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Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:45

 

Parmi les idées absurdes ayant inspiré la réforme régionale  qui vient d'être votée,  est celle de  la nécessité de construire en France un réseau urbain de type allemand.

Expliquons-nous . La France possède une très grande ville : Paris   qui,  avec son aire urbaine,  atteint les  12,3 millions d'habitants .

L'Allemagne ne possède pas de métropole de cette importance.  Mais longtemps a prévalu l'idée qu'elle avait en revanche   un réseau de villes moyennes et grandes étoffé qui compensait l'absence de grande capitale  : Berlin,  Stuttgart, Hambourg , Francfort , Münich,  Cologne,  Hanovre, Düsseldorf .   Presque toutes ces villes sont à la tête   d'un land . D'où on a inféré l'existence d' un lien entre   réseau urbain,  système des länder et  équilibre régional.   

Au contraire,  la France disait-on, a un réseau urbain déséquilibré : en donnant plus de poids à nos régions, en n'ayant que sept ou huit grandes régions, on le rééquilibrerait. C'est là le point de départ des réflexions très superficielles et inspirées par l'idée néo-vichyste que tout ce qui vient d'Allemagne est exemplaire,  qui ont abouti  à la réforme régionale de 2014.

Nous laissons ici de côté la question de la taille des régions puisque il est avéré que , contrairement à ce qu'on a prétendu, la moyenne des régions françaises continentales ( 2,9 millions d'habitants) est égale à la moyenne italienne ( 2,9 ) et de peu supérieure à la moyenne espagnole ( 2,5 ). Si l'on met  à part les trois Länder allemands exceptionnellement peuplés, pour des raisons historiques et non  par goût du gigantisme : Rhénanie Nord-Westphalie (17,5 millions) , Bavière (12,5 millions) et Bade Wurtemberg (10,8 million),  à rapporter à notre Ile-de-France (11,8 million),  les autres Länder allemands , soit 13 sur 16    ont la même dimension moyenne que nos régions (2,9 millions) .

Mais les comparaisons qui sont faites entre les  réseaux urbains sont elles aussi  biaisées : dans les études qui sont au point de départ de ces comparaisons (Roger Brunet , Les villes européennes, Montpellier, 1993)  les données démographiques ont été corrigées par différents indices de rayonnement nécessairement subjectifs avantageux pour les villes allemandes.

De fait les données démographiques brutes relatives aux aires métropolitaines montrent une relative égalité : la France en compte 7 de plus d'un million d'habitants : Paris 12,3 millions; Lyon 2,2 ; Marseille 1,7 ; Toulouse : 1,2 ; Bordeaux 1,2 ; Lille : 1,2 ; Nice : 1 et l'Allemagne à peu près autant  : Berlin 5 millions d'habitants avec son aire urbaine , Stuttgart  5,3 ; Hambourg   3,5 ; Francfort   2,5  , Münich  2,3 ; Cologne : 1 ; Hanovre  1 ; Düsseldorf 1 . Si l'on descend la barre à  500 000 habitants, la France et l'Allemagne comptent à peu près chacune une quinzaine d'aires métropolitaines de plus de   500 000 habitants ( il est difficile d'être plus précis compte tenu de l'incertitude géographique de la notion de métropole).

C'est pour compenser ce qui peut être, à tort ou à raison , tenu pour une faiblesse de nos pôles urbains  que l'on a demandé à des villes proches , non de se rapprocher physiquement, ce qui serait difficile, mais de constituer des "pôles" pour mettre en commun certains équipements :  le projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes, si contesté et avec    de bonnes raisons, ne  serait pas compréhensible s'il n'était  situé sur la route de Nantes à Rennes et donc sans l'arrière pensée qu'il serait un jour  l'aéroport du pôle Nantes-Rennes. On avait aussi fait dans le même esprit un aéroport Metz-Nancy qui ne servira  plus à grand chose avec le TGV.

A ce raisonnement, on fera  plusieurs objections:

- d'abord qu'en régime d'économie libérale, les structures territoriales publiques n'ont qu'un impact limité sur le développement économique. Ceux qui rêvent d'un volontarisme français basé sur "cinq ou six pôles de dimension européenne", se font beaucoup d'illusions sur la capacité d'un pouvoir régional à impulser le développement économique. Bien d'autres facteurs interviennent , telles les données macroéconomiques ( si la politique monétaire est aberrante,  réduire le nombre de régions ne servira en aucune manière à relancer la France). Il faut aussi tenir compte des traditions industrielles, des secteurs porteurs  que peut  posséder tel ou tel pays.  A cet égard, l'approche sectorielle est  sans doute plus  pertinente que l'approche régionale, même s'il arrive que les deux se complètent. Depuis 50 ans, l'économie française  pèse, ne serait-ce que pour des raisons démographiques, les 2/3 de l'économie allemande et l'industrie française la moitié, d'autres secteurs ( agriculture , tourisme, services ) venant compléter la panoplie française.  Et ces données n'on pas changé:   la réunification, en augmentant de 5 % le potentiel industriel allemand a à peine  amélioré la situation  de cette dernière. De la même manière, les taux  de croissance sont  à peu près les mêmes tout au long des trente glorieuses avec même un certain avantage pour la France. Ce n'est qu'avec l'entrée dans l'euro que la courbe de croissance française se casse par rapport à la courbe allemande : encore une fois, le réseau de villes n'y est pour rien. - mais l'imitation servile de la politique allemande, si !

- ensuite, parce que la France ne peut pas avoir tous les atouts en même temps. Pas davantage l'Allemagne. Celle-ci n'a pas l'équivalent de la région parisienne, locomotive puissante  qui peut à certains égards compenser l'insuffisance de notre réseau  de villes moyennes.

Que chaque pays ait sa configuration  propre est après tout dans  l'ordre de choses, chacun jouant avec les avantages et  les inconvénients de sa structure propre.

- enfin , il faut rappeler que la configuration urbaine fait partie de ce que Fernand Braudel appelait  l'"histoire longue" . Dès le temps de Philippe Auguste, le royaume de France avait  une structure urbaine qui préfigurait   celle que nous avons aujourd'hui . Avec 200 000 habitants,  Paris surclassait les autres villes d'Europe,  celles d'Italie ( Florence, Gênes, Venise, Milan) , celles de  Flandres   ( Bruges, Gand Anvers) ou d' ailleurs. Les villes de  province françaises étaient loin derrière : c'étaient  Rouen, Orléans, Bordeaux,  Toulouse, Lyon, Montpellier, dont aucune ne dépassait les 30 000 habitants.

Il faudrait des  études à la fois historiques et  géographiques approfondies pour savoir pourquoi la configuration urbaine de notre pays et celle de nos voisins a pris au cours du  temps des  formes différentes.

Mais le fait que  cette configuration puisse se perpétuer pendant presque un millénaire sans changement majeur montre la stupidité qu'il y aurait à vouloir la modifier , pour ressembler à  un modèle allemand dont l'efficacité est largement mythique,    en vingt ou trente ans, cela par un simple changement de découpage administratif. 

 

                                      Roland HUREAUX

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