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Roland HUREAUX

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 00:52

Réponse à Messieurs Michel Rocard et Alain Juppé

        Quand le président Obama, futur prix Nobel de la paix, a proposé,  d’abord à Prague le       6 avril, puis à New York le 23 septembre 2009,  que le monde s’oriente vers un désarmement nucléaire général, il a pris la précaution de rappeler qu’il était favorable à ce que le Etats-Unis ratifient le traité d’interdiction totale des essais nucléaires,  ce que la France et la plupart des autres pays  ont déjà fait  mais pas eux.  Il serait sans doute de mauvais goût de rappeler que sa position ne préjuge pas de celle du Congrès. 

Il est vrai que les Etats-Unis,  disposant de très loin de la première armée classique du  monde, ont un intérêt évident à ce  qu’aucun autre pays ne dispose de l’arme de dissuasion.

Quand plusieurs personnalités allemandes lancent un appel analogue, cela n’a non plus rien d’étonnant venant d’une puissance non nucléaire. L’Allemagne verrait abolir, par une telle décision, la  grande discrimination qui résulte de sa défaite de 1945.

On est en revanche plus étonné que  deux ex-premiers ministres français proposent  la même chose dans un appel récent publié par un grand quotidien  du soir (1). Tous deux y  expriment  «  le vœu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement et sa résolution d'en tirer les conséquences le moment venu quant à ses propres capacités... ». Ses amis socialistes savent Rocard prêt à se précipiter  sur toutes les lubies. Mais on pensait Juppé  plus prudent.  

A supposer qu’un tel  processus aboutisse un jour (mais qui peut croire que la Russie,   la Chine ou l’Inde y  souscrivent  jamais ?),  un pays comme la France subirait  une diminutio capitis   plus importante que d’autres, plus que tous  ses partenaires européens en particulier. Elle bénéficie aujourd’hui, face aux Etats-Unis et à la Russie du « pouvoir égalisateur de l’atome », alors qu’elle est,  parmi les  grands pays nucléaires, celui dont l’armée classique est la plus réduite. Tel ne serait plus le cas dans un monde dénucléarisé.

A supposer , ce qui est évidemment  le plus probable, que le processus n’aboutisse pas , le risque est cependant, qu’ à force de déclarations de ce genre, l’opinion française s’habitue à l’idée de renoncer à notre arsenal nucléaire et que , par quelque mouvement d’idéalisme inconsidéré, comme on en trouve tant dans notre histoire, un gouvernement décide un jour que la France doit montrer l’exemple du désarmement même sans être  sûre qu’on la suivra. Les Etats-Unis auront ainsi joué le rôle de ces spéculateurs à  la baisse (bears)  qui créent un mouvement de fuite de  telle ou telle valeur  mais la rachètent  à temps pour laisser les petits porteurs – la France en l’occurrence –  seuls déplumés.

Il ne faut pas seulement considérer les intérêts de la  France mais aussi ceux de l’ensemble de la planète. Une des raisons pour lesquelles l’idée d’une renonciation générale à l’arme atomique est lancée est la crainte d’une prolifération générale. 

 

Une prolifération limitée

 

Même si  l’évolution récente d’un  conflit comme celui de l’Inde et du Pakistan semble   l’étayer   , nul n’est   tenu  d’adhérer  à la thèse chère au  général Gallois,  du pouvoir non seulement égalisateur mais aussi pacificateur de l’atome, ce qui veut dire que la dissuasion aidant, les pays qui se dotent de l’arme nucléaire sont contraints de devenir raisonnables à  partir du moment où leurs ennemis en disposent également . On peut    considérer  en effet que cette idée ne vaut que pour les grands pays,  pas pour quelque petit Etat   tyrannique (mais aurons nous jamais  pire que la Corée du Nord qui vient de se doter de la bombe ?) ou  pour des groupes terroristes qui auraient réussi à mettre la main sur une arme nucléaire.  

Reste ce fait pas assez souligné   que la diffusion de l’arme atomique n’a pas le caractère galopant qu’on lui prête généralement. De grands pays ayant  disposé de cette arme l’ont abandonnée : l’Afrique du Sud, l’Ukraine, le Kazakhstan. Les pays d’Amérique latine y ont renoncé collectivement : si on met cette région du monde en  parallèle avec l’Asie du Sud,  on a là la preuve que  c’est le conflit qui est premier et non  la course aux armements : pas de conflit, pas de prolifération. Or en dehors de l’Iran, qui cherche aujourd’hui sérieusement à se doter de l’arme nucléaire ?  Le monde arabe verrait certes  d’un mauvais œil d’être privé d’une arme dont deux pays musulmans non arabes seraient dotés, mais lequel d’entre eux  se trouve   aujourd’hui de près ou de loin à même d’accéder au  savoir faire atomique ?  Ne parlons pas de l’Afrique noire. L’Indonésie et le Vietnam ne semblent pas y aspirer. Restent le Japon, la Turquie  et les grands pays non nucléaires d’Europe occidentale :   même si on peut penser qu’il ne durera pas éternellement, aucun changement du statu quo n’est  en ce qui les concerne  à  l’ordre du jour. Entre les pays qui pourraient se doter de l’arme nucléaire mais y ont renoncé et ceux qui voudraient s’en doter mais ne le peuvent pas, les risques de prolifération paraissent  aujourd’hui limités.  

Enfin il n’est pas dans les habitudes  de notre vieille humanité de se dessaisir volontairement d’une technique qu’elle maîtrise, même létale. Cela n’aurait en tous les cas aucun précédent. Le faut-il d’ailleurs ? L’hypothèse qu’une météorite  se dirigeant vers la terre, du genre de  celle qui fut, dit-on, fatale aux dinosaures,  ne puisse être déviée que par la coalition, dûment ciblée, des  puissances nucléaires n’est après tout pas à exclure !   

 

1. Le Monde, 15 octobre 2009

 

 

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Published by france
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