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Roland HUREAUX

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:54

 

La lettre de Marine le Pen aux préfets  apparaît moins choquante dans son contenu que terriblement maladroite.

Contrairement à Yannick Blanc, j’ai du mal à croire qu’elle ait été écrite par un membre du corps préfectoral, à moins que ce ne soit quelque  jeune  au fait des préoccupations de la maison intérieur mais  sans expérience.  On peut penser au contraire que si Marine le Pen avait consulté n’importe quel  préfet hors cadre ou en retraite, aucun ne lui aurait conseillé de l’écrire.

Si la présidente du FN voulait envoyer un message aux préfets, elle avait mille manières plus habiles de le faire : deux phrases lors d’un passage à la télévision, une formule bien frappée, un  article.

Les préfets auront horreur, c’est évident, qu’on ait  tenté ainsi de les compromettre, eux qui, sans cesse pris en sandwich entre les élus locaux et le gouvernement, pour ne rien dire des médias, se trouvent si  exposés au quotidien.

Ajoutons, que longtemps complexés par une propagande qui en faisait les représentants d’un Etat supposé archaïque, ils  ont  aujourd’hui  tendance à en rajouter dans le zèle en faveur de tout  ce que Marine le Pen dénonce : la décentralisation, la modernisation de l’Etat, la RGPP. Même si beaucoup n’en pensent pas moins, ils n’ont pas besoin de Marine Le Pen pour cela.

Si elle n’a trouvé aucun préfet pour la mettre en garde contre une démarche aussi évidemment  contre-productive,   c’est que sans doute elle n’en connaît pas.

Moins que son sens de l’Etat, la candidate aura ainsi révélé la principale faiblesse de son mouvement :   sa quasi-absence de l’appareil d’Etat. Et d’abord dans ses sphères les plus élevées. Tous les sondages faits au cours des dernières années chez les élèves de l’ENA montrent le niveau bas  de la représentation des extrêmes parmi eux. Il en est  à peu près  de même chez les polytechniciens et autres grands corps.

L’oligarchie française aime la modération. 15 à 20 % des intentions de vote sont sans doute pour le FN  un début de légitimité. Mais cela  ne suffit pas. Pour devenir un parti de gouvernement, il  faut aussi être pris eu sérieux par les gens sérieux, ou tenus pour tels. D’où les efforts que fait Marine le Pen pour mettre en avant ou laisser deviner la présence autour d’elle d’ experts de haut niveau. Sur le plan économique, elle a sans doute, à l’entendre,  fait quelques progrès. Sur la connaissance des subtilités de  l’appareil d’Etat, elle  a encore du chemin à faire.

Or cela compte : qu’on aime la chose ou pas, nous sommes, comme le dit Alain Cotta, au « temps des oligarchies ».

Il y a la grande oligarchie financière nationale ou internationale, le monde du CAC 40, des traders, du show business. Nicolas Sarkozy a été d’abord l’homme de ces gens là.

Mais il  y a,  par derrière, l’oligarchie moyenne, celle qui tient l’appareil d’Etat et nombre de postes importants dans le secteur privé. Elle vote   UMP ou PS, éventuellement  MODEM, guère au-delà.

Elle  est ce qu’Alain Minc appelle le « cercle de raison. »

Que ce cercle de raison soit devenu un cercle de déraison et cela sur beaucoup de sujets : la réforme de l’Etat, la réforme territoriale,  la politique économique et même la plupart des politiques publiques, c’est un fait.  Sinon les extrêmes n’existeraient pas. La dite oligarchie, qu’elle soit de droite ou de gauche -  à ce niveau là  ça n’a pas d’importance - ,   a   cautionné, et même se  trouve  à  l’origine des idées les plus folles du sarkozysme.   

Emmanuel Todd n’a pas tort de lier la montée  du Front national au maintien de l’euro. Mais au-delà de ses défauts économiques  que tous ceux qui ont une vraie culture économique - et donc très peu d’énarques - ,  connaissent,    la machine européenne semble avoir  un effet décérébrant sur notre élite,  aussi décérébrant  peut-être qu’autrefois la « diamat » sur la nomenklatura   soviétique, empêchée par l’idéologie de raisonner juste, au moins en public. 

Qu’ainsi  s’ouvre un espace pour le Front national, qui s’en étonnera ?  Il n’est pas bon que les gens raisonnables  se mettent à déraisonner, laissant ainsi, pour parler comme Michèle Tribalat, le « monopole du réel » aux extrêmes.

Mais quoi  qu’on  pense de ses errances, l’  oligarchie existe et  s’il faut espérer sur bien des sujets, à commencer sur le plan  économique et  social,  une autre politique,   elle ne viendra pas de son contournement, seulement de  sa conversion. Et cette conversion, ce sont les événements – par exemple l’ultime crise de l’euro - , qui la provoquera, non les appels  du pied de partis  qui demeurent culturellement éloignés d’elle.

 

Roland HUREAUX

 

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Gérard Couvert 24/04/2011 17:13



Mon cher Roland, il y a une autre lecture : la mise-en-garde.


Marine Le Pren dit aux Prefets de ne pas redouter son arrivée, mais en fait c'est le bien au contraire qu'elle exprime : lorsque nous aurons le pouvoir vous devrez rapidement vous mettre au pas
du retour du Jacobinisme, du Colbertisme et de la toute puissance de l'Etat.


Elle sait bien que la gangrène de la société française s'est fait par le haut et que la haute administration est un repaire de traitres acquis aux financiers anglo-saxons et elle montre qui
seront les cibles.


C'est la fin du monde des experts qui est en cause avec l'éléction -un jour ou l'autre- de Marine Le Pen, le retur de l'idée que les Peuples on toujurs raisons même lorsqu'ils sont dans l'erreur
!