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Roland HUREAUX

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 07:54

 

Au temps de l'Union soviétique, ceux qui avaient analysé  le phénomène idéologique ( Raymond Aron, Jean-François Revel, Alain Besançon,   Annie Kriegel, pour s'en tenir aux Français) disaient que le propre de l'idéologie était de laisser en plan les vrais problèmes et de chercher à résoudre ceux  qui ne se posaient pas.

La France est confrontée aujourd'hui  à d'immenses problèmes mais précisément pas à un problème de découpage régional !    

C'est pourquoi le gouvernement socialiste, gouvernement idéologique s'il en est , y  consacre aujourd'hui l'essentiel  de son énergie.

Faux problème ? Oui, car nos régions, contrairement à ce qu'a force de l'entendre répéter, on a fini par croire, ne sont pas plus petites que dans le reste de l'Europe;

La population moyenne de nos 21 régions métropolitaines ( en ne comptant ni la Corse ni  l'Outre-mer )  est de 2,9 millions d’habitants ;  celle des  20  régions italiennes, de 2,9 millions aussi. Celle des 17  communautés autonomes espagnoles de  2,5 millions.

On croit que les länder allemands sont plus puissants: c'est   en partie vrai :  en moyenne,  les 15 länder ont 5 millions d’habitants, mais comme ils sont très inégaux, sait-on que  8  sur 15 ( dont les 6 d'Allemagne de l'Est, de création récente ) sont au-dessous de  la moyenne française.  

Sortons d'Europe: aux  Etats-Unis, 20 Etats sur 50 ont moins de 3 millions d’habitants sans qu’il soit question de regrouper quoi  que ce soit ! L'Angleterre n'avait pas de régions et s'en passait d'ailleurs fort  bien  jusqu'à ce que Tony Blair, réformateur brouillon lui aussi,  en crée, mais pas plus grandes que les nôtres, l'Ecosse    (5 millions d’habitats), le Pays de Galles (3 millions) et l’Irlande du Nord (1,8 millions), royaumes distincts posant, comme on le sait,  des problèmes spécifiques.

Comme il arrive  souvent, ce projet absurde est né de deux travers bien français : d'abord la germanolâtrie  la plus stupide, l'idée que tout est mieux  en Allemagne,  cette maladie  née de la défaite de Juin 1940 , dont le général de Gaulle avait tenté de nous guérir  mais qui est revenue au galop depuis ; ensuite la légèreté  française qui fait que non seulement on veut imiter  le voisin mais,    en plus, on ne fait  pas l'effort  d'aller voir ce qui se passe vraiment chez lui ! 

Cette gent sotte et superficielle,  comme dirait notre bon vieux La Fontaine,  qui inspire les réformes en cours , est partie d'une  illusion :   le hasard ayant  fait que les plus grosses  régions  de nos voisins,   en Allemagne ( Rhénanie Nord-Westphalie : 17, 8 millions d’habitants,  Bavière 12, 5,  Bade-Wurtemberg :  10,7 ) , en Italie ( Lombardie : 9,8 millions), en Espagne ( Catalogne : 7, 5 millions) - à comparer cependant  avec l’Ile-de-France :  11,8 millions et Rhône-Alpes :  6,2 millions ) ne se  trouvaient pas loin de nos frontières., on n’ a pas pris la peine d'aller voir  plus loin:  la  Thuringe, les Pouilles, l' Estramadure …

Non seulement cette réforme ne nous rapproche pas de nos voisins, mais elle nous en éloigne.  Ils ont tous été en effet   attentifs à  respecter les solidarités  historiques. Si les länder allemands sont si inégaux et si  Bavière est  un   gros   land,   c‘est parce que la Bavière a une histoire, comme l’Alsace, comme Lorraine, comme le Limousin, comme  la  Picardie.  Et aucune de ces entités n'est à cheval sur une frontière linguistique, come le sera notre future région Est.  Nous avions réussi à faire de même  dans l'admirable réforme de 1964 et comme personne ne se plaignait vraiment, il y avait là , dans la logique désormais toute-puissante de ce que Guy Debord appelait  la société du spectacle,  pour  tout bouleverser.

Tout bouleverser au mépris de la sagesse qui commande  de laisser  au temps le soin de consolider les nouvelles institutions , comme on avait su le faire  pour le département depuis 1789 .

Tout bouleverser au mépris surtout de cette règle de sociologie administrative , hélas ignorée : en matière d'administration publique, il n' y a pas d'économies d'échelle !

Au contraire, il faudra ajouter aux coûts  de transition, qui risquent d'être considérables  comme dans toute réforme,    le coût de concentration lequel obéit à un principe malheureusement  ignoré de nos décideurs    plus une structure publique  est lourde,  plus les frais généraux sont importants;  on aurait dû s'en apercevoir (entre mille cas semblables)  avec l'intercommunalité qui a entraîné le recrutement de 200 000 fonctionnaires. Bonjour les dégâts ! 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

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