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Roland HUREAUX

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 23:58

 

L’identité française ne se sépare pas de l’identité européenne.

Dire cela n’a rien à voir avec  une quelconque perspective supranationale,  au contraire.

L’Europe est  entrée dans l’histoire avec les cités grecques. C’est leur amour passionné de la liberté qui s’est exprimé à Marathon, aux Thermopyles,  à Salamine,  à Platées, contre ce que les marxistes devaient appeler plus tard le  « despotisme oriental » .

Même refus d’une monarchie orientale avec la victoire, plus ambigüe,  d’Octave   à Actium, contre Antoine et Cléopâtre.

Tout en sauvant  la façade  républicaine,  Octave,  devenu Auguste,  n’en    imposa pas moins à Rome un modèle impérial,  au mépris de  la tradition romaine et de  l’esprit  de liberté des peuples moins avancés, Celtes,  Ibères  ou Germains. Mais au bout de quelques siècles,  l’Europe, sous le choc  des barbares,  revint,   avec  la bénédiction de l’Eglise,  à un nouveau type de morcellement. Cette Europe où, depuis l’Edit de Caracalla (312) , tous les hommes libres sont citoyens ne supporte plus les pouvoirs trop lointains.  En se partageant l’Empire, Les Francs en Gaule, les Wisigoths en Espagne, les Ostrogoths en Italie,  les Angles et les Saxons  en Angleterre,  les Suèves au Portugal  esquissent la carte politique de l’Europe actuelle : des entités politiques de taille moyenne, sous-dimensionnées par rapport aux grands empires byzantin ou arabe mais où le pouvoir semble  plus  à  portée  du grand nombre , jusqu’à  l’émiettement féodal.

Les tentatives  de reconstituer un grand bloc européen de type impérial   sur le modèle romain ne manquèrent pas:    Charlemagne, le Saint  Empire romain germanique, les Habsbourg,  jusqu’à  Napoléon  et  Hitler,  mais elles  firent les unes après les autres long feu . Il est significatif qu’ au XXe siècle les totalitarismes s’emparèrent    des  deux nations qui  s’étaient vu un moment héritières de Rome, l’Allemagne des Kaiser, la Russie des Czars (deux déformations de César) . Mais  ils n’ont eu , eux aussi, qu’un temps .

Cette histoire tourmentée  fait-elle,  autant qu’on le dit,   de l’ Europe une   terre de brassage ethnique ?  Elle le fut  sans doute au premier millénaire , par l’esclavage d’abord, par les invasions ensuite. Très peu depuis  l’an Mil.  Au temps des invasions,  les nouveaux venus tentaient de  s’imposer par le fer  et par le feu.  Mais ils ne gagnaient  pas vraiment :  soit qu’ils fussent défaits sur les champs de bataille ( les Huns, les Hongrois, les  Turcs), soit qu’ils se soient assimilés à la civilisation des premiers occupants : destin de la plupart des peuples germains du  Ier millénaire. Les Arabes, seuls,  imposèrent leur civilisation en Espagne, mais ils en furent finalement rejetés, comme les Turcs devaient l’être des  Balkans.

Et la France  dans cette histoire,  dira-t-on ?  A un degré suréminent, elle porte cette vocation européenne de liberté, elle en est l’emblème.

Emblématique déjà par sa position : le seul   qui soit à la fois sur la Mer du Nord, l’Atlantique et la Méditerranée, maritime et continental  ( au sens de MacKinder) ,   latin  et  franc , catholique  mais teinté de  protestantisme , chrétien  mais inspirateur  des Lumières , notre pays est à lui seul un condensé   de l’Europe.

Comme jadis les cités grecques, il incarna tout au long de l’histoire – sauf  l’exception napoléonienne –    la résistance à la tentation impériale paneuropéenne :   contre le Saint Empire, contre les Habsbourg,  contre le Reich bismarkien.

Redécouvrant à la  fin du XVIIIe siècle les valeurs de la démocratie grecque, les Français, comme les Grecs jadis, sont bien les Européens  par excellence. Ils sont  un peu à l’Europe, ce que l’Europe est au monde.  Leur identité ,  c’est d’abord cela.

Tout cela appartient –il au passé ?  

Loin de nous l’idée d’oublier ce que la chute du rideau de fer  doit à des acteurs non-européens,  Américains bien sûr  mais aussi  Afghans.  Reste que cet événement résulta  aussi du combat de grands  Européens ; Jean Paul II,  Walesa et d’autres  et doit être considéré comme une grande victoire de la civilisation européenne.

En refusant avec plus de détermination que d’autres l’ultime menace soviétique qu’exprimait la prolifération des euromissiles,  notre pays   réagit alors en conformité avec  son sens séculaire  de la liberté.

Comment  dès lors  s’étonner  que la France  doute de son identité dès lors que de nouvelles menaces  semblent,  à tort ou à raison, lui rappeler ce que, tout au long de l’histoire, elle  a , comme les autres  Européens, rejeté ?

Toujours ouverte aux autres cultures,  y compris arabe, comment  se résignerait-elle  à ce que l’Europe appartienne jamais à  l’oumma ,  ainsi que  l’envisagent   certains islamistes ?  

Comment pourrait-elle accepter que  certains faucons américains, tel Zbigniew Brzezinski , prônent  la mise en tutelle  de l’Europe au sein d’un nouvel ordre impérial ? .

Comment ne serait-elle pas inquiète, elle qui, presque tout  au long de son histoire,   a combattu  les empires ,  d’entendre Barroso  dire :  « parfois j'aime comparer l'Union Européenne en tant que création, à l'organisation des empires. », même s’il ajoute qu’il s’agira du  « premier empire non impérial » (1). De quelque manière que cela soit dit,  il n’est en tous les cas pas dans la vocation de la construction européenne de  substituer à la variété colorée de ses personnalités nationales, la grisaille d’  un soft power bureaucratique.

Loin de se replier sur elle-même, la France, en se souciant de son identité, ne fait que défendre, comme elle l’a toujours fait,  l’identité  de l’Europe.

 

 Roland HUREAUX

 


 (1) Conférence de presse à Strasbourg ; 10 juillet 2007,


 

 

  

 

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Published by france
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commentaires

Albert 03/02/2010 09:47


Je voudrais avancer un modeste commentaire de votre texte sur l'identité française-européenne,tout en ayant bien conscience que je ne suis pas orfèvre en la matière.
J'y ajouterais bien,dans la même optique,un commentaire sur la réforme communale.

«  De quelque manière que cela soit dit, 
il n’est en tous les cas pas dans la vocation de la construction européenne  de  substituer à la variété colorée de ses personnalités nationales, la grisaille d’un soft power
bureaucratique. » ( R.Hureaux)


 


Qu’entendre  par  « vocation de la
construction européenne » ? conformité  à l’Histoire ? ou  conformité aux visées
des « pères fondateurs » (et notamment un certain J. Monnet) ?


 


-Si c’est par référence aux susnommés, c’est inexact : ils ont bien programmé la fin
des nations, seule façon pour eux de « faire l’Europe ». L’idée d’ « Europe des régions », quoique seconde et plus particulière, s’inscrivit tout naturellement dans
le même sens.


 


-si c’est par référence à l’Histoire :


Par référence  à l’Histoire longue, on peut
soutenir votre thèse. Mais par rapport à l’Histoire récente, avec les deux guerres mondiales, on rejoint bien la volonté susvisée des « fondateurs » : casser les nations
(« qui sont causes des guerres »), d’abord par le haut (supranationalité européenne), puis et simultanément par le bas (en redonnant vie à des entités régionales antérieures aux
nations).


 


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A propos de la réforme communale, objet de votre dernière chronique sur Marianne.fr, je
cite :


 


« Dans une société
qui perd ses repères, est-il donc  si nécessaire de détruire un des plus anciens qui soit, le cadre communal, de  transformer des entités historiques dont certaines ont plus de 2000
ans d’âge en lieux-dits,… »


 


N’est-ce pas là, justement, une occasion et une étape de plus pour
détruire la France ?


N’est-ce pas là, justement, un moyen de plus pour que notre société
perde encore plus ses repères –sous prétexte de modernité?


 Je lisais quelque
part, récemment, que « la République [était] « l’angle mort » de la modernité ». Je le crains fort. Veut-on y ajouter, dans cet angle mort, 2000 ans de clochers ? Comme ça, la place sera encore plus nette, pour tout ce qu’on voudra.


 


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RH 05/03/2010 17:30


Vous commentez en me citant. Très bien.
RH