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Roland HUREAUX

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 19:57

 

Les  hommes politiques  de la Troisième République, républicains intraitables,    étaient    aussi  de  grands   pragmatiques.  La rigueur de leurs  convictions pour ce qui était de l’hexagone ne les empêcha   pas  de maintenir et même de consolider le régime monarchique au Maroc, en Tunisie,   au Cambodge,   au Laos et   dans l’Annam. Le parti pris dissuada  seulement  Galliéni de le faire à Madagascar et ce fut dommage.

Le même pragmatisme doit  prévaloir dans la solution du problème libyen.

L’intervention des forces de l’OTAN, sévèrement bridée par la résolution du Conseil de sécurité, risque de tourner à la déconfiture politique si les adversaires de Kadhafi ne  présentent  pas rapidement  une   alternative crédible au régime actuel.

Le totalitarisme kadhafiste qui règne depuis plus de quarante ans n’ayant pas été la meilleure propédeutique à la démocratie, il convient de considérer l’option du retour à la monarchie.

Colonie italienne de 1911 à   1951, la Libye   avait adopté à l’indépendance le régime monarchique. Le roi Idris Ier était issu de la confrérie   des Sénoussis   qui exerçait depuis plusieurs décennies une forte influence sur le Fezzan ( désert libyen). Cette monarchie se déclara  constitutionnelle peu après et n’était donc pas, au moins en principe, incompatible avec la démocratie.

Le coup d’Etat de Kadhafi en 1969   mit fin au règne du roi Idris.   

Son petit-fils, Mohammed el Senoussi,  vit actuellement  à Londres et a des partisans dans la rébellion.  

On ne voit pas quelle considération pourrait dissuader la  coalition  d’envisager son retour.

Encore faut-il qu’il ose lui-même sortir du bois, peut-être même qu’il débarque en Cyrénaïque : attendre la fin des événements pour venir faire un tour de piste n’est sûrement pas pour lui la solution. Craindrait-il  d’apparaître comme l’homme des Occidentaux ? A-t-il le choix ?  L’histoire ne repasse pas les plats. La  dynastie senoussite ne trouvera pas  de si tôt une telle occasion de revenir en  Libye.

  Il est difficile de dire quel degré de consensus il rencontrerait. Que le drapeau de la monarchie ait surgi ici ou là n’est pas nécessairement significatif. Tout dépend sans doute de ses capacités. Mais les   insurgés   dépendent trop de l’appui extérieur pour s’opposer  à une solution qui leur serait clairement suggérée par leurs  alliés.

Heureusement, il est célibataire et donc disponible. Dans ce pays où l’esprit de clan domine, les mariages sont de longue date le moyen de sceller les alliances de clan à clan. Kadhafi sut user du procédé pour consolider son pouvoir.  Le prétendant pourrait par exemple se rapprocher des Mégahras, clan stratégique au dire des experts.

Outre le manque d’imagination des chancelleries, cette solution se heurte à un obstacle : quoique fieffés réactionnaires en bien des matières, les Américains demeurent des républicains  plus hostiles au principe monarchique que l’on imagine.

Cette hostilité de principe a fait manquer en Afghanistan une belle occasion d’organiser la réconciliation nationale. Le vieux roi Mohammed Zaher Shah, qui avait déjà régné sur le pays de 1933 à 1973 était, à la chute des talibans en 2001, plus légitime que quiconque pour prendre la relève. Les Américains n’en ont pas voulu, préférant le douteux Hamid Karzaï. Faute du soutien américain, Zaher Shah s’est contenté de présider l’assemblée constituante des chefs de tribu, la Loya Jirga.  

En Irak, la monarchie  hachémite, issue comme celle de Jordanie  des anciens chérifs de la Mecque,  avait été renversée en 1958. Un des héritiers  du trône, le  chérif Ali Ben Hussein,  a, dans la période troublée qui a suivi la guerre de 1983 ouvert un site internet, sans succès. Même si ce prétendant avait sans doute  moins de légitimité que d’autres, son élévation à la tête de l’Etat, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, aurait permis de mieux équilibrer la direction du pays entre les sunnites qui gouvernent l’Irak  depuis des siècles et se résignent mal à  ne plus le faire,   et les chiites, désormais majoritaires.

En tentant de remettre l’héritier du trône libyen dans le jeu, la coalition se doterait d’une carte supplémentaire. Elle pourrait au moins présenter une solution ayant une apparence de légitimité historique, plus en tous cas que  celle d’un clan opposé se substituant à  un autre clan,  d’un colonel succédant à un autre colonel. La monarchie a longtemps fait  rétrograde et à ce titre représenté une cause risquée, mais depuis 1990, qui sait où est le sens de l’histoire ?  

 

Roland HUREAUX

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Published by Roland HUREAUX
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commentaires

la Revue critique des idées et des livres 17/06/2011 21:38



Cher Monsieur,


Je découvre bien tardivement votre article sur la solution monarchique en Libye qui est en tous points remarquable. Il faut vraiment le diffuser très largement.  Je viens de le partager sur
ma page FB. Accepteriez vous que je le publie sur la petite e-revue que nous rédigeons avec quelques amis, la Revue Critique des Idées et des Livres (www. larevuecritique.fr) ? J'attends votre
feu vert. Très cordialement.


François Renié.


PS / C'est bien volontiers que nous accueillerions vos chroniques dans notre petite publication (qui s'étoffe). Vous y trouverez beaucoup d'idées amies !



Jean-Charles 27/04/2011 22:12



En Indochine, la France a dépouillé méthodiquement l'empereur d'Annam de tous ses pouvoirs. Les derniers empereurs d'Annam étaient parfaitement discrédités auprès de la population. C'est, du
reste, l'une des explications pour lesquelles l'empereur n'a eu aucune part dans l'Indépendance vietnamienne ni dans le sud-Vietnam né de l'Indépendance. Ce que vous dîtes sur la consolidation de
la monarchie par les Français est peut-être exact pour le Maroc - encore que je n'en sais rien - mais erroné pour l'Annam.



Roland HUREAUX 28/04/2011 17:49



Merci de cette information.


Bien enregistré.


RH



Dr. Claude Lamy 27/04/2011 15:41



Je viens de lire votre article sur la décentralisation sur le site des Mariaunautes et j'ai été passablement surpris qu'un lettré comme vous, agrégé d'histoire, normalien, énarque puisse
argumenter comme vous le faites, contre la réforme des collectivités territoriales. Socialiste, je pensais qu'il tomberait sous le sens que c'est sur le plan financier local qu'il y
avait des problèmes du fait surtout d'un désengagement du gouvernement non compensé. Ainsi donc, on peut être comme vous archi-colbertiste pour des raisons qui ne sont pas celles que vous
invoquez pour faire écran, cette soit-disant coterie des 500 ! Je vous y oppose la sempiternelle convergence d'intérêts partisans et individuels qui s'appelle le bon vieux électoralisme qui
permet d'entretenir un surabondant cheptel ( Très > 500 !!! ) d'élus très locaux qui dorment pour la plupart durant les conseils municipaux laissant à deux ou trois personnes le soin de
faire fonctionner la commune...Ces innombrables élus de l'ombre sont des irremplaçables auxiliaires politiques, grands électeurs ruraux pour l'essentiel qui assurent ainsi la main-mise de votre
parti sur le Sénat et en plus rémunérés, certes peu, mais donc reconnaissants, c'est l'axiome de base de l'électoralisme ! A vous lire cher Monsieur.