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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:23

 

Beaucoup de choses ont été dites sur la  dernière élection présidentielle française  mais personne, à notre connaissance,  n’a  souligné  à quel point elle a  vu l’émergence, à un point inconnu jusqu’ici,  du paramètre identitaire, pas seulement national mais régional, voire ethnique. Avec le recul d’un an, cette considération peut contribuer à expliquer pourquoi la légitimité du  président Hollande a pu s’effondrer aussi vite.

En nommant premier ministre Jean-Marc Ayrault, député-maire de Nantes (avec d’autres ministres importants de l’Ouest comme Jean-Yves Le Drian et  Stéphane Le Foll), le nouveau président de  la République avait  pris acte du fait que, au rebours de ce que fut pendant un siècle la géographie électorale française, la Bretagne (et plus largement le grand Ouest) était devenue une terre d’ « élection » du parti socialiste. François Hollande  obtient au second tout 56,35 % des voix dans cette  région, soit 4,5 % de plus que la moyenne nationale,   autant ou presque qu’en Aquitaine ou Midi-Pyrénées.  Phénomène surprenant puisque pendant plus d’un siècle d’histoire républicaine, cette région avait été au contraire le fief principal de la droite catholique.

 

Une nouvelle géographie électorale

 

Ce n’est pas là le seul changement que démontre ou confirme cette élection.

La droite nouvelle dessine un bloc qui ne recouvre qu’en partie ses fiefs traditionnels : le Bassin parisien rural, de la Manche à la Meuse, le Grand Est en particulier l’Alsace, une partie de Rhône-Alpes. Sur ces terres, non seulement la droite classique demeure forte mais le Front national   a  presque partout gagné des voix (22,2  % pour Marine Le Pen en Alsace, 23,6 % en Lorraine, 23,9 % en Champagne-Ardenne).

Le Sud-Est a un profil équivalent avec des résultats aussi élevés  pour le Front national (23,8 % en Languedoc -Roussillon et 23,4 % en PACA) qui a réussi à faire élire au scrutin uninominal, pour la première fois,  deux de ses candidats dans le Gard. Avec cette différence  par rapport au Nord-Est que, historiquement,  il s’agissait d’une terre  de gauche,  une gauche qui  s’y  trouvait, il est  vrai,  affaiblie depuis plusieurs  décennies, au moins en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le Front national  a réussi  aussi une belle percée dans le Nord (23,3 %), comme dans tous les anciens bassins industriels frappés par la désindustrialisation, mais la gauche, malgré les difficultés judicaires de certains  socialistes, y demeure forte : il a fallu tout l’acharnement du parti socialiste pour empêcher que Mélenchon y soit élu  député.

A l’inverse,  le Sud-Ouest, comme l’Ouest mais  avec un arrière fond historique très  différent voit la gauche forte et le Front national  faible. La gauche classique, radicale ou socialiste,  de cette région s’est vue renforcée par un rejet de Sarkozy particulièrement violent : cette terre  de notables où on applaudit  les joueurs  de rugby mais où on élit les notaires et  les ambassadeurs,  a été particulièrement  sensible au  manque de tenue du président sortant. A  côté de cette  gauche classique a émergé, essentiellement au Pays basque,  un nouvelle gauche issue d’une terre traditionnellement catholique et de droite. Que Sarkozy fasse huit points de plus à Dax (48,6 % au second tour)   qu’à Bayonne (40,74 %) constitue, pour qui connait l’histoire politique de cette région, une vraie révolution analogue à celle qui s’est produite dans l’Ouest.

Pourquoi ce basculement  à gauche massif  dans l’Ouest et au Pays basque ?  La  déchristianisation en est certes  une des raisons. Une certaine rhétorique socialiste correspond assez bien au post-christianisme moralisant qui, dans les vieilles régions de catholicité,  est ce qui reste quand la foi et en tous les cas le pratique religieuse ont disparu. Pour des  socialistes de cette cuvée, le   « mariage » des homosexuels est une forme de  charité  chrétienne à l’égard des  « exclus » ! Pourtant  certaines régions du Bassin parisien, déchristianisées  depuis longtemps,  sont devenues, elles,  des fiefs de la  droite. Il faut, pour comprendre l’évolution de la Bretagne  et du Pays basque,  faire appel au phénomène identitaire. Il s’agit de deux régions à la  conscience régionale forte possédant ou ayant possédé une vraie langue et pas seulement un dialecte. Cette conscience régionale s’appuya longtemps sur l’Eglise   qui faisait le catéchisme en langue locale alors que l’école de la République enseignait en  français. Au Pays Basque, la revendication régionaliste est fortement marquée par le voisinage de l ’ETA. La gauche basque française n’est certes pas terroriste mais elle sympathise depuis longtemps avec le mouvement d’extrême gauche du Pays basque espagnol.  

En Bretagne,  même s’il n’y a jamais eu que des velléités terroristes et aucun  exemple  étranger (sauf l’Irlande), le mouvement régionaliste est depuis longtemps déjà porté par la gauche.   

D’une façon générale, la question de la langue régionale est assez typique  d’une certaine mobilité  des thèmes entre la droite et la gauche. De même que la promotion de l’homosexualité qui se trouvait associée au temps de Proust à une certaine aristocratie décadente, cultivant sa « différence », est devenue un marqueur fort de la gauche, la défense des langues régionales,    portée  par les maurrassiens sous la IIIe République,  a elle aussi basculé à gauche et même à l’extrême-gauche,  surtout  écologiste.

On peut se demander si cette évolution est bon signe pour le parti socialiste. Ces terres où on s’accroche aux racines (et d’autant plus qu’elles sont devenues mythiques, qu’elles n’existent presque plus : qui comprend encore le breton en Bretagne ?), résistent plus que d’autres au mouvement de l’histoire qui vide de plus en plus de sa signification la social-démocratie. Qui a dit que le dernier communiste serait un vicaire breton  ?

Le lien nouveau entre la gauche et les identités régionales explique que la  droite ait  mieux résisté  dans un département comme l’Aveyron  où  l’identité locale, quoique présente et là aussi longtemps associée au catholicisme,  est  cependant atténuée.

Même remarque pour la Vendée où le souvenir, ravivé par le villierisme, du génocide de 1793-1794,   éloigne pour le moment la tentation de   gauche.

C’est ainsi que le Sud-Ouest est devenu  presque entièrement une terre de gauche. Dans les Pyrénées-Atlantiques, le seul député modéré survivant est un cas  particulier.  Formellement rattaché au Modem, Jean Lassalle est un défenseur intransigeant de l’identité locale – ces vallée pyrénéennes ou fut, dit-il, dès  le XIe siècle, inventée la démocratie locale. Il parle et chante en béarnais à l’occasion. Dans une circonscription jadis inexpugnable de la droite, Hollande a  obtenu 60 % des voix. Lassalle a, dit-on, été élu, parce  que la vieille gauche béarnaise  l’a préféré, lui un béarnais, au candidat socialise qui était basque ! La gauche radicale du Sud-Ouest ne se reconnait en effet rien en commun avec la nouvelle gauche post-catholique du Pays Basque. Celle-ci a montré son particularisme  en agressant Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale (comme elle avait agressé Xavier Darcos aux régionales) ce qu’un vieux républicain du Sud-Ouest, de la vieille école,  n’aurait jamais  fait !

Qui n’a remarqué d’ailleurs que les deux seuls survivants du Modem à l’Assemblée nationale, Philippe Foliot dans le Tarn et Jean Lassalle dans les Pyrénées-Atlantiques  sont deux identitaires régionaux, hostiles à l’Etat central mais également à l’entreprise européenne ?  

L’Alsace, autre région à l’identité locale forte, n’a pas  suivi la même évolution, il s’en faut de  beaucoup : Sarkozy  y obtient  63,4 % des voix au second tour. Le  sentiment identitaire y serait-il plus faible ? Bien au contraire, mais au lieu de  se retrouver dans le Pati  socialiste, il s’est   retrouvé dans le Front national.

La situation n’est pas très différente  dans la partie Est de l’Occitanie, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Qu’est-ce qui   différencie le Nord-Est et le Sud-Est de l’Ouest et du Sud-Ouest ? Une proportion beaucoup plus forte d’immigrés assurément. Mais aussi une plus grand proximité par  rapport  à l’axe central des courants européens  Allemagne-Suisse-Italie. Il se peut que  l’Europe soit, en France,  ressentie comme un facteur plus  déstabilisant à l’Est qu’à l’Ouest. Le cosmopolitisme de la Côte d’Azur et la présence massive de retraités riches et craintifs  a sans doute fait le reste.

La Corse  aussi, malgré l’existence d’un mouvement   indépendantiste ancien, défend, comme l’Alsace, son identité à droite (57, 9 % pour Sarkozy au second tout). Souvenir lointain des razzias barbaresques, inconnues de  la côte atlantique ? Le sentiment identitaire corse semble s’exprimer aujourd’hui plus contre les immigrés du Maghreb que contre les continentaux.

L’outre-mer, en revanche, s’est largement polarisé à gauche  à l’exception du Pacifique.

Si l’on met à part le cas de l’Ile-de-France, n’est-ce pas un paradoxe de voir,  à travers les provinces françaises, l’électorat  d’autant plus  à gauche que les immigrés y sont moins  nombreux : Ouest, Sud-Ouest ? Dans la mesure où rien ne laisse supposer que leur nombre va diminuer, cette perspective est, elle aussi, sombre pour le parti socialiste. 

L’influence du  facteur européen dans la montée du Front national pourrait être confirmée par le cas de l’Ile-de-France. Bien qu’elle soit, plus encore que le reste de la France,  une terre d’immigration, le Font national y est au plus bas (12, 3 %). La carte électorale de la région  montre que les clivages sociaux y demeurent décisifs : l’émergence  du phénomène « bobo », celui de quartiers aisés votant à gauche, y reste  cantonnée à certains arrondissements de Paris. Pour le coup, c’est le refus de toute identité qui pousse cette population très  particulière vers la gauche !

On sait par ailleurs que lors du referendum du 29 mai 2005, la région capitale vota nettement plus en faveur du traité européen que le reste de la France, sans doute en lien  avec sa plus grande aptitude à supporter le choc de la mondialisation dont elle tire profit  alors  que le reste de la France en pâtit. Pour un PIB par habitant de 100, l’Ile-de-France se situe à 157, alors que le reste de la France est à 86. Le taux de chômage y  est  plus bas qu’ailleurs. Même la Seine Saint-Denis est le 5e département de France par le revenu par habitant !  Une situation qui conforte  les thèses de Christophe Guillou pour qui les vrais pauvres ne sont plus dans les banlieues peuplées d’immigrés  mais dans la  France des pavillons, périurbaine ou rurale, et dans la province profonde : après tout, à  l ‘heure de la mondialisation, Bobigny est plus près de Roissy que Guéret, ce qui n’est pas un mince privilège !

 

La montée du communautarisme

 

Mais l’Ile-de-France  n’échappe au sentiment identitaire qu’en surface. En profondeur, on le  retrouve pleinement dès    que l’on considère le vote communautaire.

Selon certains sondages, les Musulmans auraient voté Hollande à 93 %. A l’inverse, les Juifs auraient voté Sarkozy  à plus de 80 %. Une évolution d’autant plus étonnante que les juifs de France votaient    traditionnellement  plutôt à   gauche.

Cette polarisation est-elle liée à la posture anti-immigration de  Sarkozy ou au contexte international et donc à certaines consignes venues de l’étranger ?  Sarkozy,  le plus sioniste des présidents français, en tous les cas si on le compare  à ses prédécesseurs,  devait être protégé par les uns et éliminé par les autres. Si, au lieu de Sarkozy, nous avions eu Villepin, l’homme du discours de New York contre la guerre d’Irak, au second tour de l’élection présidentielle, le résultat n’eut-il pas été très différent dans ces  communautés ?

Si tel était  le cas, ce serait la première fois  depuis les guerres de religion, heureusement terminées par le roi Henri IV,   que le jeu des  puissances étrangères structure l’opinion française, en tous les cas certains de ses segments.  Inquiétant phénomène,  propre aux périodes de déliquescence.

 

 

 

Et l’identité nationale !

 

Nous avons beaucoup parlé des identités régionales ou communautaires ;  n ‘oublions pas l’identité  nationale : le rejet de Sarkozy dans l’opinion était tel en début de campagne qu’il aurait dû être battu par un score de 60 % /40 %. C’est le résultat que donnaient les sondages à deux mois de l’  élection.  Or le candidat Sarkozy a effectué en fin de parcours une remontée spectaculaire en axant son discours  sur l’identité nationale et l’exaltation des  frontières, allant même jusqu’ à envisager  une remise en cause de la libre circulation dans l‘espace Schengen. Les observateurs superficiels (ou plutôt ceux qui ne veulent pas voir l’état réel de l’opinion française !) ont dit que cette ligne,   incarnée par Patrick Buisson,  l’avait fait perdre.  Evidemment   pas. Les chiffres du second tour montrent clairement que c’est l’électorat de droite et même d’extrême droite  qui lui a fait  défaut : 2  millions de votes blancs  ou nuls  alors que la différence entre les deux candidats n’  était que de 1,1 million de voix ! L’examen par bureau de vote ne laisse aucun doute sur la nature  de ces suffrages non exprimés : ils viennent pour l’essentiel de la droite.   Le discours identitaire de Nicolas Sarkozy visait la reconquête de cet électorat ;  il a sans doute eu un effet puisque le résultat final s’est avéré étonnamment plus serré que prévu : 51, 7 % contre 48, 3 %. Ce  discours  n’avait qu’un défaut : celui de contraster avec le bilan somme toute  bien maigre, voire négatif, du quinquennat  sur ces questions  et donc de manquer presque totalement de crédibilité. On l’a dit, non sans raison : une semaine ou deux de campagne de  plus et  le bagout   du président sortant aurait peut-être convaincu assez de ces abstentionnistes pour lui permettre de l’emporter !    

Le sentiment  identitaire a été  particulièrement offensé par la proposition  socialiste de conférer le droit   de vote aux étrangers aux élections locales. Il se peut que l’enjeu, dans cette affaire, soit plus symbolique que réel.  L’immigration  est assurément un vrai problème; mais la plupart des immigrés ont vocation, que cela  plaise ou non,  à devenir français et donc à voter ; leur accorder le droit de vote avant la naturalisation ne ferait qu'avancer les échéances ; compte tenu de l’abstentionnisme  élevé dans les banlieues, ce vote ne serait  pas forcément décisif. Mais la disjonction du droit de vote et de la nationalité constitue un brouillage, venant s’ajouter à d’autres, d’un des  repères les plus fondamentaux, celui de la citoyenneté, en même temps qu’une dévaluation de la nationalité à laquelle ceux qui l’on acquise récemment ne sont pas les moins sensibles.  

Le réveil de l’électorat de droite dans la dernière ligne s’est encore plus fondé  sur le thème des « valeurs »,  nom de code pour désigner l’hostilité aux  changements sociétaux annoncés  par la gauche,  à commencer par le « mariage » homosexuel. Il est probable que les centaines de  milliers de déçus du sarkosysme qui se sont, malgré tout, ralliés à lui au cours des dernières semaines de la campagne ne soient pas très différents de ceux qui ont répondu à l’appel  de Frigide Barjot à manifester, à partir du 16  novembre 2012,  contre la loi Taubira. Mais ne nous y trompons pas, ce qui motive   le plus une partie de l’opinion (devenue majoritaire selon les tout derniers sondages) contre le « mariage »  des homosexuels, ce n’est pas l’indignation morale, c’est plutôt le brouillage des repères supplémentaire  qui en résulte, c’est surtout  l’idée que ce « droit » constitue une  profanation  par rapport à une  « certaine idée de la France » qu’ils portent en eux. Vieille France sans doute, mais dont les défenseurs   pensaient que, malgré  tout,  malgré  la République,    malgré l’école laïque, malgré la séparation de  l’Eglise et de l’Etat, cette France demeurait  encore fidèle quelque part à son héritage chrétien. C’est cette image, image de leur pays, mais aussi image d’eux-mêmes, qui se trouve  brisée chez les plus ardents opposants  à   la loi Taubira, avec l’irruption d’une revendication  étrangère aux traditions françaises, venue des pays nordiques et anglo-saxons, une revendication  qui divise profondément ceux pour qui le mariage dit « gay » est une évidence et ceux pour qui il est une absurdité. Là aussi, c’est une identité blessée qui est en cause  et si Sarkozy a failli passer la barre des 50%, c’est que ceux que ce thème devait faire bouger  l’avaient vu venir.

Curieusement, dans cette affaire, la droite catholique est rejointe par la quasi-totalité des immigrés et des habitants de l’outre-mer lesquels  avaient pourtant voté massivement Hollande. La Manif pour tous a donné lieu à d’étonnantes scènes de fraternisation entre ces rupes.

 

Crise et identité

 

Et la crise, dira-t-on ? Sans doute a-t-elle joué son rôle ans la défaite du président sortant. Mais l’exacerbation de la sensibilité identitaire dans la France des années 2010  n’est pas que  l’effet de la crise. Les classes  moyennes qui défilent avec La Manif pour tous  ne s’offusquent pas d’abord du déclin de leur  position sociale ou  d’une fiscalité de plus en plus écrasante ; ceux qui restent chez eux dans des pavillons impayés, loin des  centres, ne votent pas pour le Front national que pour des raisons économiques. La crise identitaire se superpose à la crise économique mais la première ne s’explique pas que par la seconde. Même si la crise économique n’avait pas été là, les raisons d’une crise identitaire étaient déjà  présentes. C’est dire  la provocation que représente pour beaucoup de Français, une politique qui, sans rien faire qui laisse espérer une solution des problèmes  économiques, offense de tous côtés le sentiment identitaire.

D’autant que la  politique menée aujourd’hui ne fait que redoubler l’agression quotidienne que ressent une partie des Français confrontée jour après jour à un système médiatique largement idéologisé qui veut leur inculquer le contraire de ce qu’ils ressentent, qui s’évertue   presque systématiquement , sur le ton de la culpabilisation, à  déconstruire les  identités , au moins nationales, les frontières,  l’héritage chrétien  ou tout simplement  la morale commune. La Manif pour  tous est probablement moins dirigée contre les homosexuels que contre ce système, cette nouvelle cléricature du politiquement  correct.

Le jeu électoral est ainsi fait que, comme au billard, la boule  peut échouer finalement dans la direction opposée à l’impulsion initiale.

Conjuguée avec le glissement  à gauche de certaines vieilles identités régionales, avec la cristallisation  de l’identité musulmane, et le rejet de Sarkozy (dont une  des  causes était le caractère anxiogène de son réformisme brouillon et de sa volonté d’ouvrir,  lui aussi,  la France au grand large), la montée du sentiment identitaire a pu  conduire paradoxalement à l’élection d’un président   dont les points  principaux du programme vont à l’encontre de ce sentiment.

Il revenait à un véritable homme d’Etat de prendre la mesure  de ce malentendu,  de comprendre à quel point son programme, produit aléatoire des motions des comités socialistes,  se trouvait inadapté à l’état réel  de la sensibilité du peuple qui l ‘ avait élu. Tout laisse penser que François  Hollande n’a  pas eu cette lucidité. Comment s’étonnerait-il de plonger, plus qu’aucun de ses prédécesseurs,  extrêmement  bas dans les sondages si le principal message que porte sa politique depuis  onze mois, peut se  résumer  à « Je ne vous ai pas compris » ?  

 

Roland HUREAUX

Le vote de droite polynésien a été une réaction contre un  gouvernement indépendantiste discrédité ; la Nouvelle Calédonie a toujours été partagée ; Wallis et Futuna  a toujours voté à droite.

Christophe Guillou,  Fractures françaises, François Bourrin, 2010

Etude d’OpinionWay-Fiducial pour Le Figaro réalisée le 6 mai 2012.

Nous n’incluons pas, à dessein, la soi-disant « communauté homosexuelle » dans cette analyse ; d’abord en raison de  son importance numérique réduite  et aussi  de sa différence intrinsèque  avec les communautés religieuses. Elle pèse moins par son nombre que par ses positions stratégiques dans les médias ou les partis politiques.  

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Published by Roland HUREAUX
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commentaires

Albert 10/05/2013 20:03


Bravo, M. Hureaux.


Texte très riche et pertinent -que j'ai eu plaisir à lire. Merci.

Roland HUREAUX 12/05/2013 13:23



Tant mieux.


RH