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Roland HUREAUX

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 08:46

 

 Article publié dans Atlantico


Trop souvent le débat sur le « mariage » des personnes du même sexe est vicié  par le recours de ses partisans à des arguments en forme de chantage. Le meilleur moyen d’y résister est de les démasquer.

 

La fausse modernité

 

Le plus trivial  est le chantage à la modernité : « il faut être de son temps », dit-on. « Il s’agit d’une évolution irréversible ». En termes plus élaborés, on dira que ce projet va dans le sens de l’histoire. Le sens de l’histoire est, depuis Hegel, la source racine des pires errements ; si la morale n’est plus un absolu, mais relative à une époque, si elle est tributaire  de l’ « évolution de la société », au nom de quoi empêchera-t-on toutes les dérives ? D’ailleurs, cet argument est en lui-même terroriste puisqu’il forclot d’emblée tout débat de fond, notamment sur les droits des enfants.  Et puis, de quel sens de l’histoire parle-t-on ? Quand Charles de Gaulle parlait de la Russie, il était traité de retardataire par ceux qui considéraient l’Union soviétique comme irréversible. On a vu ce qu’il en a été. On disant dans la Basse Antiquité que deux augures ne pouvaient pas se regarder sans rire.   Maintenant que Leningrad s’appelle à nouveau Saint-Pétersbourg, qui peut invoquer encore sans rire  le sens de l’histoire ?

 

L’égalité entre qui et qui ?

 

Le second est le chantage à l’égalité, ou comme on dit, à la non-discrimination. Le mariage et l’adoption seraient un droit, jusqu’ici ouvert aux seuls hétérosexuels, qui devrait l’être désormais aux homosexuels. Mais de quoi parle-t-on ? Le mariage, le vrai, est permis à tous ; il est permis à tout homme de se trouver une femme et à tous les deux d’aller en mairie s’engager ensemble. Le droit au mariage est déjà universel ! Le vrai drame, soit dit en passant, ce sont les millions d’hommes et de femmes qui voudraient conclure un vrai mariage - avec une personne de sexe opposé - et qui ne trouvent personne. L’âge est un discriminant majeur à cet égard entre les hommes qui, à la suite d’une rupture, se recasent facilement, et les femmes pour qui c’est beaucoup plus difficile : mais de cette question qui, à vrai dire, n’a pas de solution facile,  personne ne parle, comme d’ailleurs de toutes les vraies questions. La discrimination que nous évoquons  a  aussi une dimension  économique : les pires misères se rencontrent aujourd’hui chez les femmes seules ayant charge d’enfant. Mais cela non plus  n’intéresse pas les idéologues.

Et que signifie un  droit égal pour des gens qui se sont mis dans des situations hétérogènes ? Si je choisis de faire une carrière civile, vais-je revendiquer les droits des militaires ?

Les idéologues revendiquent de ne pas être discriminés, non seulement sur le droit au mariage, mais aussi sur le droit à l’enfant. Mais l’enfant n’est un droit pour personne !  Pour ceux qui l’ont conçu ensemble, l’élever n’est pas un droit mais un devoir (sauf intervention des services sociaux, en tout état de cause exceptionnelle) ; à la rigueur, si au milieu d’une grande catastrophe, des homosexuels trouvaient un orphelin (comme le Charlot de «The Kid»), ils auraient non seulement le droit, mais le devoir de s’en occuper (sans être fondés pour autant à lui faire croire mensongèrement que l’un d’eux est sa mère). Mais nous n’en sommes pas là !  Kant nous l’a rappelé : une personne humaine (a fortiori vulnérable comme un enfant) ne saurait être tenu pour un moyen, seulement pour une fin. L’enfant a des droits, il n’est pas un droit.

 

La sempiternelle accusation d’ homophobie

 

Il y a bien sûr le chantage à l’homophobie. S’opposer au mariage unisexe serait faire preuve d’homophobie. Comme disait Muray, «la cage aux phobes est ouverte, garez-vous».  A entendre ceux qui parlent comme  cela, aucune prise de position  rationnelle ne serait possible : l’ homo politicus ne serait mû que par ses plus bas instincts. De même que les homosexuels seraient obligés d’être pour le mariage en raison de leurs orientations sexuelles (y a-t-il pire homophobie que de penser cela ?), quiconque est contre  ne saurait être mu que par  la phobie des homosexuels. Un tel  chantage est, lui aussi, une manière totalitaire de clore le débat.  On lance ce genre d’ invective comme si les positions des uns et des autres ne pouvaient se déterminer en raison, en fonction des intérêts, non de tel ou tel groupe mais  de l’État, de la République. C’est pourtant sur ce seul plan qu’il faut débattre. Et c’est sur ce seul  plan que les  opposants au mariage homosexuel prétendent se placer.

 

« Mais s’ils s’aiment ! »

 

Chantage à l’amour ensuite. S’ils s’aiment (les homosexuels) pourquoi n’auraient-ils pas eux aussi le droit de se marier ? Mais les officiers d’état-civil n’ont jamais été là pour border les lits ! Il y a des tas de gens qui s’aiment et qui n’ont pas besoin pour cela  de convoquer la République à «reconnaitre leur amour».  Deux frères, deux sœurs vivant ensemble,  un père et sa fille (hors de tout inceste, bien sûr) peuvent vivre ensemble des années ;  pourtant la loi ne leur accorde, s’agissant de frères et sœurs,  aucune reconnaissance, même pas en matière de succession. Quatre amis peuvent jouer aux cartes tous les soirs au même bistrot depuis trente ans sans avoir besoin d’une reconnaissance légale. Le mariage est un contrat, c’est aussi une institution sociale qui n’a d’autre finalité que le bien de la société ; et elle vise d’abord à régler la filiation. Même s’il vaut mieux que les époux aient quelque sentiment l’un pour l’autre, ce n’est pas à la société d’en juger, ni à l’Etat d’y apposer son label.

 

Qui est vraiment libéral ?   

 

Chantage au libéralisme. Ne pas vouloir de mariage homosexuel, ce serait s’opposer à une mesure de libéralisation (c’est la raison pour laquelle beaucoup d’ultra-libéraux, faute d’avoir réfléchi à la question,  y sont favorables). Or c’est exactement le contraire.  La République n’a pas à se mêler des sentiments et a fortiori de la sexualité. Si l’institution du mariage existe de temps immémorial, c’est d’abord pour régler la filiation (et donc les successions et autres questions patrimoniales qui, elles,  importent à la République). D’autant que,  la nature étant ce qu’elle est, il  faut 15 ou 20 ans pour faire un homme et non deux mois comme un chat ! Un cadre stable est donc nécessaire ; dès lors qu’il est admis que le ménage homosexuel n’est pas l’idéal pour élever un enfant,   en instituant le « mariage » homosexuel, l’État, pour la première fois, s’intéresserait à la sexualité en tant que telle ! Est-ce là du libéralisme ?  Il ne fait que reconnaitre une solidarité de fait, dira-t-on ? Mais alors pourquoi en exclure, comme c’est le cas du pacs, les ménages frère et sœur, père et fille, mère et fils, les communautés religieuses etc… ?

 

Laïcité : la fausse et la vraie

 

Chantage à la laïcité, bien sûr. Dès lors que les autorités religieuses, unanimes,  se sont prononcées contre le projet du gouvernement, un État  authentiquement laïque ne saurait, dit-on, obtempérer à ces admonestations épiscopales, rabbiniques ou autres... Mais pourquoi donc ? Les titulaires de ces autorités ont au minimum  le droit de se prononcer comme citoyens. Que leurs appels ne soient pas passés inaperçus relève des médias et d’eux seuls. Et  si le pape dit que deux et deux  font quatre, faut-il, pour être un vrai laïque, soutenir qu’ils font cinq ? En principe les religions, au moins la juive et la chrétienne, n’ont pas d’autre loi que la loi naturelle, reprise dans la loi de Moïse,  sans qu’y ait été ajouté  rien qui ne soit acceptable par tout homme de bonne volonté. La vraie morale laïque est-elle autre chose que  la loi naturelle ?  Celle que Jules Ferry définit  comme « cette  bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et mères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques. ».  Et l’illustre  républicain d’ajouter : 

« Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ». Il est clair que le projet de mariage unisexe se trouve aux antipodes de la laïcité ainsi conçue ! Aujourd’hui l’idéologie a largement remplacé les religions, elles sont  la nouvelle foi. Le projet de mariage unisexe  est idéologique. La vraie laïcité serait de rétablir les droits de la raison, et ce, non plus contre les églises, mais contre les idéologies de plus en plus délirantes qui exercent aujourd’hui leurs ravages.  

 

Une revendication à satisfaire ?

 

Chantage à la revendication enfin. Il y aurait une ardente revendication de la part de la «communauté homosexuelle», en manque de reconnaissance, en manque d’enfants etc…La vérité est que l’immense majorité des homosexuels  se fiche du mariage. Elle est aussi  qu’ils  n’envisagent nullement de se marier. Ils ne le disent généralement pas parce qu’ils ne souhaitent  pas s’afficher  comme homosexuels, qu’ils considèrent légitimement que leurs inclinations sont une affaire privée.  C’est dire que des associations comme  Plus gay sans mariage  qui supposent tout de même que les adhérents s’affichent comme tels, mais  qui s’opposent au projet gouvernemental, représentent beaucoup plus qu’il ne paraît.

Le  chantage à la  revendication inassouvie est d’autant plus paradoxal que les mêmes disent aussi que des milliers d’enfants  sont déjà élevés par des coupes homosexuels. Preuve, soit dit en passant,  que les obstacles législatifs, en l’état actuel du droit, sont minces. Mais on ne saurait confondre les  familles monoparentales où le parent   unique ne vit pas seul ( il  ou elle puisque dans 90 % des cas, c’est une femme, peut vivre avec une mère, une grand-mère, une sœur et aussi  une compagne ou un compagnon sans que l’Etat  ait   à s’en mêler)  et le mensonge officiel que supposerait  une révision du Code civil permettant au partenaire homosexuel d’usurper une parentalité fallacieuse et même de se dire père s’il est femme, mère s’il est homme ! Nous serions dans  une logique « orwelienne » de mensonge d’Etat.

Un journaliste demandait récemment à un ecclésiastique s’il avait le droit de s’ingérer dans une affaire politique. Ce serait plutôt aux politiques de se demander s’ils ont le droit de changer le sens des mots !

 

Que tous ceux qui, dans cette affaire,  défendent les droits de la raison ne se laissent pas impressionner par des arguments qui sont en définitive terroristes ou,  à tout le moins, sophistiques. Le débat sera alors plus clair.

 

Roland HUREAUX     

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commentaires

Sarah 27/11/2012 23:31


Votre contre-argument sur la modernité est très juste, encore que considérer la morale comme un absolu me semble être singuliérement dangereux.


Comme est problématique le fait de vouloir relier mariage et filiation et renier le lien entre mariage et amour, sans reconnaitre que le sens donné au mariage par la société a bien évolué depuis
quelques siècles.


En fait, le principal problème de l'argumentation des opposants au "mariage unisexe" (puisque vous voulez l'appeler ainsi) est que c'était à peu de chose près la même qui était utilisée contre le
PACS, il y a douze ans. Etes-vous opposé au PACS, qui a fait évoluer le sens donné au mot couple (prouvant ainsi que, oui, on peut faire évoluer le sens que l'on donne aux mots) ? Douze ans
après, considérez-vous que le PACS a abimé la société francaise ?


J'ai d'ailleurs du mal à comprendre ce que vous reprochez à la société suédoise et ce que prouvent, selon vous, les romans de S. Larsson.


Enfin, je vous permettrais de vous rappeller que l'homosexualité n'est pas un choix. Vous même, avez-vous choisi d'être hétérosexuel ?

Roland HUREAUX 23/12/2012 22:26



Je réponds point par point à votre intéressant commentaire:


- C'est de ne pas considérer la morale comme un absolu qui me paraitrait inquiétant : ce fut la position de Nietzsche ;
on a vu où cela a conduit le monde. Les auteurs de grands massacres ne prétendaient-ils pas  se situer « par-delà le bien et le mal » ?


- Je ne rejette pas le lien entre mariage et amour ; simplement, je ne pense pas que ce soit à la puissance publique d’en
juger. Va-t-on faire passer un « examen d’amour »  en mairie avant de procéder au mariage ?


- Le mariage « unisexe », est plus court que le « mariage » homosexuel  et moins trompeur que mariage
« gay », qui n’est pas une expression française et qui est un mensonge car ce n’est pas du tout gai.


- Je ne suis pas un enthousiaste du pacs : largement dévoyé puisque il  intéresse surtout les couples homme-femme
 qui ont déjà le mariage, il est  devenu  une « niche fiscale » qui donne des avantages disproportionnés à des gens qui ne s’engagent  pas  à grand chose (
puisque  le partenaire d’un pacs peut être « répudié » sur simple lettre recommandée. )


- C’est surtout  la multiplication des divorces  ou des séparations  (difficile à éviter en l’état actuel des
choses) qui affaiblit la société   car , malgré ce qu’en dit  la  doxa bien-pensante, les enfants   en sortent   blessés   (  heureusement,
sur ce sujet, les langues se délient )  ;en institutionnalisant un lien précaire , le pacs  n’arrange pas vraiment les choses ;


- Vous avez raison, je n’aurais pas dû dire qu’on devient « volontairement »  homosexuel ; j’ai supprimé cet
adverbe sur votre suggestion; mais il a une part de vérité quand-même : les  théoriciens du genre ne disent-ils pas que la nature ne détermine pas le genre, ce sont  les
individus qui s’autodéterminent ; les existentialistes, Sartre en tête, ne disaient pas autre chose.  Sur ce sujet, les théoriciens du genre ne sont pas très cohérents. N’oublions pas
non plus que Freud relie le principe du plaisir à la répétition, ce qui ouvre la porte à une certaine plasticité des inclinations.



Albertini 12/11/2012 12:59


Et pourquoi pas des limites? a-t-on envie de répliquer au débile "etpourquoipas?"


C'est peut-être là le problème -et la maladie de l'époque, dans la lignée des soixante-huit-ars:


"Il est interdit d'interdire" ou encore "jouir sans entraves", etc.etc..


Voilà une orientation possible de la réflexion nécessaire, que je laisse le soin à plus compétents que moi de développer.

Roland HUREAUX 23/12/2012 22:30



Cets, mais quend on vous dit "il es tinterdit de dépasser votre plafond de découvert ", la société ne plaisante pas. Allez dire à votre banquie que'il est "interdit d'inerdire" ! 


RH



Albertini 12/11/2012 11:05


Bonjour


 


Voici
quelques comm. au hasard


 


« Si je choisis
de faire une carrière civile, vais-je revendiquer les droits des militaires ? (Et pourquoi pas ? nous dira-t-on.)


Les
idéologues revendiquent de ne pas être discriminés, non seulement sur le droit au mariage, mais aussi sur le droit à l’enfant. Mais l’enfant n’est un droit pour personne ! » (Et pourquoi
pas ? nous rétorqueront certains).


 


Ce que vous dites est votre point de vue (le mien aussi), mais parce que nous nous inscrivons dans une
certaine logique de pensée ( civilisationnelle ?) que nous pouvons estimer meilleure que d’autres (un peu comme les civilisations –terrain miné !). Mais rien n’est éternel sur terre. Et
si d’autres s’engagent, sciemment ou pas, dans des logiques (ou illogiques) différentes, il faut peut-être le voir- et savoir pourquoi. Et le dire explicitement, faute de quoi nous ne
convaincrons …que des convaincus. Et encore !


 


« Le mariage, le vrai , est
permis à tous ; il est permis à tout homme de se trouver une femme [et inversément !] et à tous les deux d’aller en mairie s’engager ensemble. Le droit au mariage est déjà universel ».
(Et pourquoi « le vrai » ?, nous dit-on. Pourquoi pas de même sexe - pardon : genre ?).


Ce que vous dites est aussi un raisonnement qui s’inscrit dans une certaine logique (la
vôtre, la mienne) civilisationnelle, et même multiculturelle et immémoriale. Il n’empêche que beaucoup de gens,  de plus en plus de gens, et surtout
chez les jeunes, ne partagent pas ce point de vue. D’où le « mariage unisexe » qu’on nous concocte. Si nous estimons qu’ils ont tort, qu’ils raisonnent à courte vue, il faut, pour les
« accrocher », sortir de notre univers mental et comprendre comment fonctionne le leur, et prouver que leur démarche intellectuelle qui se réclame du mouvement, est en réalité
du « bougisme » et, contrairement à ce qu’ils croient, est « statique », « présentiste », entachée de juridisme étroit , et donc erronnée  car la vie –et le monde- est dans le cours du temps, que le présent fait suite au passé et conduit au futur.


Au moins peut-on espérer tarir l’épidémie, à défaut de guérir les malades.


Les mots et concepts utilisés par beaucoup de gens aujourd’hui sont trop souvent (faut-il
s’en étonner ?) soit des « non-sens » (voir l’épidémie d’oxymores),  soit des « contre-sens », c-à-d
des  inversions de sens (voir par exemple pour les droits de l’homme ) – et quand une civilisation tombe dans ce travers (la perte du sens) elle est condamnée  car le ver est au cœur du fruit.


 Cordialement

Roland HUREAUX 23/12/2012 22:36



Il y a du vrai dans ce que vous dites. Mais je crois qu’ il est toujours possible de discuter avec les idéologues, en montrant
leurs contradictions.


Quant aux jeunes, ils ne sont pas des oracles; Moins instruits de la vie, ils répètent plus facilement ce que les grands médias
essayent de nous imposer.


Il faut rompre avec cet héritage de mai 68 où on pensait que les jeunes portaient la voix du Saint-Esprit. Ils sont plus
influençables que les autres, c’est tout.