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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 08:52

SE PREPARER A L’APRES BRUXELLES

 

Communication au Colloque du 18 juin 2010 à la Sorbonne 

 

Si nous avons décidé de tenir aujourd’hui ce colloque, c’est   que nous avons conscience de vivre un événement historique !

Cet événement : l’ébranlement et sans doute la chute prochaine de l'édifice européen tel qu’il est incarné depuis cinquante ans par les institutions de Bruxelles.

Un événement comparable par son ampleur à la chute du boc de l’Est en 1990 et peut-être même à la Révolution française. 

Jean-Paul Sartre disait en 1955 : « le marxisme est la philosophie indépassable de notre temps  » (il pensait au marxisme soviétique). Les dirigeants européens de la génération actuelle se sont habitués à penser que la construction européenne, à la façon de Bruxelles, était l’horizon indépassable de leur action.

C’est tout cela qui se trouve ébranlé depuis quelques semaines.

Le point de départ de cet ébranlement : la crise grecque, qui agit comme un révélateur. La Grèce apparaît, si j’ose dire, comme le « talon d’Achille » de l’édifice.

Jean-Luc Gréau nous en parlera. C’est pourquoi je n’en dirai  qu’un mot.

Tous les regards se focalisent sur la question de la dette publique de ce pays. Une dette considérable, mais qui n’est pas propre à la Grèce, ni d’ailleurs aux pays d’Europe  et qui est un vrai problème.  Mais il y a plus grave : c’est le déséquilibre des comptes extérieurs de ce pays – et d’autres comme la France. Ce déséquilibre provient  des différences  de  hausse des prix  et donc de compétitivité.

Les prix ont augmenté plus vite depuis la création de l’euro en Grèce qu'en France, en France qu’en Allemagne. Et cela est irréversible : même en imposant à tout le continent la discipline allemande, le problème ne sera pas réglé.

On évoque ces jours ci l’idée que la crise pourrait être l’occasion d’un renforcement de la « gouvernance européenne » au travers par exemple de la tutelle des budgets nationaux par la commission. Je n’y crois guère pour ma part.

Le différentiel de prix entre la Grèce et ses partenaires étant irrattrapable, l’hypothèse la plus probable – et même certaine – est la sortie de la Grèce de l’euro à terme plus ou moins rapproché.

Que la sortie de la Grèce entraine progressivement celle d’autres pays : l’Espagne, le Portugal,  l’Italie et même la France, est plus que  probable.

La chute de l’euro met-elle  en cause tout l’édifice bruxellois ? On peut en discuter mais je pense que oui.

L’Europe institutionnelle fonctionne aujourd’hui comme  un édifice à deux étages ;  le premier étage, c’est  Bruxelles : le marché unique et tout ce qui a suivi – libre circulation des hommes, espace judiciaire commun - ,   avec 27 pays. .

Le second étage, c’est Francfort, c’est  la monnaie unique, avec 16 pays.

Ma conviction est que la chute, aujourd’hui  inéluctable,  du second  étage entrainera celle du premier.

Certes il y aura des résistances.

Résistance sociologique de 50 000 fonctionnaires très bien payés dont ce système est la raison d ‘être.  Et autour d’eux, autant de lobbyistes, de juristes, de correspondants attitrés, de diplomates accrédités etc.

Il y a l’énorme problème des 500 000 pages de législation européenne déjà adoptée : que va-t-elle devenir ?

Mais imaginer que l’édifice bruxellois  pourrait résister en cas d’effondrement de la monnaie unique est une erreur.  Ce serait  oublier le caractère idéologique de la « construction européenne ». 

Quand je dis idéologique, je n’emploie pas ce mot au sens vague on l’emploie souvent, je l’emploi au sens précis  que lui ont  donné Hannah Arendt et d’autres critiques du marxisme : la politique menée par des idées simples, trop simples et donc fausses ; fausses et donc contre-nature, contre-productives ;  artificielles et donc périssables.

Si l’on prend l’exemple du communisme, ces idées trop simples,  c’était : « la propreté c’est  le vol » ; «  « la religion, c’est l’opium du peuple », « l’histoire du monde n’est  que l’histoire  de la lutte des classes ».

Que la propriété  soit le vol, c’est parfois vrai, peut-être même souvent, mais réduire  l’institution fondamentale de la propriété au vol, c’est simplifier outrageusement le réel. Reconstruire toute la société à partir d’idées aussi    simples, ce ne peut être que  catastrophique, comme l’a montré l’histoire du XXe siècle.

Pour l’Europe de Bruxelles, ces idées trop simples, ce sont : « les nations sont dépassées » ;  « les nations sont causes de guerre », elles sont un mal.

C’est  évidemment une illusion de penser que les nations sont dépassées. « Je vois, dit une fois Charles de Gaulle,  l’Europe comme un ensemble de nations indestructibles. A quelle profondeur d’illusions ou de parti pris faudrait il plonger pour croire que les nations européennes forgées au cours des siècles par des efforts ou des douleurs sans nombre, ayant chacune sa géographie et  son histoire, sa langue, ses traditions, ses institutions, pourraient cesser d’être elles-mêmes et n’en former qu’un seule ? » 

L’idéologie a d’autres  caractères.

Un de plus importants est le sens de l’histoire : il fait partie de la croyance idéologique de penser qu’elle doit toujours « aller de l’avant ». Comme la bicyclette, l’idéologie est en équilibre instable et s’effondre si elle arrête d’avancer. Rappelez-vous ce qu’on disait dans le débat sur le référendum européen : si le non l’emporte, c’est toute l’entreprise qui capotera. 

Cela est lié au caractère contre nature de l’idéologie : elle prétend refaire le monde, fonder une ère nouvelle, réaliser une transformation prométhéenne de l’humanité, à tout le moins de l’Europe. Elle vise à surmonter la nature et ce travail est sans fin. Une telle entreprise ne prend son sens que si elle va toujours de l’avant ;

Si advient un recul, c’est le désarroi, la perte de légitimité, le délitement, l’effondrement, comme on l’a vu dans le cas du monde soviétique à partir de 1986.

De cela, les dirigeants européen  qui s’efforcent, de plan de sauvetage en plan de rigueur, de colmater la brèche de la crise grecque sont parfaitement conscients.

Mais comme ils sont enfermés dans leur horizon, qu’ils ne voient aucune issue alternative à la construction européenne telle qu’ils la connaissent,  ils ne peuvent que gagner du temps.

L’Europe de Bruxelles, ne nous y trompons pas, est entrée dans une phase d’acharnement thérapeutique.

Est-il nécessaire de dire que cela ne durera qu’un temps et  que la fin viendra tôt ou tard.

Cette fin, faut-il la déplorer, s’en alarmer ?

A vrai dire, qu’on s’en réjouisse ou qu’on la déplore, ça ne changera rien. Cette fin viendra de toutes les manières.

Mais loin de nous affliger, une telle perspective doit au contraire nous réjouir. Elle doit nous aider à prendre conscience du fait que la mécanique européenne est nuisible, non seulement à la France mais même à l’Europe.

Qu’est-ce en effet que l’Europe aujourd’hui ? L’Europe, c’est :

-        Une récession démographique (à l’exception de la France, et encore) devant laquelle la Commission de Bruxelles n’a rien d’autre à proposer que  plus d’immigration.

-        Une agriculture dans un profond désarroi depuis que  Bruxelles s’est engagée devant l’OMC  à démanteler  la PAC.

-        Une industrie en voie d’extinction  par le fait des délocalisations.

-        des services publics en voie de démantèlement au nom du dogme de la concurrence et de la privatisation.

-        des flux migratoires encore plus mal contrôlés depuis l’entrée en vigueur du traité d’Amsterdam de 1996,  qui en fait une compétence communautaire ;

-        Un effort de défense le plus faible du monde et en diminution alors qu’il augmente dans  tout le  reste de la planète.

-        Une diplomatie de plus en plus inféodée à celle des Etats-Unis.

-        Et naturellement, le doute sur les valeurs, que ce soit l’héritage chrétien ou celui  des  Lumières. Le refus du préfet de police d’autoriser hier l’apéritif républicain de la Goutte d’Or, par crainte des réactions communautaires, est à cet égard significatif.

Les gnomes de Bruxelles sont les grands prêtres, les liturges du déclin  européen sur à peu près tous les plans.

C’est pourquoi, je n’hésite pas à le dire,  cet exondement de l’édifice européen, quand il viendra,  ce sera a pour la France une libération et c’est pourquoi nous avons choisi ce jour emblématique du 18 juin pour en parler.

Le 18 juin 1940 est d’ailleurs un symbole de liberté non seulement pour la France mais pour toute l’Europe : un ami allemand, magistrat à Düsseldorf, a tenu ce matin à m’envoyer un message de sympathie à l’occasion de ce grand jour dont nous fêtons aujourd’hui le 70e anniversaire.

Mais il ne faut pas se voiler la face.

A toute les époques, la fin des empires  a signifié l’anarchie,  la déliquescence,  parfois la guerre civile:   l’exemple de l’URSS, de la Yougoslavie sont là pour nous le rappeler, j’espère que nous n’aurons pas bientôt celui de la Belgique, ou de l’Europe.

 L’Europe qui a fait la leçon  au reste du monde et voulu l’impressionner par une expérience radicalement nouvelle de dépassement des nations (sans équivalent sur aucun autre continent), le jour de l’  échec,  se couvrira de ridicule ; mais qu’importe. Ce sera pour elle l’occasion d’un nouveau départ.

C’est pourquoi  le minimum  que nous devons faire pour préparer cet événement, c’est d’ores et déjà, de réfléchir à une solution alternative ; c’est la grande originalité de  ce colloque : il ‘na pas d’abord un aspect déploratoire ou dénonciatoire mais,   je l’espère, prémonitoire et en tous les cas prospectif. Je tiens à remercier à ce sujet Michel Robatel, sans qui ce colloque n’aurait pas eu lieu,  d’avoir proposé qu’il en soit ainsi.

Et ce colloque se passe à  la Sorbonne, un lieu emblématique de notre culture.

A travers lui, nous voulons prendre date.

Nous ne le faisons pas en pensant seulement à la France  car la France à une responsabilité vis-à-vis de l’Europe et du monde.

Nous ne sommes d’ailleurs pas contre l’Europe mais seulement contre la machinerie bureaucratique  et supranationale de Bruxelles. Il suffit en effet de regarder une carte pour voir que l’Europe, ce bout d’Asie morcelé et dentelé, mais riche de ses diversités, a malgré tout un destin commun.

Mais la nouvelle Europe que nous voulons construire devra reposer sur les réalités et non sur un mythe.

Cette réalité, ce sont les Etats souverains, pas une utopie supranationale.

Ce sont aussi des intérêts réels et non idéologiques : l’important, ce n’est pas de   « sauver l’euro » mais de sauver notre agriculture, notre  industrie, de résorber  le chômage, de préserver l’équilibre social.

Nous verrons dans le courant du colloque si un instrument de ce projet ne pourrait être, au lieu d’une monnaie unique forcément artificielle, une monnaie commune respectueuse des diversités.

Notre conviction, en définitive, celle qui sous-tend cette rencontre, c’est que la liberté de la  France, comme ce fut le cas en 1945, c’est aussi la liberté de l'Europe.  Et le redressement de la France, ce sera aussi le redressement de l’Europe.

Le  grand problème d’aujourd’hui  n’est pas d’abattre l’édifice européen : il s’effondrera de lui-même. Le vrai  problème, c’est que,  dans le séisme que ce changement majeur impliquera,   il y ait des gens qui gardent la tête assez froide pour proposer des solutions réalistes, pour être des  points de repère.

Notre conviction, c’est que la France va continuer , contre les utopies, contre ce que le général de Gaulle appelait les « chimères », contre les menaces, contre l’esprit de déclin, contre la haine de soi , parce que la France est nécessaire à l’Europe et parce que l’Europe  est nécessaire au monde.

Merci de votre attention.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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