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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:20

Publié dans Atlantico 

 

Le gouvernement a fait passer le projet de loi Taubira à main levée  parce qu’il n’avait  pas la majorité au Sénat.

 

Seuls les spécialistes de l’Antiquité tardive savent ce que fut le « brigandage d’Ephèse ».  Réunissant en 449 un concile réticent, l’empereur byzantin Théodose II  utilisa tous les moyens en sa possession : exclusion de la salle de réunion, intimidation, manipulation du  vote pour obtenir l’approbation des thèses  christologiques qui avaient sa faveur. Ce concile n’a finalement pas été  reconnu par la tradition.

C’est un peu ce qui s’est passé au Sénat le vendredi 12 avril  lors du vote de la loi en faveur du « mariage »  dit pour tous. Le gouvernement a fait adopter  le projet par la Haute-Assemblée en  décidant brusquement un vote à main levée qui a pris tout le monde de court.  Même légale, cette procédure n’en est  pas moins étonnante,  d‘abord par sa soudaineté,  mais surtout par son caractère expéditif, eu égard à l’importance du texte que Mme Taubira elle–même n’hésite pas à appeler un « changement de civilisation » !  Plus étonnant  encore : depuis une semaine que durait le débat au Sénat,  tant les motions de procédure qu’au moins une vingtaine d’amendements avaient fait l’objet d’un vote par scrutin public, lequel    permet, non seulement à tous les députés de voter, fut-ce  par procuration,  mais aussi au public de savoir précisément qui   a voté quoi. Si des amendements mineurs avaient fait ainsi l’objet de procédures formelles,  a fortiori pouvait-on s’attendre à ce qu’il en soit de même  pour le vote sur l’ensemble du texte.

Mais il y a plus : le  décompte des voix ayant été fait très vite, le président du Sénat,  en violation du règlement,  s’en remet aux présidents de groupe (dont aucun n’a objecté) pour lui communiquer ultérieurement  le détail des votes !

 

Une manœuvre cynique

 

Première réflexion qu’inspire ce vote « à la hussarde » : si le gouvernement a procédé de cette manière, c’est qu’il n’était pas du tout sûr d’avoir une majorité  au Sénat sur  la  loi organisant le  « mariage »  entre personnes du même sexe.  

Certes,  il avait disposé à presque tous les scrutins intermédiaires, d’une majorité d’une vingtaine de voix. Mais  cette majorité n’avait été obtenue que grâce à la  défection d’une quinzaine de sénateurs  de droite, s’abstenant ou votant avec le gouvernement,   et parce que le groupe socialiste (comme  le groupe communiste) déclarait régulièrement 128  voix pour sur 128 membres, incluant d’autorité tous les dissidents,  en particulier la dizaine de sénateurs de gauche d’outre-mer qui avait dit et répété dans leur circonscription qu’ils  ne voteraient jamais  ce texte.

Plusieurs de ces derniers semblent s’être  ressaisis au cours des dernières heures du débat, et, craignant à juste titre  les réactions des élus et de la population de leur département,  n’avaient pas l’intention de voter le texte dans sa globalité.    La droite était dès lors tenue de resserrer les rangs pour éviter que    le résultat final du scrutin ne  fasse apparaitre que le texte était passé grâce à elle, ce qui eut été d’un effet désastreux aux yeux de son électorat,  surtout à un moment où  l’opinion tend à s’en prendre  non seulement  aux  élus socialistes mais à   la    classe politique dans son ensemble.

Le vote à main levée, à condition d’en choisir bien le moment, permettait, non élément de s’assurer une majorité,   mais encore de donner un alibi aux sénateurs d’outre-mer pour ne  pas participer  au vote, tout en exonérant la droite de l’avoir laissé  passer.

Une telle manœuvre est certes  bien dans le style de  l’actuel président du Sénat, Jean-Pierre Bel, apparatchik brutal et sectaire,  très éloigné du radicalisme cassoulet que pourrait évoquer  sa qualité de sénateur de l’Ariège. Mais il est vraisemblable qu’elle a été conçue plus haut. Qui ne voit que le cynisme  qui sous-tend ce genre de manœuvre  est  bien de même nature que celui que l’on fustige chez un Cahuzac ?

Il n’en reste pas moins étonnant qu’aucun des responsables des  groupes  de l’opposition n’ait    demandé le scrutin public comme c’était possible.  Ceux qui écartent  l’  hypothèse que droite   sénatoriale ait été d’accord dès le début pour que le texte  soit voté, ne peuvent s’empêcher de voir là, pour le moins,   la marque d’une grave  incompétence. Quoi qu’il en soit, le  Sénat dans son ensemble n’en sortira pas grandi.

 

Une erreur politique

 

La deuxième leçon à tirer de ce quasi coup d’état est que le gouvernement est décidé plus que jamais à aller jusqu’au bout  du vote de la loi Taubira et cela par tous  les moyens, y compris les artifices de procédure le plus critiquables.

D’autant que l’on apprend dans la foulée qu’il compte accélérer la procédure :  le nouveau passage à l’Assemblée nationale est  prévu dès mercredi prochain:  l’Assemblée se ralliant , selon toute probabilité, aux amendements du Sénat , le vote sera alors  définitivement acquis. 

Cette obstination relève-t-elle de la tactique politicienne ? A-t-elle pour but de faire oublier  l’affaire Cahuzac  et l’envol du chômage,  d’  inscrire à l’actif du gouvernement au moins une réforme  importante ? S’agit-il, parmi tant de déçus,  de  satisfaire au moins une clientèle,  le  lobby  dit « gay » ( et tout ce qu’il y a derrière , telles les multinationales américaines qui  financent Terra nova , les mêmes qui s’activent actuellement   pour que la Cour suprême rende obligatoire le « mariage   gay » aux Etats-Unis )  ?

Si tel est le cas, ces calculs sont tous faux. Ce qui sera ressenti par des centaines de milliers d’anti-mariage unisexe  comme une nouvelle magouille n’est  pas prêt à faire  oublier  l’affaire Cahuzac, bien  au contraire.   Le lobby « gay »  ne représente pas grand-chose, surtout si on en soustrait tous les permanents vivant de fonds publics ou des subsides de Pierre Bergé.  Beaucoup d’homosexuels   sentant combien le vote de cette loi à la hussarde risque de faire monter  l’homophobie, la vraie celle-là.  D’autre part, loin d’apaiser les esprits,    l’adoption définitive de la loi   apparaitra  comme une profonde humiliation pour ses  opposants, qui mettront dès lors  toute leur énergie à faire battre les socialistes (et les éventuels dissidents de droite !) aux prochaines échéances électorales. Loin d’être « digérée » par l’opinion, cette loi va continuer d’alimenter  les rancœurs et  la division de la société française (qu’  il revenait au président de la République de  rassembler !).

S’il est vrai que les sondages ont longtemps donné le mariage homosexuel majoritaire dans  l’opinion,   beaucoup de gens,   pris à froid,  répondant en fonction de ce qu’attend   le politiquement correct médiatique,  cette majorité est en train de s’inverser depuis que le débat est lancé et que chacun a eu  le temps d’approfondir le sujet. Il est clair en tous cas que, si on ne dénombre que les très convaincus, les opposants surclassent de très loin  les partisans de la loi Taubira,   comme l’a  montré l’ampleur des récentes  manifestations.

Pour un gouvernement accablé par les sujets de mécontentement comme c’est le cas aujourd’hui, il aurait même été de  bonne politique,  à s’en tenir à la stricte logique politicienne, de crainte que tous les mécontents ne se conjuguent dans la rue, de relâcher la pression. Laisser  le projet Taubira échouer au Sénat    eut été   pour cela un moyen élégant,   pas  déshonorant pour lui.

 

La fureur idéologique

 

Non, si le gouvernement  s’obstine envers et contre tout  à faire passer ce projet en force, c’est qu’il est aveuglé par la fureur  idéologique.

Un projet qui ne  vise qu’à  faire reconnaitre un principe absurde : le déni de la    sexuation de l’  espèce humaine, comme jadis on voulait  éradiquer  l’instinct de propriété  ou l’instinct religieux (ce qui pourrait bien revenir à l’ordre du jour !), est un projet  idéologique. Nous avons affaire à un gouvernement d’idéologues  sur  ce sujet ;  il pourrait l’être bientôt   sur d’autres.

Un projet idéologique ne vise, contrairement à ce que  prétendent ses promoteurs, à régler aucun problème, à  abolir aucune injustice véritable,  seulement à  affirmer un principe philosophique faux, et cela  au prix de terribles effets pervers. Heurtant le  sens commun comme le sentiment profond du peuple,  voire la morale commune chère à Jules Ferry, il ne tolère aucun compromis et, entouré d’une hostilité croissante, amène nécessairement le pouvoir  à se raidir.

« Possédé »  par l’idéologie, un gouvernement de cette nature est prêt à tout sacrifier pour répondre à la logique folle de l’  « idée » qui s’est emparée de lui : la démocratie   en l’occurrence, sinon dans sa  lettre, du moins dans son  esprit),  la république,   l’unité nationale. C’est  dès lors à  un régime de type nouveau que nous avons  affaire. Sachons-le : tous les coups lui sont permis. Cela  jusqu’à ce que  le peuple juge, à son tour,  que, pour en finir avec  cette logique folle,  tous les coups lui sont, à lui  aussi,  permis.

 

Roland HUREAUX

 

 

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