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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:06

 

Au palmarès de la vertu politique, quoi de plus valorisant pour un candidat que de  présenter un programme ? Et s’il est élu, quel éloge ne recevra-t-il pas s’il tient ses promesses ?

Quelle illusion pourtant ! Nous  pensons qu’au contraire  rien n’est plus calamiteux, aujourd’hui,  pour  la bonne marche des affaires publiques que les programmes et l’obligation que ressentent les élus de tenir  leurs  promesses.

Tout simplement parce que les mécanismes politiques actuels sont tels qu’il est  rare que les programmes et les promesses soient  bons. 

D’abord parce qu’un bon programme est difficile à faire. Il suppose une  analyse pertinente des dysfonctionnements de l’économie  ou de la société qui n’est pas à la portée du premier venu. La faiblesse des servies d’étude des partis et  le conformisme des think tanks à la française font que, la plupart du temps, n’en émanent que des analyses sommaires et des remèdes convenus  dont on a rarement examiné la pertinence.

L’opinion, et surtout ses relais, s’en contentent. Les  bons remèdes, à supposer qu’on les connaisse, sont difficiles à inclure dans un programme. Pas seulement, comme on   croit,  parce qu’ils  remettront en cause des privilèges et  apparaîtront donc impopulaires.  Mais aussi parce que le public veut   des schémas simples ; ce qui importe, ce n’est pas que le remède soit bon, mais qu’il en ait l’air : bonnes ou mauvaises, des réformes correspondant  à de tels schémas    ont plus de chances d’être acceptés que des  solutions complexes.

 Il ne suffit pas que les schémas soient simples, il faut aussi qu’ils soient    dans l’air du temps, et pour cela qu’on en parle depuis assez longtemps pour qu’ils semblent désormais s’imposer.  

On peut donner beaucoup d’exemples de ces propositions qui ont l’air d’ être des solutions à un problème (généralement bien réel), qui ont fini par s’imposer  à l’usure et qui pourtant  ne résolvent rien, au contraire :

Le paysage local français parait-il trop encombré ? On proposera de supprimer les petites communes alors même que ce ne sont pas elles qui coûtent cher et que leur regroupement (intercommunalité)  entraînera complications et coûts supplémentaires ;   

L’Etat coûte-t-il trop cher ? Plutôt que  d’analyser en détail les causes des  surcoûts, on proposera de fusionner des services   aux finalités apparemment proches, alors même que l’expérience prouve que la plupart de ces fusons entraînent désorganisation et surcoûts (par exemple la création du Pôle emploi) ;

La classe politique a-t-elle perdu la confiance des citoyens ? on proposera de supprimer le cumul des mandats, source d’abus dit-on,  alors même que ce cumul est sans doute le dernier cordon ombilical qui relie  à   la base populaire  une classe dirigeante de plus en plus autiste.

Nous pourrions multiplier les exemples de cette sorte, dont on ne sait s’ils résultent de l’idéologie ou de l’incompétence – généralement les deux.

Mais il y a pire que les propositions superficielles n’ayant d’autre mérite que’ d’être dans l’air du temps, ce sont les propositions purement idéologiques, qui s’imposent  comme une évidence au candidat d’un parti compte tenu de la culture de ce dernier à un moment donné mais qui ne correspondent nullement  à une aspiration de l’opinion , encore moins  à une solution à un problème ; ainsi  le mariage de  homosexuels, pur produit de l’idéologie dominante parmi les militants socialistes et dans les médias, chauffés à blanc par le lobby LGBT.

 

Faire le bien est plus important que tenir ses promesses

 

Il faut le dire sans fard : bien plus important pour  un candidat élu que de tenir ses  promesses, c’est tout simplement de faire le  bien. Si telle promesse a eu un caractère démagogique, il s’honorera à ne pas la tenir ; si mal  il y a, ça été de la faire, pas de la passer à la trappe. Si telle autre s’avère, au moment de la réalisation, plus compliquée  à tenir qu’on ne   pensait, si elle s’avère recéler plus d’inconvénients  que ce que l’on croyait  quand elle   n’était qu’un slogan de campagne, là aussi, il mieux vaut l’oublier.

Il est facile d’appliquer cette grille de lecture aux 60 propositions de François Hollande.

Quelques-unes de ces propositions (assez rares) sont bonnes et leur application ne présente pas de   difficultés majeures : ainsi  la création d’une banque publique d’investissements  ou le retrait des troupes  françaises  d’Afghanistan. Un programme ambitieux de construction de logements sociaux est sans doute opportun, sous réserve de son coût budgétaire. 

D’autres promesses, également bonnes, risquent de sombrer dans les  oubliettes parce que des groupes de pression suffisamment puissants s’y opposent : ainsi la réforme bancaire dont on sait déjà qu’elle  sera  réduite  a minima,   ou de la réduction à un écart de 1 à 20 des salaires dans les entreprises publiques.

D’autres engagements, critiquables,  ont cédé devant la force des choses : ainsi l’engagement de rompre avec la Françafrique, violemment démentie par l’affaire du Mali. Heureusement !

D’autres mesures sont, elles, franchement   inopportunes compte tenu  de la conjoncture économique, ainsi la création de 60 000 emplois à l’éducation nationale, le retour à la retraite à 60 ans  ou encore la réduction de la part du nucléaire dans l’approvisionnement énergétique de 76 à 50 %. Sur le plan de la sécurité, le renoncement aux peines planche, une des rares mesures utiles du quinquennat Sarkozy, quinquennat plombé lui aussi par trop de promesses  oiseuses, est très regrettable.

Reste l’institution  du mariage des homosexuels   qui constitue (comme la légalisation de l’euthanasie, promise elle aussi) une rupture anthropologique  grave qui répugne fortement à une partie des Français, pas nécessairement les moins éclairés. Elle laissera,  si elle est adoptée, une cicatrice profonde dans la société française.

Monsieur François Hollande, si vous voulez   passer  à l’histoire  comme un bon président,  ayez  la sagesse de ne pas tenir un certain nombre de vos promesses !  

Vous avez compris, je l’espère, que malgré vos 60 engagements, un seul intéressait en réalité les Français et que, cet engagement, vous l’avez tenu dès le premier jour de votre élection : les débarrasser de Sarkozy dont, à tort  ou à raison, ils ne voulaient plus. Le reste est littérature. Il est même probable que vous auriez été élu plus largement   sans la plupart de vos engagements.

 Après tout, la première mission  d’un responsable politique, n’est pas d’abord de l’ordre du « faire » mais de l’ « être ». On n’attend pas d’abord de lui  qu’il « fasse des choses », promises ou pas, mais qu’il tienne honorablement son rang et  qu’il gère bien l’intérêt du pays,  en fonction des  circonstances : un homme d’Etat se doit d’être  opportuniste.  

 

Roland HUREAUX 

 

 

 

 

 

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Published by Roland HUREAUX
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