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Roland HUREAUX

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:32

            COMMENT L’EUROPE DIVISE LES PEUPLES  

Est-il encore nécessaire de rappeler les inconvénients économiques de l’euro ? La perte de compétitivité et la désindustrialisation rapide de la plus grande partie de l’Europe, des déséquilibres qui ne cessent de  s’aggraver dans les échanges intra-européens, des finances publiques dégradées et impossibles à redresser, une austérité à l’allemande qui, si elle est appliquée,  va plonger l’Europe dans la récession ;  de cela, tous ceux qui  savent un peu d’économie  sont conscients : tous les prix Nobel vivants, la  majorité des  économistes des deux côtés du Rhin, la plupart des Anglo-Saxons. Le reste,  soit  l’essentiel de la classe dirigeante des pays continentaux, qui ne sait guère d’économie,  l’ignore ou feint de l’ignorer : mais pouvait-on demander à la nomenklatura soviétique de reconnaître que le communisme  était un système économique désastreux, du moins en public ? C’est le mystère de l’idéologie : personne  n’ose dire que le roi est nu tant que tout le monde ne le dit pas.

Mais il est un autre inconvénient, non économique, lui,  qui apparait chaque jour un peu plus : l’expérience de l’euro dresse  les peuples d’Europe   les uns contre les autres.

Nous n’en voulons pour  preuve  que  le succès scabreux de l’expression PIIGS. Elle désigne, on le sait,  les pays les plus en difficulté de la zone euro : Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne (Spain). Trois pays méditerranéens, trois pays latins,  quatre pays catholiques –  et un orthodoxe, ce qui, dans l’esprit de ceux qui se complaisent dans cette expression,  ne vaut guère mieux. On n’attend que la France au  club : elle ne saurait tarder.

Il y a longtemps que les Allemands s’exaspèrent de ce que les pays d’Europe du Sud ne marchent pas à leur rythme. En fait, sur le long terme, ils ont marché   à leur rythme : leur croissance, et cela seul importe, a  été au cours des quarante dernières années tout aussi rapide celle de l’Allemagne,  mais leur taux d’inflation « naturel » étant supérieur, depuis que  l’euro a  bloqué les mécanismes d’ajustement,  ces pays  tirent la langue. Pour être plus exact, il faudrait donc dire que les Allemands s’exaspèrent de ce que le pays du Sud ne partagent  pas leur phobie de l’inflation. Une phobie qui tient peut-être autant de la  névrose que de la vertu.

Pour exprimer cette exaspération, les Allemands s’étaient longtemps contentés de l’expression plutôt gentille de « Club Méditerranée. »

Maintenant on dit PIIGS, et c’est autre chose : les Latins  - et accessoirement les Irlandais -  sont désormais  identifiés à des cochons ! 

Cet acronyme qui aurait pu n’être qu'une facilité journalistique est aujourd’hui d’usage courant dans le monde de la finance.  

Cela est profondément inquiétant.

Dans le peloton  de l’euro, ceux qui n’arrivent pas à suivre sont des  PIIGS. On ne dit pas encore des untermenschen mais l’idée  est sous-jacente, pas seulement en Allemagne : une  partie de l’élite française, qui a toujours eu les yeux tournés vers le Nord, partage le préjugé, oubliant au passage que si le Royaume-Uni  échappe au banc d’infamie, c’est qu'il  a prudemment refusé de s’engager dans l’euro : les élites britanniques ont, elles, une vraie culture économique !  

Nous ne pouvons nous empêcher de penser que  le clivage qui apparaît ainsi au sein de l’Europe est profondément  malsain.

Malsain mais pas surprenant.  Au rebours des idées faciles selon lesquelles  il suffit de mettre les gens ensemble pour qu’ils fraternisent, la promiscuité généralement les divise. Vous êtes devenus très amis de  vos  voisins de palier : partez en vacances  ensemble et  voilà le meilleur moyen de vous  fâcher pour la vie. L’écu marchait bien, on a voulu faire  l’euro pour rapprocher encore plus   les peuples d’Europe : c’est alors qu'on les divise.

C’est là l’effet  pervers de toutes les idées trop simples. Le communisme avait supprimé la propriété privée pour  rendre les gens moins égoïstes, Alexandre Zinoviev  a montré comment il les avait rendus au contraire plus égoïstes. On fait un tronc commun d’éducation pour  une plus grande égalité entre les enfants, les inégalités s'aggravent ; on  impose à tous les coureurs le même développement pour grimper le col, le peloton éclate.

L’euro, c’est pareil : on a créé une monnaie unique pour  faire converger les économies et rapprocher les hommes. Les économies divergent comme jamais et les rapports entre les différents peuples s’aigrissent : le uns méprisent les autres, ils ne tarderont pas à se détester.  Il est temps  qu’on en  finisse avec cette expérience désastreuse ! 

 

Roland HUREAUX

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