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Roland HUREAUX

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 08:33

 

A l’heure où les  représentants du monde entier débattent  à Copenhague du devenir de la planète,   ressurgit  une vielle rengaine que l’on croyait  depuis quelques années  remisée  au placard:  le fantasme de l’explosion  démographique et de la surpopulation, d’où on tire que pour lutter contre le réchauffement de la planète, il faudrait  empêcher une partie de l’humanité d’avoir des enfants,  en tous les cas d’en avoir trop.

On ne s’étendra pas sur le paradoxe philosophique:   lutter contre la vie pour préserver la vie…   

On  n’  insistera pas non plus sur le fait que la population est une chose,  le modèle de consommation   en est une  autre. Les hommes dont il s’agit sont loin d’être égaux. Selon leur mode de vie, le carbone qu’ils émettent varie de 1 à 100. Même entre des régions  de niveau analogue comme l’Europe et  les Etats-Unis, la différence est  de 1 à 2.

On soulignera   plutôt   l’ignorance abyssale des phénomènes démographiques  que révèle un tel  discours.

Ignorance de ce qui se passe sur le terrain d’abord.  La fécondité est en diminution dans la plupart des  pays de la planète.   Un exemple :   l’Iran où, sous un régime ultrareligieux,  la fécondité est descendue de 7    à 2 enfants par femme en 25 ans. Tous les pays d’Europe sont aujourd’hui  au-dessous du seuil de   reproduction  des générations.  Certes  la France, borgne parmi les aveugles,  n’est que juste au  dessous,     mais toute l’Europe de l’Est est en train de se  dépeupler à grande vitesse : la Russie perd près d’un million d’habitants par an.   Sont aussi  au-dessous du seuil de reproduction  l’Australie,  la Nouvelle Zélande, le  Canada, le Japon,  la Chine, le  Brésil,  la Tunisie. Le taux  de fécondé  est en baisse continue au Mexique, au Maroc, en  Algérie, en Egypte, en Inde, au Pakistan, en Indonésie et ne devrait pas tarder, dans ces pays aussi,  à passer  au-dessous du seuil.

Même sur   le continent le plus en retard, dans  l’ Afrique subsaharienne, la fécondité globale, encore élevée  certes,  baisse chaque année.

Très peu de pays font exception à ce mouvement de baisse :    la  France et les Etats-Unis,  surtout  en raison de l’immigration,    et quelques pays très arriérés mais peu peuplés, comme le  Niger, la Guinée Bissau ou l’Afghanistan.

Et pourtant, dira-t-on, la population mondiale,  qui a déjà atteint 6,8 milliards d’habitants augmente encore.

Il est vrai qu’au cours du XXe siècle, la population mondiale a augmenté comme  jamais auparavant,  passant de 1,5  à 6 milliards en 100 ans. Mais cette  croissance est  en cours de décélération rapide.

Si la population  de la planète augmente encore, on le doit au  phénomène d’inertie bien connu des démographes : le taux de natalité (distinct de celui de fécondité)  n’est pas seulement fonction de la fécondité des femmes,  mais aussi du nombre   de  femmes en âge d’enfanter. Or en raison de la croissance passée, ce nombre  est important dans   les  pays du Sud : la population mondiale est comme un camion lancé  à grande vitesse qui continue d’avancer malgré un grand coup de frein. 

Si l’on prolonge, non seulement la courbe de croissance mais encore la pente en diminution de cette courbe, la population mondiale devrait atteindre vers 2040 un maximum que l’ONU  chiffre à environ 9 milliards d’habitants, mais il faut  savoir que cette prévision  était de 12 milliards il y a  quelques années et est révisée en  baisse tous les ans.   Dans ces 9 milliards, l’Afrique noire pèsera sans doute plus qu’aujourd’hui,   peut-être pour  2 milliards,  mais ce continent  est encore peu peuplé  et  , contrairement à la légende, les terres cultivables  encore sous-exploitées,  n’y manquent pas .

Et après, que se passera- t-il ? La croissance zéro, dont  rêvent les défenseurs de l’environnement ?  Non, l’humanité n’est pas si sage : comme dans un lancer  de pierre, la courbe redescendra alors  inexorablement. Tant mieux dira-t-on ? Mais que sera l’état d’esprit de cette  humanité en déclin, vieillissante et où,  par la voie de la sélection artificielle, les hommes seront  un peu partout plus nombreux que les femmes ?  

Ignorance enfin des mécanismes à l’œuvre dans les phénomènes de   population. Tout ce que nous venons  de dire montre que, avec ou sans   proclamations emphatiques sur la nécessité de contrôler les naissances,    un processus de décélération rapide la population mondiale est à  l’œuvre.  La politique forcée de contrôle des naissances  qui a prévalu   à  l’initiative du gouvernement en Chine ou en Inde,  sous  l’égide des Nations-Unies   en   Amérique latine,  semble y être pour quelque chose.   Pourtant  le mouvement a été analogue dans des pays où de telles  politiques n’avaient pas  cours, comme l’Indonésie ou  l’Iran. Les ressorts des comportements démographiques, sans être mystérieux, sont trop intimes   pour que les pouvoirs publics puissent les infléchir à leur gré,  sinon à la marge.  Aujourd’hui, le principal ressort de la baisse de la fécondité est   l’imitation d’un modèle occidental qui, grâce aux média,    est  désormais  connu    partout. Un modèle occidental peut-être suicidaire :   un pays comme l’Allemagne qui voudrait redresser ses naissances à un niveau moins  catastrophique, n’y  parvient  pas.   

A ce  vaste  mouvement de baisse   en marche  un peu partout dans le monde. il  est d’autant plus inutile d’en rajouter  que l’on ne sait pas encore où il  conduit  l’humanité. 

 
                Roland HUREAUX *

 

·          Auteur de   Le temps des derniers homes, Le devenir de la démographie mondiale, Hachette, 2000.

 

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Published by france
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commentaires

Pierre Sarramagnan-Souchier 22/12/2009 14:24



"L’INUTULITE" il me semble "utile" de vous suggérer une coquille
typographique dans votre titre !
Il faudrait écrire : L’INUTILITE et
non L’INUTULITE.
Courtoisement.



Manso 10/12/2009 22:18


Selon l'organisation britannique Optimum Population Trust, la Terre ne peut accueillir durablement
que 4 à 5 milliards d'habitants. Nous allons sans doute passer par un pic à peu près du double et les dégâts causés à l’environnement seront irréversibles du moins sur plusieurs siècles. Et donc,
contrairement à ce qui est dit dans cet article, il est tout à fait normal de s’alarmer et de tenter de stabiliser la population à  7 ou 8 milliards, ce en lançant des politiques ambitieuses
de prévention des grossesses non désirées ainsi que d’éducation et d’émancipation des femmes . Si par la suite la population est amenée à décroître ce sera une très bonne chose pour tous les hôtes
de la planète, y compris pour les espèces animales sauvages, s’il en reste…


RH 30/12/2009 01:14


Ce genre d'affirmation péremptoire d'une organisation, fut-elle britannique, ne saurait avoir de  valeur scientifique. D'autant que, comme  je le dis dans l'article, l'impact
sur l'environnement d'un homme varie de 1 à 10 au moins et peut-être de 1 à 50 selon son mode de vie.
RH