouvoir de l’homme était supposé s’exercer sans frein, époque tenue pour révolue, mais dont les mœurs, croit-on, refont surface au moindre manque de vigilance.

Non, la multiplication des agressions contre les femmes, l’arrogance sexiste croissante, la transgression des règles de respect les plus élémentaire sont enfants du siècle : du XXe et du XXIe. Ils sont  l’héritage, n’hésitons pas à le dire,  de mai 68.

En invoquant le Moyen Age, les mouvements féministes pensent  en fait à l’héritage chrétien, spécialement à saint Paul : « l’homme est  le chef de la femme » (1C 11,3), tout en oubliant : « il n’y a plus ni homme ni femme » ( Ga 3, 28) « les hommes doivent aimer leur femme comme leur propre corps » (Ep 5, 28) »  et « celui qui veut être le premier se fera le serviteur de tous» (Mt 20, 27) : des maximes à l’opposé du comportement dominateur  des mâles de l’âge libertaire.

Ces mouvements  oublient  qu’au  Moyen Age,  comme ils disent,  toute violence faite à une femme (comme à un homme ou un enfant)  était tenue pour un péché mortel, et donc  passible du feu de l’enfer. Jusqu’au concile Vatican II, c’est là ce qu’enseignait tout  curé de campagne. Quoi qu’en pensent des mouvements féministes,  prisonniers des stéréotypes, le droit de battre sa femme, n’a jamais fait partie de l’héritage chrétien, ni juif, ni grec. Même le  Coran  est plus ambigu qu’on ne dit sur ce sujet.

La morale laïque, celle de Jules Ferry, enseignait, elle aussi, jour après jour le respect, pas spécialement celui des femmes ou des étrangers, de tout le monde. A la fin des années soixante, en même temps que le catéchisme perdait sa vigueur et son public, la morale était rayée des programmes de l’enseignement laïque.

Certes, cet enseignement ne suffisait pas  à empêcher   les violences, pas   davantage que les interdits sexuels n’ont jamais dissuadé   les relations sexuelles hors mariage.  En temps de guerre, les viols étaient  courants  (comme ils le sont  encore au XXIe siècle), mais les  interdits, infatigablement ressassés,  constituaient un frein , et  ce frein a disparu.

L’ordre moral que condamnent les associations féministes, c’était d’abord   ne pas forcer  la volonté d’autrui.

Les comportements que les féministes dénoncent  avec raison ne sont pas des survivances du vieil ordre judéo-chrétien mais, au contraire,  le produit de sa décomposition. 

L’esprit de mai 68, en proclamant  l’abolition des interdits  a diffusé chez les mâles, l’esprit  prédateur. N’être ni « coincé », ni « refoulé », savoir « se lâcher » (pour reprendre l’expression du manifeste) n’est-il pas le  nouvel impératif moral ?  Comment   les vrais libertaires  pourraient-ils considérer les réticences d’une femme, spécialement d’une « simple femme de ménage »,  comme  légitimes ?  « Il est interdit d’interdire » : comment  certains héritiers de mai 68 ne considéreraient-ils pas qu’une femme qui interdit son corps offense le sacro-saint principe  libertaire ? Habitués à ce qu’on ne leur résiste   pas,  les plus accomplis de ces héritiers, quand ils sont riches et puissants, finissent  par tenir  le refus d’une femme   pour illégitime, par penser  qu’en la forçant  un peu, juste un peu, on en aura raison. Raison : la raison des Lumières qui n’admet  aucun « obscurantisme », y compris moral tel qu’il s’exprime par exemple dans  les  scrupules d’une femme plus ou moins illettrée !

C’est pourquoi le  féminisme idéologique  se  fourvoie quand il se lie à  la cause   libertaire  dont le principe est : « jouissons sans entrave ».

La morale ancestrale qu’il combat, ce n’était pas d’abord  le pouvoir machiste, c’était la prise en compte du désir d’autrui.

Quel  que soit son fin mot, l’affaire Strauss-Kahn n’aura  pas été vaine si elle amène de la part de féministes justement indignées, un réexamen  en profondeur des mythes  qui ont trop longtemps dénaturé leur cause.   

 

Roland HUREAUX

 

 

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Published by Roland HUREAUX
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commentaires

Internaute 21/07/2011 21:13



A Monsieur Hureaux. J'ai oublié de préciser dans mon dernier post, l'adresse du blog dont je faisais mention : saldadelle.fr



Roland HUREAUX 05/11/2011 12:00


Merci. RH


Internaute 21/07/2011 21:02



A Monsieur Hureaux.  Hors sujet. J'admire votre combat. Malheureusement, certains pratiquent l'imposture intellectuelle. Par exemple, l'auteur de ce blog Sarkozyste, européiste, mondialiste,
qui denonce à tort les gaullistes véritables et laisse penser que le pragmatisme du Général aurait pu faire qu'il soit en accord avec tout ce qui se passe actuellement en matière de politique
intérieure et étrangère.



Roland HUREAUX 22/07/2011 10:00


C'est évidemment une imposture. RH


zed 09/07/2011 23:14



Bravo Monsieur Hureaux. Je vous reçois 5 sur 5. Je viens de m'inscrire à votre newsletter...


Merci également pour cette excellente vidéo au sujet de la commune que j'ai visionnée il y a 2 jours sur Enquête et Débat. Vivant à l'étranger, j'ignore certaines choses et cela m'a fort
éclairée. J'ai fait passer.


Si seulement on avait plus de politiciens tels que vous en France...



Roland HUREAUX 22/07/2011 09:59


Merci de votre message et del'intérêt que vous trouvez à mes articles. Je m'en réjouis . Bien à vous. Roland Hureaux