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Roland HUREAUX

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 08:37

Après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne

Parmi les patriotes que nous sommes,  beaucoup, pourquoi ne pas  l’avouer ?  ont pensé que la mécanique  supranationale  de la Constitution européenne   calerait avant d’aller jusqu’au bout. 
La cause nous paraissait entendue après le double référendum négatif de mai-juin  2005,  en France et aux Pays-Bas.

Quand fut  mis en chantier le traité de Lisbonne, clone de la défunte Constitution, même illusion : le refus irlandais, les difficultés polonaises,  la décision du tribunal constitutionnel de Karlsruhe tendant à  préserver la souveraineté du Parlement allemand, le blocage  obstiné  du traité par   Vaclav Klaus, président de la République tchèque,  la perspective d’un référendum britannique nous avaient  laissé espérer jusqu’ au dernier moment que l’affaire capoterait.

Considérant à juste titre que ces consultations partielles  exprimaient l’hostilité de la  plupart de peuples d’Europe au processus  d’intégration en cours, nous   pensions naïvement  que, dans une  Europe aux fortes traditions démocratiques, les peuples auraient en définitive  le dernier mot.

Et bien non !  Nous nous sommes trompés.   En cette fin de 2009, le traité de Lisbonne entre en application. 

On pourra certes se consoler  encore en considérant que  les grands pays gardent  la maitrise des orientations essentielles (ou de l’absence d’orientations !)  : plan  de relance, politique étrangère, nomination des personnalités clef de l’Union.  La France et l’Allemagne ont ainsi  imposé ,  en application du traité de Lisbonne, un président de l’Union européenne  honnête mais  falot  Herman Van Rompuy  ( dont l’absence sur la scène intérieure risque de coûter cher à la Belgique ) et un  haut-représentant  aux affaires étrangères,    Catherine Ashton, femme de cabinet sans légitimité démocratique,  dont on peut se demander si les  Britanniques ne l’on pas désignée  pour  ridiculiser la fonction.

Mais là aussi, il ne faut pas se réjouir trop vite.  Car   ce qu’il ya de plus   redoutable dans la machine  européenne se situe au  niveau intermédiaire, celui où règne en maître la commission. Une commission  beaucoup plus puissante depuis  que l’Europe se fait à 27.

Le succès  final  du processus de ratification du traité de Lisbonne  a montré que, malgré tous les obstacles, l’hydre bureaucratique bruxelloise étendait ses tentacules  de manière inexorable et  que, forte de sa puissance administrative, de sa patience et du caractère dispersé et  intermittent  des résistances, elle  finissait , comme   toute machine  idéologique,  à arriver au but qu’elle s’était fixé.   

Or c’est au niveau de la   bureaucratie  qu’il y  a lieu de craindre les effets de la ratification.  Après avoir connu  plusieurs  années de  morosité, liées aux résistances  des peuples,   la  bureaucratie   européenne vit aujourd’hui   dans   l’euphorie.  La signature du traité de Lisbonne a libéré sa  volonté de puissance.

Longtemps frustrés, les technocrates   de Bruxelles  veulent à présent mettre des bouchées doubles pour achever  le processus d’intégration. La directive Bolkestein,   aux effets si déstabilisateurs  sur  le marché du travail, un  temps  gelée, entre   en application. Forte de la création d’un ersatz de  ministère des affaires étrangères, la Commission a commencé  à recruter  5000 diplomates   qu’elle déploiera  à travers le monde, à l’égal d’un Etat. Ce  nouveau   réseau diplomatique  ne manquera pas de dévaluer   les ambassades des pays membres.  A la première contrainte budgétaire, un  gouvernement français  d’orientation européiste pourrait   tirer  prétexte de son  existence pour alléger notre propre dispositif, dont l’étendue  fut longtemps un facteur   de rayonnement pour notre pays. Les Pays-Bas y pensent  déjà.

Le traité de Lisbonne a d’importantes conséquences en matière de justice et de sécurité et donc  de contrôle de l’immigration : dans  ces   domaines, les décisions pourront être prises à la majorité.   La formation de policiers européens est à l’étude.  Ne doutons pas que Bruxelles se précipitera  pour occuper ces nouveaux territoires où pourtant elle est loin d’avoir fait  ses preuves

Le travail d’unification des normes de toutes sortes,  en application de l’Acte unique de 1987,  destiné à parachever  le marché intérieur,  va  se poursuivre.

En matière agricole, les crises du lait et celle des fruits et légumes ont montré le caractère impitoyable de la mécanique bruxelloise dès lors qu’il s’agit d’écraser les  petits et les dégâts du tout-marché qu’elle cherche à instaurer. Pourtant la commission a fait circuler un mémorandum destiné à redéployer  vers d’autres secteurs les dépenses de régulation des marchés agricoles, lesquelles  seraient réduites  de 60 à 30 % du budget communautaire. Heureusement, une offensive française relayée par l’Allemagne semble  faire échec à ce plan. Pour combien de  temps ?

Bien que  le coup vienne de   Strasbourg  et non de    Bruxelles, la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, au mépris du  principe de subsidiarité et du souhait  de la majorité de Italiens ,  d’interdire les crucifix dans les écoles d’ Italie,  montre jusqu’à quel point l’idée d’un droit abstrait , désincarné, étranger à  la volonté des peuples,   fait son chemin.

 La manière dont le président du Parlement européen a tenté d’empêcher de  parler Nigel Farage,  brillant député britannique eurosceptique,   montre le climat d’intolérance qui règne plus que jamais dans une  machine désormais remise sur les rails.

A ce regain d’activisme bruxellois, répond une soumission grandissante des administrations nationales pour lesquelles le droit  européen est devenu, en France au moins, la loi et les prophètes. Le Conseil d’Etat vient de décider que les directives européennes étaient immédiatement exécutoires avant même leur inscription  dans le droit national. C’était déjà la position – contestable - de la Cour de justice européenne mais pas encore celle des juridictions  nationales.  Le  Parlement français, qui n’a même plus à intervenir, se  trouve ainsi  un peu plus dévalué.

En  réussissant à mettre en œuvre le traité de Lisbonne malgré la volonté de peuples, la machine européenne   a franchi un pas dont nous ne mesurons  peut-être pas encore   les conséquences. Quelque part, l’Europe est  désormais sortie  du « cercle de la démocratie ». L’étonnante « investiture » de Herman van Rompuy par le groupe de Bilderberg a valeur de symbole. Cette capacité d’arriver à ses fins en contournant  tous  les obstacles   est typique d’un régime idéologique, appliquant la maxime    de Lénine : « deux pas en avant, un pas en arrière ».  Jusqu’ où nous mènera cette  machine infernale  en marche, dès lors qu’elle a démontré qu’elle pouvait passer outre avec succès à  la volonté populaire clairement exprimée ? Nul ne le sait.

Que l’Europe ne compte plus beaucoup de vais croyants ne doit  pas nous rassurer. Hannah Arendt  a montré comment les régimes idéologiques continuaient longtemps à fonctionner alors même que leurs cadres avaient perdu la foi.  Leurs bureaucrates  n’en étaient même que plus impitoyables.

Nous émettions l’hypothèse dans un ouvrage paru il ya dix ans (1)  qu’il y avait entre un régime véritablement totalitaire et le système idéologique européen  la différence d’un  étang revêtu d’une  couche de glace  épaisse et d’un autre où seulement flotteraient quelques plaques éparses.   Mais on sait qu’il suffit que la température  baisse de quelques degrés pour que  celles-ci se soudent entre elles et que tout  l’étang soit gelé.


                                   Roland HUREAUX 

1.       Les hauteurs béantes de l’Europe, François-Xavier de Guibert, 1999, reed. 2007

 

 

 

 

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