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Roland HUREAUX

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 16:56

Il ne fait  aucun doute que la Grèce sortira de l’euro à brève échéance.

Les solutions qui pourraient permettre de l’y maintenir sont toutes exclues.

La première serait que l’Europe garantisse la dette d’Etat grecque qui ainsi deviendrait une dette de toute l’Europe. Le règlement de l’euro ne le permet pas et cela pour des raisons évidentes :   le précédent serait inacceptable. La Grèce n’a pas demandé à l’Europe la permission de faire des déficits, bien au contraire, elle en a fait une partie dans son dos.  Si chaque pays pouvait ainsi   tirer des chèques sur l’ensemble  européen, on irait vite au  laxisme généralisé. Et d’ailleurs même si cette pris en charge était possible, l’opinion allemande ne la  permettrait pas sachant qu’à la fin, c’est l‘Allemagne qui devrait  payer.

L’autre solution serait d’accroître les transferts   financiers  nets  de  l’Europe (celle de Bruxelles, pas de celle Francfort)  en direction de la Grèce. Si l’aide budgétaire proprement dite n’est pas non plus permise, il serait en théorie possible d’accroître le montant des aides régionales que, à l’instar de tous les pays en retard, perçoit  la  Grèce. De cela non plus il n’est pas question.  Pour les mêmes raisons : le précédent serait là aussi  dangereux et les réticences allemandes insurmontables.  On sait d’ailleurs que si  aujourd’hui il faut mettre 100, ce sera demain 200, puis 300 et à la fin, les Grecs ne seraient  plus que des assistés de  l’Union européenne.  On mesure  là les limites de la solidarité européenne, corollaire pourtant nécessaire de l’euro  selon tous  les économistes.  Une étude passionnante de  Laurent Davezies (1)   a montré que les flux de solidarité européenne, via le budget de l’Union ne représentaient qu’environ le dixième des  flux  nationaux ( par exemple de Ile de France vers le Limousin,  à travers les retraites  , les  administrations  etc.) Cela ne suffit pas pour compenser les effets dévastateurs  de l’euro sur les économies les plus faibles.

La troisième solution est d’imposer au peuple grec un  plan de déflation drastique  analogue à celui que le gouvernement  Laval tenta d’imposer aux Français en 1934 ; réduction du nombre des fonctionnaires et de leurs salaires, réduction des retraites,  coupes sombres sur  les dépenses publiques.  Soit le contraire de ce qu’a  promis le nouveau gouvernement    conduit par le socialiste Papandréou, fraichement élu.   Au vu de l’état d’esprit de l’opinion grecque, en particulier du succès des dernières grèves et  de ce qu’on sait du tempérament rebelle des Grecs  (sans que cela  ait de notre part rien de péjoratif), il ya peu de chances  qu’un  tel plan aboutisse .Personne n’aime les plans de rigueur, à plus forte raison s’ils sont imposés de l’extérieur.  Et même   si ce plan réussissait,  5 ou 10 % de déflation ne suffiraient  pas ; c’est 30 %  au moins qu’il faut pour rétablir la compétitivité de  l’économie grecque.

Il est bien  évident que ces 30 %  de rééquilibrage ne pourront être obtenus que par une dévaluation et donc par la sortie de l’euro.  C’est ce qui est sans doute nécessaire pour rétablir sinon l’équilibre du budget, du moins celui des comptes extérieurs.  Pendant les mois qui suivront  cette dévaluation,  la Grèce deviendra la destination touristique la moins chère du monde. L’afflux des touristes devrait  alors  relancer l’économie du pays.

Le cas grec n’illustre pas seulement  l’absence de solidarité économique et financière au sein de la zone euro mais aussi l’absence de solidarité militaire, Les commentateurs n’ont pas manqué de souligner qu’une des causes du déficit grec était le montant anormalement élevé  - pour l’Europe - de ses dépense  militaires (4,6  % du PIB). La raison est que la Grèce fait face à un ennemi traditionnel, la Turquie, dix fois plus peuplé et avec lequel   les  relations demeurent tendues.   Si la défense européenne n’              était pas un vain mot, la Grèce n’aurait pas à s’en faire : elle saurait qu’en cas de problèmes avec la Turquie, elle pourrait compter  sur la solidarité de tout  le bloc des 26. Or c’est le contraire qu’elle doit envisager. Toute la machine européenne  vit aujourd’hui dans une  turcomania  qui explique la poussée vers l’adhésion d’Ankara. On retrouve là  un peu le scenario yougoslave : l’Europe occidentale   préfère les musulmans   aux orthodoxes,  couve d’un œil doux les Turcs, dont on s’obstine à ne pas voir les retards en matière de droits de l’homme et, depuis le début,  méprise les Grecs, alors même   que ces derniers sont dans l’Europe et les autres non.  Quelles explications pour cette étrange attitude ? L’oubli de l’histoire et du rôle majeur joué par les Grecs à l’orée de l’Europe, la véritable, pas celle des bureaucrates ?    La haine de soi  qu’au gré de certains entretiendrait l’Europe ? Ou  tout  simplement l’influence diffuse de l’Amérique sur les  esprits, une Amérique qui soutient la Turquie et s’est toujours méfiée des Grecs, trop proches des Russes ?  On ne sait.

Qu’adviendra-t-il   quand la Grèce sortira de l’euro ? Sur le plan économique, rien. Si les marchés étaient rationnels,  l’euro devrait être renforcé comme une cordée l’est  quand elle a  largué ses poids morts.    S’ils ne le sont pas et que l’euro baisse, ce serait tant mieux pour toute l’économie européenne.   Mais sur le plan financier, il y a peu de doute que la spéculation s’attaquerait alors à des pays plus importants que la Grèce et presque aussi en difficultés,  comme l’Espagne ou l’Italie. Leur situation serait la même que celle de la Grèce aujourd’hui : faute qu’une solidarité véritable soit possible  et dans l’impossibilité de faire les réformes douloureuses que même les Français  ne font pas, la sortie de l’euro serait inévitable.    A la fin, l’euro   redeviendrait ce qu’il ‘na jamais cessé d’être, le mark, c'est-à-dire une monnaie adaptée au tempérament du peuple allemand mais pas à celui du peuple grec, ni même à celui du peuple français ou du peuple  italien.

Si les conséquences économiques d’un tel scénario sont parfaitement gérables,  il aurait, sur le plan politique, l’effet d’un cataclysme : l’euro est le second étage de  la construction européenne ; le marché unique est le premier. Se retrouvant à nu, ce dernier serait aussi fragilisé.   Si Francfort chute, combien de temps tiendra encore Bruxelles ?  Il est trop tôt pour le dire.

Il est une vieille  expression grecque qui nous est familière : celle du talon d’Achille. La Grèce est  bien le talon d’Achille de l’Europe.  Il ne s’agit que d’une petite partie du corps mais , avec elle, c’est la  survie de tout le corps qui est en jeu. 

                                                               Roland HUREAUX

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