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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:22

 

Depuis trente ans,  des  experts  autoproclamés proposent de résoudre  les difficultés des finances publiques par  ce que   Bercy,  promoteur  infatigable  de l’idée, désigne comme  un meilleur  « ciblage » des prestations sociales .

Alain Minc avait appelé  cela d’un joli nom : il fallait, disait-il,  substituer l’équité à l’égalité.

S’agissant de l’assurance maladie, on dira   qu’il faut distinguer la partie assurancielle (éventuellement  privatisable)  de la partie solidarité, qui doit, elle, rester à  la charge de l’Etat.   

L’antienne est toujours la même : il  faut, dit-on,  réserver les prestations  sociales de tous ordres à « ceux qui en ont vraiment besoin », et qui se trouvent au bas de l’échelle.

Applications pratiques :  augmenter (beaucoup)  les droits d’inscription  à l’université  et distribuer (un peu)  plus de bourses,  exclure des logements sociaux  ceux qui ne sont plus tout  à fait au minimum de revenu, mettre sous conditions de ressources les allocations  familiales, vieille  proposition ressortie récemment du grenier par  Jacques Attali.

Mais chaque fois que les gouvernements français ont écouté ce genre d’ augure, ils se sont cassé les dents : les émeutes étudiantes de 1987 coûtèrent sa réélection à Chirac ; la révolte contre le plan Juppé de 1995, qui déjà prévoyait  de réserver la politique familiale aux seuls nécessiteux n’est pas étrangère au fiasco de 1997. Jospin dut vite renoncer, lui aussi, à plafonner les allocations familiales. Le mouvement   social  de septembre 2010 n’aurait lui-même  pas eu tant d’écho si,  derrière une  réforme légitime des retraites, on n’avait entendu  la petite musique des retraites par capitalisation qui procèdent du même principe que le « ciblage ».  

Ces échecs répétés  n’empêchent  pourtant  pas une pléiade de conseillers du prince,  tenus pour des « crânes d’oeuf »,   de   répéter  mécaniquement,  année après année, ce genre  de proposition,  les dits conseillers ayant  en commun  de ne s’être   jamais présentés à  une élection !   

Pourtant,  si le « ciblage »  rencontre tant de résistances,  la première chose à faire serait de se demander pourquoi.  La première raison  est que la classe  moyenne , celle qui paye de plus en plus d’impôts en ne bénéficiant pas du bouclier  fiscal et des niches de luxe, est dans notre pays si lourdement imposée qu’ elle ressent mal d’être privée de toute contrepartie,  alors même que c’est sur elle et non les vraies grandes fortunes que l’on tire les chèques destinées à limiter les effets d’une pauvreté qui s’étend.   

Les promoteurs les plus ardents du ciblage sont presque tous, ce n’est pas un hasard,  d’ardents partisans de la mondialisation, principale cause de cette pauvreté. La  classe moyenne n’en profite guère.  Elle prend mal  qu’on lui en fasse seule  payer  le prix. Comment s’en étonner ?  

La  seconde  raison  de ces échecs est que l’argent a  toujours valeur de symbole : en réservant le bénéfice de certaines prestations    à ceux qui sont  bas de l’échelle,  on en fait   un symbole social négatif,  un facteur de marginalisation. Ainsi, la loi Boutin qui exclut  les revenus moyens des HLM  achèvera de transformer les cités en ghettos.  

S’agissant des prestations  familiales, on oublie  que  la logique sociale n’est qu’un volet de la question :   la solidarité de ceux qui  n’ont pas charge d’enfants avec ceux qui en ont, et sont  donc les seuls à préparer  les retraites de demain,  est une question de justice élémentaire.  Quel que soit le niveau social, comment peut-on mutualiser, au travers des régimes de retraite, la charge du  troisième âge et pas , au moins en partie,  celle du premier, sachant que ceux qui ont charge d’enfants sont encore  jeunes et que ceux qui, dans notre société, sont vraiment  très riches ne le sont généralement  plus  ?

Le risque de marginaliser un peu plus ceux qui cumulent les prestations est aggravé  quand le clivage social se superpose, comme c’est le cas dans nos banlieues,   au clivage ethnique. Dire que  les principaux bénéficiaires du ciblage  seront les immigrés, ce n’est nullement, comme le  suggère Luc Ferry, parler comme le Front  national ( un argument qui ne veut plus rien dire aujourd’hui  sinon :   «  je suis  à court d’arguments » ! ), c’est tenter  au contraire de  désamorcer un  des ressorts les plus  puissants du vote extrémiste.  

La question s’étend bien au-delà de la classe moyenne : la  colère des  « travailleurs pauvres » vis-à-vis des assistés est  aujourd’hui un fait avéré.  Tenant une réunion   électorale dans un  appartement, l’auteur de ces lignes  y rencontra  trois maçons  marocains.   Quel était leur souci ?    Le  racisme,  la politique migratoire ? Point du tout. Ils ne sortirent de leur silence que pour dénoncer avec véhémence les gens de la cité qui ne travaillaient pas et qui,  grâce aux aides sociales,    gagnaient   plus qu’eux.

Le candidat Sarkozy avait parfaitement perçu cela quand  il lança le slogan «  Travailler plus pour gagner plus ».  Mais quelle en fut la suite ?  Loin d’  oublier la question sociale,  la droite en rajouté une couche avec le RSA, pure création technocratique, elle aussi, dont Michel Godet, économiste  de gauche, avait pourtant  prédit l’inefficacité.

Il faut bien  trouver  des économies, dira-t-on.  Mais pourquoi s’attaquer à des   politiques sociales ou familiales anciennes sans se demander pourquoi  la France, pourtant beaucoup moins riche de l’après-guerre, pouvait  les supporter ?

 Si l’Etat est aujourd’hui en grande difficulté, les raisons en sont autres.  La  malgouvernance, l’incompétence, l’  inflation incontrôlée de la sphère publique, y compris locale,  en sont la cause. Et même,  en bien des cas,  les  fausses bonnes idées de type  technocratique, « rationnelles mais non raisonnables »,  comme le  « ciblage ».   

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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