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Roland HUREAUX

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 22:46

 

En décernant le Prix Nobel de la Paix à l’Union européenne, le comité Nobel a pris une décision hautement contestable. Qu’attendre  d’ailleurs d’un comité qui  avait décerné  trois ans plus tôt la même récompense à  Barack Obama lequel  a  pris depuis l’habitude  de faire abattre par des drones aux quatre coins  du monde, sans jugement et sans sommations,  les gens qu’il  désigne chaque  semaine !

Il est étonnant par ailleurs, beaucoup l’ont souligné,  que cette récompense  émane d’un pays, la Norvège, qui a jugé meilleur pour lui de ne pas être membre de l’Union.

La paix en Europe a commencé en 1945. Le marché commun institué par le traité de Rome en 1957  et qui n’a commencé à  fonctionner qu’en 1960 est-il la cause  de la paix ? N’est-il pas plutôt sa conséquence ? A fortiori les institutions actuelles qui émanent des traités de Maastricht (1992), Amsterdam (1996), Nice (2001) et Lisbonne (2007). La monnaie commune, la plus significative des  institutions   actuelles,  fonctionne depuis  1999.

Le communiqué du Nobel reprend les poncifs habituels : “En  70 ans, l’Allemagne et la France  s’étaient fait la guerre trois fois.  Aujourd’hui, la guerre entre l’Allemagne et la France est impensable”. Cette dénonciation sommaire des nationalismes du passé  qui  sert généralement à justifier les institutions européennes  est fallacieuse :  la vérité est  que l’Allemagne a envahi la France trois fois en 70 ans, comme elle a envahi la Russie et la Belgique deux fois, la Norvège, la Pologne , la Tchéquie et bien d ‘autres pays jusqu’à la Grèce.  L’Allemagne et l’Allemagne seule: les invasions italiennes de 1939 et  1940  procédèrent d’un  pâle mimétisme, l’occupation de l’Allemagne par les alliés en 1919 et 1945 fut  une juste revanche.

Hors  de l ‘Allemagne, aucun Etat européen n’en a envahi un autre depuis 1815.  Ils   n’avaient ainsi  pas attendu l’Union européenne pour faire la paix !

D’autant plus critiquables sont les institutions européennes actuelles qui donne une hégémonie de fait à la même  Allemagne.

Si l’accent est justement mis par le Comité Nobel sur l’amélioration des rapports franco-allemands, pourquoi n’avait-t-il  pas alors  récompensé   De Gaulle et Adenauer qui avaient, eux,  hors de tout cadre institutionnel,  posé en 1963 un véritable acte de paix?

Il est malvenu pour le Comité Nobel de se référer aux Balkans.  Coresponsable avec l’Etats-Unis de la guerre de Yougoslavie de 1999,  l’Europe a montré à cette occasion les limites de son pacifisme : cette guerre inégale engagée en violation ouverte  du droit international,  a fait du seul côté serbe 20 000 victimes civiles et  pratiquement pas de militaires.

Que la paix ait été rétablie dans les Balkans,  certes. Mais elle l’a été après des années d’impuissance et  par  un choix éminemment contestable : celui de prendre   parti unilatéralement contre un des peuples de la péninsule, les Serbes, préalablement diabolisés par une presse internationale aux ordres.     Les Serbes ont été,  qui le sait ? la principale victime des déplacements forcés de population opérés dans la région au titre de la « purification ethnique ». Où est la justice dans tout ça ? Ovationnée à l’unanimité par le Bundestag debout, l’intervention de l’OTAN en  Serbie fut en réalité une revanche historique de l’Allemagne, encore elle,  contre un petit peuple qui, par sa  résistance,  avait donné plus de fil à retordre que tout autre aux armées nazies.   

Il n’est jusqu’à la perspective de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne que le comité Nobel ne  salue comme un initiative de paix – douteuse à notre sens quand on perçoit le double jeu de ce pays  peu prompt,  à la différence des vrais Européens,  à reconnaître ses crimes passés.

Que les relations incessantes entre les pays auxquelles  l’Union européenne oblige soient un facteur de paix, peut-être : mais  cette activité ne doit-elle pas  autant au développement généralisé de la coopération internationale et aux progrès des communications ? Qui dit qu’elle n’aurait pas été aussi intense sous un autre régime de coopération européenne, moins contraignant, qui dit même qu’elle contribue vraiment à la paix ?  Au demeurant, une coopération aussi intense ne s’observe-telle pas dans les autres  continents ?  Sans rien posséder d’analogue aux institutions de  Bruxelles, l’Amérique latine vit en paix depuis plus longtemps, et mieux  que l’Europe.

Peut-être aurait-il  fallu, avant de  récompenser l’Union européenne, attendre la fin du film ?  Il est rare que les constructions artificielles, de l’Empire romain  à l’URSS ne connaissent pas un effondrement cataclysmique. Tout indique que l’Union européenne est, elle aussi, une construction artificielle. Qui sait comment elle finira ? Le ballon d’oxygène du prix Nobel ne sauvera pas le moribond.

En tous les cas, la principale réalisation, l’euro, apparait aujourd’hui comme un sérieux danger : la volonté de le maintenir à tout prix aboutit à des politiques  qui plongent le continent et même le  monde entier dans la récession. Joseph Stiglitz, prix Nobel de la paix n’hésite pas à qualifier  ces  politiques de « criminelles ». On sait à quoi  conduisirent les politiques déflationnistes de la République de Weimar pour sauver le mark (1930-1933). Qui sait à  quoi conduiront les politiques déflationnistes de l’Union européenne pour sauver  l’euro ?

 

Roland HUREAUX

 

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