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Roland HUREAUX

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 14:49

 

Article publié dans Marianne2

Cela fait tout drôle de se trouver pour une fois d’accord avec Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy et Joschka Fischer sur le principe d’une intervention armée en Lybie,  quand on a désapprouvé celles qui ont eu lieu en Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan !

Pour une fois, une « guerre juste »… 

Pour la première fois, en effet, en Lybie,  les conditions d’une « guerre juste » semblent réunies.  Pourquoi ?  

 D’abord parce qu’il y avait, il y a toujours, une menace immédiate sur  les habitants des villes révoltées si  le régime les reconquiert : compte tenu de l’état d’esprit du despote vieillissant, des représailles en forme de massacres de masse y sont à craindre.  

Parce que  le  régime  de Kadhafi  est  de nature véritablement totalitaire, ce qui est finalement  rare  aujourd’hui.  Seuls en Afrique, le Rwanda de Kagame et l’Erythrée  d’Afeworki  contrôlent  au même degré leurs  populations.   

Parce que depuis quarante ans qu’il existe, ce régime  n’a cessé d’étendre sa malfaisance à l’extérieur : en tentant de renverser presque tous les autres régimes arabes (qui ne s’attristent pas de ses malheurs !), en suscitant de multiples guerres en Afrique, notamment au Tchad,  en détenant illégalement les malheureuses infirmières bulgares et en soutenant des actions terroristes. Les deux plus spectaculaires furent l’attentat de Lockerbie du 21 décembre 1988 contre le Boeing 747 de la Pan Am, Londres-New York (270 victimes) et  l’attentat du Ténéré  du 19 septembre 1989 contre le DC-10 d’UTA Brazzaville-Paris (170 victimes),  mais il y en eut sûrement  d’autres.

L’esprit évangélique n’ayant pas sa place dans les relations entre Etats, il n’est pas mauvais que les trois pays visés par ces attentats : la France,  le Royaume-Uni et les Etats-Unis se  vengent, même si c’est à retardement : ils n’en seront que plus respectés. Il est seulement regrettable que leurs dirigeants, en tous les cas les Français et les Anglais aient eu, entre temps, des complaisances coupables envers le guide de la Jamahiriya libyenne :   on se souvient de la ridicule parade qu'on lui permit de faire à Paris en décembre 2007. Le souci de jauger un futur ennemi en serait la seule excuse.

En définitive, c’est au régime nazi que celui de Kadhafi s’apparente le plus. Il ne saurait donc  être mis sur le même plan que ceux de Moubarak en Egypte et de Ben Ali en Tunisie qui avaient le caractère de dictatures  classiques, mais  sans complaisance pour le terrorisme et sans agressivité extérieure. On peut, comme nous l’avons fait, recommander la plus grande réserve vis-à-vis des affaires intérieures de ces pays et, au contraire, approuver le principe d’  une intervention armée en Libye. Dernière raison  qui justifie une  intervention en Libye : bien davantage que celui l’Afghanistan, hôte très hypothétique d’Al Kaida,   le devenir de la Lybie nous importe parce qu’elle se situe, elle, à nos portes et que les agissements de  Kadhafi ont à plusieurs reprise interféré avec nos intérêts directs.

Compte tenu de ces arguments, on ne pourra que se féliciter de l’esprit d’initiative du président français,   d’autant que pour la première fois depuis  son élection, il ose prendre, nettement,  ses distances avec  l’Allemagne d’ Angela Meckel dont le comportement dans cette affaire est rien moins qu’inquiétant : quelles obscures collusions cachent donc  ces réticences à approuver l’intervention  en Lybie (réticences que ne partage pas l’ancien ministre vert,  Fischer) ? On se le demande.    Müll Pacha, le personnage emblématique de « Tintin au pays d’or noir »,  serait-il de retour ?   

…mais bien mal engagée  

Fondée dans son principe, l’intervention n’en est pas moins plombée dans sa réalisation par plusieurs difficultés.

D’abord par les termes de la résolution 1973 du Conseil de sécurité,  extrêmement restrictive,   car il a fallu, pour qu’elle soit votée, composer  avec les réticences de la Russie, de la Chine, de l’Allemagne  et d'autres. Elle ne permet d’intervenir que pour protéger les civils, imposer une zone d’exclusion aérienne ou faire respecter l’embargo sur les armes. Elle interdit  en particulier  « le déploiement d'une force d'occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n'importe quelle partie du territoire libyen ».

Or si le vrai but de guerre  est de détruire le régime de Kadhafi (que pourrait-il être d’autre ? Imagine-on un seul instant de lui demander, sans ridicule, de  le  « démocratiser » ? ),  seule une opération chirurgicale à Tripoli, avec des troupes terrestres,  le permettrait dans un délai rapide. Ce serait d’ailleurs le meilleur moyen d’éviter de couvrir le pays de bombes aux effets durables sur l’environnement. Non-ingérence, non-ingérence !   Encore une fois, il s’avère que l’enfer est pavé de bonnes intentions et qu’en l’occurrence, il risque de l’être de milliers d’obus et de missiles occidentaux. Sans compter la  possibilité  d’un enlisement qui serait déjà une victoire de Kadhafi.

Faute d’un feu vert franc de l’ONU, les « Alliés » ne peuvent compter , pour venir à bout du « Guide » que sur les insurgés : hélas, la  désorganisation politique et militaire de ceux-ci  est par trop patente.

On dira légitimement que l’on  ne s’était pas tant soucié de respecter  le droit international pour bombarder la Yougoslavie en 1999 ! Mais alors, les dirigeant  occidentaux étaient solidaires ( une explication qui n’est nullement une excuse ! ), ce qui n’est pas le cas dans l’affaire libyenne : les hésitations américaines (qui effectuent cependant la majorité des  « frappes »), le refus de l’Allemagne, les réticences de la Turquie, de l’Italie et de bien de pays arabes laissent en définitive la France et l’Angleterre seules en première ligne. Avec le risque que, si elles étaient  prématurément désavouées comme elles l’avaient été en 1956 à Suez, l’opération ne tourne court.

Car le temps joue contre nous  dans cette affaire.

Fortes de l’appui allemand, la Russie et la  Chine pourraient  hausser assez vite le ton.

Les pressions pour y impliquer  l’OTAN risquent de donner  une allure de « guerre des civilisations » à une opération qui serait sans doute  mieux passée auprès du monde arabe si elle était restée sous direction française. Que des ministres français mal inspirés parlent de « croisade » n’arrange rien.

Si les pouvoirs arabes (à l’exception de l’Algérie) n’ont aucune raison d’avoir la moindre indulgence envers Kadhafi, les foules arabes verront en lui, si le conflit se prolonge,    un héros de la lutte contre l’Occident.

Dans  cette entreprise,  Sarkozy   n’a pas droit à l’erreur. L’affaire étant engagée, il lui  faut, coûte que coûte,  la finir vite et bien.

 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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