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Roland HUREAUX

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 14:37

 

(Article paru dans Le Figaro du 19/08/2013)


En supprimant la DATAR, le gouvernement conclut un long travail de sape

 

En supprimant la DATAR pour l’intégrer à un hasardeux « Commissariat à l’égalité des territoires », le pouvoir   socialiste clôture une histoire  d’un demi-siècle qui pourrait se résumer à deux chapitres : comment l’aménagement du territoire de la France a été instauré et  développé à partir des années soixante et soixante-dix sous l’impulsion du pouvoir gaulliste, comment il a été peu  à peu dénaturé et finalement liquidé à partir des années quatre-vingt-dix,  à l’instigation de certains idéologues socialistes.

Sous la IVe  République et surtout sous la Ve,   l’Etat avait entrepris  avec vigueur de  corriger les déséquilibres historiques de la géographie française : non seulement entre « Paris et le désert français »  mais aussi entre le Nord-Est  industriel et le Sud-Ouest agricole,  et entre  villes et campagnes. Il put s’appuyer  pour ce faire   sur des entreprises publiques fortes et sur la croissance   des « trente glorieuses » : si l’aéronautique préserve aujourd’hui  le tissu économique du Sud-Ouest, elle le doit à ce volontarisme.  La PAC première version, la politique de la montagne, la politique des métropoles d’équilibre,   puis des villes moyennes et des petites villes jouèrent chacune leur rôle. La province décolla, les zones rurales résistèrent : grâce à un commissariat dynamique, pionnier de l’aide à  la création d’entreprise en France,  le solde de créations d’emploi fut positif dans le Massif central  au cours des années 1970, ce qui ne devait plus se revoir.

Les années 1980  virent une première rupture : l’urgence  de reconvertir  les vieilles régions industrielles frappées par la crise    relégua au second plan le souci de corriger  les déséquilibres : la DATAR se faisait « pompier ».    Par  une confusion conceptuelle fâcheuse, on crut aussi  que la décentralisation suffirait à promouvoir le développement  régional, alors que le risque était au contraire que les régions les moins riches accentuent  leur retard.

 

L’aménagement du territoire livré aux idéologues

 

Mais le pire vint au tournant des années 1990 : au motif de faire de la prospective, la DATAR devint  le relais d’idéologies faussement  modernistes  ne tendant  plus à corriger les évolutions, cause de   déséquilibres, mais sous prétexte d’ anticiper, à   aggraver ceux-ci.  L’Europe fut l’alibi d’une vision à l’américaine du territoire  où  n’auraient plus leur place que les grandes unités : mégapoles, méga-régions. Au départ de Paris seuls quelques axes  seraient privilégiées : c’est ainsi qu’on décida de laisser péricliter l’axe central Paris-Toulouse (par Brétigny-sur-Orge !). Le  même courant idéologique   tint  absurdement le souci des zones rurales  pour « pétainiste » !   La ville (entendons les banlieues) était au contraire vue comme   le lieu  de la modernité par excellence, à   privilégier.

Il fallait à tout prix que le génie de l’Europe qui était précisément de ne pas être l’Amérique, celui d’un espace  cultivé, organisé, humanisé en finesse, soit sacrifié à une Europe institutionnelle simplificatrice. La même année que le traité de Maastricht (1992), étaient adoptées,  la loi Joxe , point de départ d’une intercommunalité en forme d’usine  à gaz et    la réforme de la PAC ,  qui  devaient porter un coup fatal à la civilisation rurale : l’une en en cassant la  structure millénaire la commune ( « la fin du village » que décrit Jean-Pierre Le Goff ), l’autre en substituant de manière coûteuse et dégradante, très inégalitaire au demeurant, la rémunération par les primes à des prix de vente rémunérateurs. De cette préférence pour les grandes  unités découlent aujourd’hui les « métropoles », dont on ne sait si elles vont se rajouter à des structures locales déjà compliquées  ou, au mépris des solidarités historiques  - et par là de la démocratie – , s’y substituer, ou la volonté de casser cet  échelon de proximité qu’est  le département (une idée que la gauche a mise en veilleuse pour des motifs électoraux bien qu’ elle en soit à l’origine).  L’absurde projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes est sous-tendu  par  le concept d’une métropole Rennes-Nantes, deux  villes  tenues pour trop petites et  que l’on fusionne sur le papier en mettant un aéroport entre elles. La politique des  petites villes et des villes moyennes a été abandonnée. Les déséquilibres  fondamentaux,   un moment contenus, se sont aggravés : nouvel  essor de la région parisienne, dopé par une immigration non maîtrisée et qui, à peu près seule, profite de la mondialisation,  avec pour effet  la crise du logement que l’on sait ;   effondrement dramatique  du  territoire   rural « profond » ( ni  périurbain ni côtier),  soit 40 % de l’espace français ;  quasi-disparition    de la population agricole mais aussi des industries rurales, les plus vulnérables aux délocalisations : un vrai   « ruralicide » !  La droite, trop souvent passive   devant ces  orientations idéologiques  se rebiffa, sous l’impulsion de Charles Pasqua qui fit voter en 1995  une loi d’orientation sur l’aménagement du territoire   malheureusement vidée de sa substance par la technocratie de gauche. En 2004, ont été lancés les pôles de compétitivité, principale innovation de cette période.

 

Quelle égalité des territoires ?

 

Le concept d’  égalité  des  territoires que l’on voudrait à présent promouvoir est des plus obscurs. 

S’agit-il de l’égalité de revenus ?  Mais les administrations et la Sécurité sociale  font déjà beaucoup pour faire circuler la richesse ; Laurent   Davezies  a  montré   l’importance de cette redistribution, environ 10 % du PIB, base de ce qu’il appelle  l’ « économie résidentielle ». La disparition du département la menacerait.

Mais peut-être veut-on, par idéologie et démagogie, donner la priorité à la politique des « quartiers » ? Au mépris des analyses de Christophe Guilluy  qui a montré que les vrais pauvres d’aujourd’hui   sont dans les territoires délaissés  des petites villes et des villages.

S’agit-il de l’égalité devant les  services publics ?  Un grand effort a déjà été accompli, en matière routière notamment. La  libéralisation des    services publics, promue par la gauche autant que par la droite,  le remet en cause.

Mais l’inégalité essentielle demeure celle des  dynamiques  de  développement, économique et démographique : elle s’aggrave chaque jour sous l’effet des idéologies que l’on vient d’évoquer. A cela pas d’autre remède que le maintien  de la  DATAR  dans la plénitude de ses  attributions historiques.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

Jean-Pierre Le Goff, La  fin du village, Gallimard 2012

Laurent Davezies, La République et ses territoires, 2008

Christophe Guilly, Fractures françaises, François Bourrin, 2010

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Published by Roland HUREAUX
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clovis simard 25/10/2013 13:31


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