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Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:27

Publié dans Le Figaro.fr

 

Imaginons un jeune couple de la classe moyenne, où l'épouse travaille comme c'est devenu l'usage général ( ce qui gonfle, toutes choses  égales par ailleurs, son revenu déclaré ), élevant trois ou quatre enfants. Le moins qu'on puisse dire est que ce genre de  famille, plus sans doute que toute autre  catégorie de Français,  en aura pris "plein la gueule" depuis l'élection de François Hollande : Ayrault avait réduit et mis  sous conditions de ressources le  congé parental  rémunéré  et  durci celles  de la prestation d'accueil du jeune enfant (225 millions en moins pour 180 000 familles) . Surtout il  avait  encore   baissé le  plafond du quotient familial, ce  qui a rapporté  plus d'un milliard  à l'Etat.

Et maintenant , en accord avec Valls, en sus d'autres mesures comme la réduction de l'aide au libre choix du mode de garde  ou un  nouveau raccourcissement  du congé parental,  les députés socialistes, ressortent  du placard une vieille idée qui contredit  de plein fouet la philosophie  de la politique familiale française: la modulation  des prestations  en fonction du revenu - ou plutôt son aggravation car elle  existait déjà pour certaines  d'entre elles.

Prestations  réduites,  fiscalité alourdie: il ne fait pas bon avoir des enfants sous Hollande, surtout si on  appartient  à la classe  moyenne !

On dira sans doute que ces mesures ne font  que prolonger une tendance à long terme tendant à éroder la politique familiale ( moins  17   milliards en vingt ans).

On dira aussi que , confronté  à une situation financière catastrophique,  le gouvernement  socialiste s'attaque  une nouvelle fois à la catégorie sociale la moins  susceptible de se défendre :  la famille.   Une tentation ancienne:  ce fut cependant le mérite de Jacques Chirac, sous son deuxième mandat  (gouvernements  Raffarin et Villepin) de ne pas y  succomber .

Bruxelles qui presse pour le retour à l'équilibre de nos finances publiques ne fait pas non plus de sentiment :   la commission, émanation d'une Europe en plein effondrement démographique  et totalement indifférente à cette donnée, n'est   sans doute pas émue que la France  qui seule faut exception   aligne  par le bas  sa politique familiale .

 

Les considérations budgétaires ne sont pas tout

 

Mais les considérations budgétaires n'expliquent  pas tout . Comment  ne  pas voir  en effet dans les décisions  récentes relatives à la politique familiale prises par un  gouvernement  socialiste aux abois, quelque chose comme un règlement de comptes politique et  social ?  

Qui est en effet la cible principale de ces mesures ? Elle est claire:  les jeunes ménages des classes moyennes ayant fait le choix d'une famille nombreuse ( plus de  deux enfants ).

Les familles à un et deux enfants, de loin les plus répandues dans toutes les classes de la société,   reçoivent peu d'aide.

A dessein le gouvernement épargne les familles nombreuses  déclarant peu  de revenus , qui sont  aujourd'hui  principalement des familles  issues de l'immigration.    

 Si la fécondité  française n'est pas tombée aussi bas chez nous que dans le reste de l'Europe, et si notre pays , presque seul, montre l'exemple du vouloir-vivre  à tout le continent, c'est qu'il est encore bien porté dans une partie de la  classe moyenne française d'avoir une famille nombreuse. Sait-on que  dans la plupart  des pays avancés,   ceux qui ont plus  de deux enfants sont peu ou prou  assimilés  au quart monde ?   Pas  en France car  ce  n'est pas seulement par leur impact démographique propre que ces familles influencent   la société mais par le modèle qu'elles diffusent.

Ajoutons qu'elles   sont  le vivier où se recrutent un nombre important de  cadres du secteur public et privé, civils ou militaires. Elles sont particulièrement représentées  dans notre armée  laquelle se tient  son rang, elle aussi, mieux que d'autres.

Contrairement à ce que tend à faire accroire la propagande gouvernementale, il ne s'agit nullement  de privilégiés. Qui veut profiter de la vie, en suivant le paradigme hédoniste à quoi se résume aujourd'hui  la philosophie  socialiste, ne s'embarrasse  pas d'enfants !  Les familles nombreuses morcellent rapidement les patrimoines.  Tant les grandes fortunes que les haut revenus sont entre les mains de personnes bien  plus âgées  que la moyenne des pères et mères de famille  ayant encore des  enfants  à charge.

Il est d'autant plus  injuste que la fiscalité  directe  qui s'est  globalement allégée depuis 25 ans sur les plus aisés ( malgré les mesures du gouvernement Hollande allant en sens contraire ), se soit  au contraire considérablement alourdie sur ceux   d'entre eux qui ont des enfants .

En bref, au  moment où la survie de nos régimes de retraite est plus qu'incertaine, on fait supporter la charge de la rigueur à cette partie de la population qui  se sacrifie pour élever les cotisants de demain !

Mais le rôle positif  que jouent les familles visées en France et même en Europe,  ne saurait les épargner  aux yeux des socialistes. Faute  capitale en effet,  elles sont aussi le vivier  privilégié où se recrute la Manif pour tous,  en particulier dans  sa composante jeune . Et  que     beaucoup de ces familles nombreuses soient catholiques  n'est pas fait pour leur mériter  l'indulgence d' un gouvernement dans lequel  le ministère de l'intérieur trouve "nauséeuse" l'évocation des racines chrétiennes de la France ! Après avoir attaqué   la famille par la loi, le  gouvernement socialiste,  se vengeant  de ceux qui ont résisté,  l'attaque  au porte-monnaie !   

Par derrière, non  point un froid  calcul politique ( ces mesures seront sans doute électoralement contre-productives) mais  une rancune, une hargne  dont on a  par ailleurs bien  des témoignages  : au milieu d'un laxisme généralisé, des poursuites judiciaires impitoyables  continuent de s'exercer à l' encontre des  jeunes de la Manif pour tous pris dans les rafles il y a plus d'un an, Frigide Barjot est expulsée de son logement .

Cette hargne, cette dureté  s'expliquent  par le fait que le nouveau Parti socialiste , aux antipodes de la SFIO des origines qui avait voté la grande politique familiale de la Libération,    est  un parti  entièrement idéologique  et que l'idéologie conduit toujours à la haine inexpiable de l'adversaire.  Elles  tiennent aussi au fait que, à travers les oppositions que le pouvoir rencontre , la gauche n'apparait  plus , ainsi qu' elle l'a longtemps prétendu, comme la  jeunesse  du  monde. La jeunesse, désormais,   est  ailleurs. Comment en serait-il autrement puisque ce sont ces familles que les socialistes détestent tant, qui ont seules, le souci de l'avenir ?  La perte profonde de légitimité  du néo-socialisme  soixante-huitard dont il est peut-être l'ultime expression, voilà ce  que  ce gouvernement ne pardonne pas !

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Roland HUREAUX
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commentaires

Thomas Lajuncomme 05/01/2015 05:32


Si l'actuel pouvoir est vraiment à la fois si faible, hargneux et détesté qu'on le dit souvent, qu'est-ce qui fait qu'il tient encore et que rien dans le fond ne semble pouvoir le secouer
sérieusement ? Sa force d'inertie ? La solidité des institutions ? La stupeur généralisée ? Ou quoi d'autre encore ? Qu'est-ce qui permet de supposer que François Hollande ne sera pas de nouveau
élu en 2017 ou que son successeur, quelle que soit son étiquette, fera emprunter à la France une voie différente ?