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Roland HUREAUX

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 21:58

La diplomatie de l'éléphnat

 

Article pariu  dans Valeurs actuelles

 

C’est  à un jeu dangereux que se livre l’Ambassade des Etats-Unis en France  en invitant  systématiquement  les jeunes  leaders issus  de l’immigration dans les banlieues  « sensibles »,  à rencontrer un  de ses agents.  Une partie d’entre eux se verra proposer un séjour aux Etats-Unis. Tous entreront dans un fichier qui est,  paraît-il,  le plus complet qui soit sur les immigrés de France -  sans beaucoup de mal,  puisque les fichiers religieux et ethniques sont interdits dans notre pays.

Le rapport du département d’Etat du 17 novembre 2010 publié par Wikileaks confirme que ces agissements entrent dans une stratégie d’ensemble visant  les « minorités », spécialement « les musulmans »,   en vue de porter remède à la prétendue « crise de la représentation en France », cela par « un programme agressif de mobilisation de la jeunesse ».  « Notre but est d’engager la population française, à tous les niveaux, en vue d’amplifier les efforts de la France pour réaliser ses idéaux égalitaires,  et,  par  là,  de promouvoir les intérêts nationaux américains ».  L’ambassade ambitionne même de modifier notre mémoire nationale : « De plus, nous continuerons   notre travail avec les musées français et les enseignants pour réformer le programme d’histoire enseigné dans les écoles françaises, pour qu’ils prennent en compte le rôle et les perspectives des minorités dans l’histoire de France. »

L’intérêt des Etats-Unis pour les immigrés de France ne s’arrête pas là .La multinationale Yahoo appuie le Bondy blog  très influent chez les jeunes de Seine Saint-Denis. Le Département d’Etat  émet une critique sévère de  la France pour avoir interdit la burqa, critique contre laquelle, face au silence du gouvernement, un certain nombre de députés ont protesté.

La « Stratégie d’engagement  pour les minorités »   est sous-tendue  par le préjugé largement répandu outre-Atlantique que la France est un pays raciste,  incapable de résoudre lui-même ses problèmes d’intégration. Un préjugé que, n’en doutons pas, l’ambassade ne manque pas d’inculquer aux  Young leaders qu’elle reçoit

Le fait, justement rappelé par Emmanuel Todd, que le taux de mariages mixtes, indicateur décisif de l’intégration,  soit bien supérieur en France à ce qu’il est dans les autres pays d’Europe et qu’aux Etats-Unis  est naturellement ignoré.

Grâce au sang froid de la police, les émeutes de banlieue de 2005  et 2007  n’ont fait aucun mort[1].  On mettra en regard les émeutes raciales de Los Angeles de  1992 : 55 morts et 2300 blessés[2],  ou encore   l’ordre donné en 2005 aux unités de la garde nationale et de l’armée de tirer à vue pour empêcher les pillages  consécutifs à l’ouragan Katerina à la Nouvelle Orléans ; on devine de quelles couleur furent les nombreuses victimes.

  Ce n’est pas en France, mais aux Etats-Unis que des citoyens volontaires ont le droit de partir en tenue de guerre  à la chasse aux  immigrants clandestins traversant   la frontière. Ces immigrants, mexicains et catholiques,  sont  pourtant bien moins difficiles à intégrer que les nôtres.

« Comment vas-tu dire à ton frère : « Attends que j’enlève la paille de ton œil alors qu’il y a une poutre dans le tien » ? » (Mathieu  7, 4) ». Le pharisaïsme est, on le voit, toujours d’actualité !   

Curieusement, une partie des medias français trouve normales ces ingérences, qui  ne vont que  trop dans son sens. Comme si  Rhône-Alpes était Haïti,   Jean-Jack Queyranne,   président  socialiste de cette région,  signe  avec le consulat des Etats-Unis    un accord de  coopération pour venir en aide aux  banlieues de Lyon.  

Mais dès que l’affaire, encore peu connue, s’ébruitera, beaucoup de Français auront du mal à comprendre  que les Etats-Unis qui nous demandent  de faire avec eux la guerre à l’islamisme dans les vallées reculées d’Afghanistan, vienne en même temps, dans notre dos,  encourager l’affirmation communautaire,  et donc potentiellement l’islamisme, à la périphérie de nos villes.

La profonde spécificité du  contexte français   est ignorée de cette diplomatie peu subtile. La société américaine est, depuis l’origine,   obsédée par la différence raciale. Y  compris quand elle prétend combattre le racisme, elle met sans cesse en avant la couleur de la peau. Jusqu’à ce que certains  idéologues  importent chez nous cette obsession, elle était étrangère  la culture française.

Il est vrai que la société française est aujourd’hui fragilisée par l’immigration  qui pose d’ailleurs, si les mots ont un sens, un problème plus religieux et culturel que  racial puisque les Arabes sont de « race »  banche.  Mais que  dirait l’Amérique   si, ayant 30 ou 40 millions de musulmans  sur son sol, certains d’entre eux  y clamaient leur ambition d’être un jour majoritaires et de réduire  les Yankees au statut de dimmi ? 

Il se peut d’ailleurs que le but de la diplomatie américaine soit d’utiliser cette fragilité pour  mieux tenir la France à  sa merci.  Raison de plus pour récuser le zèle importun d’un tel médecin.

Nous savons comment, avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, l’Amérique a  mis à feu et  sang l’Irak ou l’Afrique centrale[3], plongé le Kosovo dans le chaos.  Nous serions tentés de  dire  - ou plutôt c’est le gouvernement français    qui devrait dire : « bas les pattes »,  et  que chacun s’occupe de ses affaires !  

Pendant que le riche et puissant gouvernement américain se mêle de sauver nos banlieues, un vieux missionnaire fait la quête dans sa paroisse natale, en Vendée,  pour venir en aide aux enfants Sioux du Dakota dont il s’occupe et   qui se trouvent dans la déréliction la plus extrême…

 

Roland HUREAUX

 

 



[1] Deux morts accidentelles  ont chaque fois déclenché les émeutes mais on ne saurait, les compter, parmi les victimes de celles-ci

[2] On aurait pu rappeler aussi les émeutes de Watts  dans la même ville,  en  1965 :  34 morts,   1 100 blessés, 4 000 arrestations. 

[3] Voir sur l’Afrique centrale, le livre de Pierre Péan, Carnages, Fayard 2010.

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gilles 14/03/2011 20:10



MAIS QUI EST DONC HARRIS INTERACTIVE ?


L’ensemble de la scène politique française a été secouée, les 5 et 7 mars, par la publication coup sur coup de deux sondages, publiés l’un et l’autre par
le journal Le Parisien, réalisés l’un et l’autre par « l’institut » Harris Interactive, et donnant l’un et l’autre Mme Le Pen en tête du 1er tour à l’élection présidentielle qui se déroulera dans
plus d’un an. Dans le premier, Mme Le Pen (FN) était créditée de 23 % au premier tour de la présidentielle, devant Nicolas Sarkozy et Martine Aubry (PS), chacun crédité de 21 %. Dans le second,
elle était créditée de 24 %, devançant Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn.


Mais qui est donc « HARRIS INTERACTIVE ?


La société Harris Interactive France n’est qu’une toute petite entreprise, qui ne regroupe qu’une cinquantaine de personnes. En revanche, elle est la
filiale d’un groupe beaucoup plus puissant, le groupe américain Harris Interactive, qui dispose de près de 1 300 personnes au niveau mondial.


Le siège social de Harris Interactive est situé à New York (161 Sixth Avenue, New York, NY 10013) et le groupe est dirigé par un conseil d’administration
de 7 membres, dont on trouve la liste sur


http://ir.harrisinteractive.com/directors.cfm


Parmi ces membres dirigeants, deux doivent plus spécialement retenir notre attention.


La PDG de Harris Interactive a été sélectionnée par la Maison Blanche et le FBI.
La personnalité du PDG du groupe américain Harris Interactive, Mme Kimberly Till, est peu banale et assez inattendue à la tête d’un institut de
sondage.


Présentée comme un « global leader », Mme Till a été auparavant PDG de l’institut d’enquête d’opinion Taylor Nelson Sofres pour l’Amérique du nord (de mai
2006 à mars 2008), après avoir été vice présidente d’une filiale de Microsoft Corporation (de 2003 à 2008) et, auparavant encore, une haute responsable du groupe AOL Time Warner, dans des emplois
tournés vers les médias.


Plus intéressant encore, Mme Till a été sélectionnée en 1990 pour suivre le très prestigieux Programme « White House Fellowship ». Fondé en 1964 par le
Président Johnson, le Programme « White House Fellowship » a été conçu pour offrir à une quinzaine de jeunes hommes et femmes triées sur le volet la possibilité de travailler pendant quelque
temps au plus haut niveau du gouvernement fédéral avant d’aller « essaimer » dans la sphère privée. Comme le précise le site même de la Maison Blanche, « ce programme non-partisan » permet, pour
reprendre les termes mêmes du président Johnson, «de donner aux boursiers une expérience de première main et de haut niveau des rouages du gouvernement fédéral et d’accroître leur sentiment de
participer à affaires nationales ». En contrepartie de cette année d’expérience, le président Johnson estimait que « les boursiers devaient « payer cette faveur en retour » [« repay that
privilege » selon la formule américaine], après leur départ, en « continuant à travailler en tant que citoyens à leurs devoirs publics ». Il espérait notamment « que les boursiers pourraient
contribuer à la nation comme les futurs dirigeants ».


Le très prestigieux Programme « White House Fellowship »


(cf. photos de la dernière promotion sur :


http://www.flickr.com/photos/40021250@N05/with/4291737802/


HARRIS INTERACTIVE EST ÉGALEMENT TRÈS ACTIF POUR PROMOUVOIR « DSK »


Ce serait une erreur de croire que Harris Interactive a limité son action politique, au cours du mois écoulé, à la seule diffusion et promotion de «
sondages » dépourvus de toute scientificité propulsant mme Le Pen au second tour de la présidentielle. Il a également été très actif pour promouvoir la candidature de M. Strauss-Kahn à la
présidence de la République en publiant, le 18 février, une étude dithyrambique à son sujet :


http://www.harrisinteractive.fr/news/2011/18022011.asp


 


 


Pour comprendre les sondages Le Pen, il faut donc remonter la chaîne de commandement et expliquer aux Français que leur origine se situe aux
États-Unis d’Amérique, à un institut de sondage présidé par une femme sélectionnée par la Maison Blanche et le FBI (et sans doute très proche de la CIA) et à un conseil d’administration où siège
un officier supérieur français, président de la fameuse French American Foundation (FAF) créée par John Negroponte, dont l’objectif explicite est de contribuer à sélectionner les dirigeants
français pour le plus grand bénéfice des États-Unis d’Amérique.