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Roland HUREAUX

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 17:31

 

L’ancienne Afrique occidentale française  a eu,  depuis 1960,  son lot de coup d’états,  de dictatures, d’entorses aux normes démocratiques -  pas seulement dans  la Guinée de Sekou Touré, seul pays à avoir coupé les liens avec la France dès l’indépendance et où la répression fut la plus féroce . De même, les problèmes économiques y ont été et y demeurent immenses.

Mais les pays de cette zone ont bénéficié de deux grandes chances. La décolonisation y a été partout pacifique.   Depuis l’ indépendance,  dans les huit pays qui la composent, aucun drame  majeur ne s’ était produit, jusqu’à la  récente guerre civile de Côte d’Ivoire. Mais même celle-ci,   qui  a fait  environ 15 000 victimes, n’est pas  comparable aux immenses massacres qui se sont produits au Nigéria, en Sierra Leone, au Libéria pour s’en tenir aux pays anglophones de la même région.

Plus encore qu’elle ne l’a été en Côte d’Ivoire, cette relative réussite est  aujourd’hui  remise en cause par les événements du Mali (et du Niger).

En renversant Kadhafi avec l’aide  de milices islamistes, les Occidentaux ont ouvert la boite de Pandore. Les armes du dictateur, pillées, circulent largement dans  l’Afrique subsaharienne.   

Le Mali,  havre de paix exemplaire dans les quarante premières années de l’indépendance,  avait commencé d’être déstabilisé par l’irruption en 2007  dans le Sahara,  d’un soi-disant Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui a déjà procédé à l’enlèvement  et  à l’exécution  d’otages français et étrangers. Mais ce mouvement était resté jusqu’à une date récente  cantonné au  désert.

L’affaire s’est aggravée après la guerre de Libye.  La rébellion a désormais pris de l’ampleur au Mali, la  rébellion ethnique des Targui ( Touaregs)  doublant la  rébellion islamiste.

Celle-ci vise à imposer un islam pur et dur à  une Afrique occidentale où, l’islam,  présent depuis le Moyen Age,  s’était  largement imprégné  des traditions africaines, en particulier par le   culte des saints ( marabouts).

La destruction des tombeaux de saints à Tombouctou est d’autant plus scandaleuse que cette ville, classée par l’UNESCO au patrimoine  l’humanité  témoignait d’une civilisation africaine déjà évoluée antérieure à la colonisation. Elle démontrait que, contrairement aux allégations de Sarkozy à Dakar, l’Afrique noire n’avait pas attendu le XXe siècle pour entrer dans l’histoire.

Le Mali est gravement déstabilisé. Le Niger est menacé. Les  réfugiés maliens affluent au Burkina Faso.

Les  chrétiens  sont peu nombreux au Mali et au Niger. Ils le sont beaucoup plus   au  Burkina et au Sénégal,  et bien entendu au Nigéria. Sans avoir été  le motif officiel des conflit, le  facteur religieux était  à l’arrière-plan des guerres civiles qu’ont  connues le Nigéria,   la Côte d’Ivoire – et avec beaucoup moins de gravité,  le Sénégal. Toute la région, où chrétiens et musulmans cohabitent,  pourrait se trouver rapidement embrasée.

 

La responsabilité de la France

 

L’opinion française  a beau considérer que la Françafrique est finie et faire mine de regarder de loin ces événements, un tel embrasement apparaîtrait comme un grave échec  pour notre pays.

La Françafrique (nous entendons par ce mot l’existence de liens privilégiés entre la France, ses anciennes colonies et d’autres pays d’Afrique)  a été continuellement dénigrée depuis trente ans. Une de ses grandes réussites,  insuffisamment  connue, est pourtant d’avoir préservé une paix relative dans nos anciennes colonies.

Une étude  du Quai d’Orsay de 1997 faisait la comparaison du  nombre de victimes des guerres ( y compris les victimes collatérales : famines, épidémies, ayant causé des décès) des anciens domaines coloniaux . Cete comparaison démontrait que   les anciennes colonies françaises, malgré la guerre du Tchad, s’étaient trouvées  bien plus favorisées que les autres :

Anciennes colonies françaises :     50 000 victimes   pour 115 Mh soit      0,35/1000h  ( la population prise en compte au dénominateur était celle de 1997 )

Anciennes colonies britanniques :   2 500 000 victimes pour 315 Mh,        soit     7,9 /1000  h

Anciennes colonies belges :    2 000 000 victimes  pour   60 Mh,     soit     33   /1000  h

Anciennes colonies portugaises :     1 200 000 victimes pour  30 Mh,     soit    40  / 1000  h 

Autres pays (anciennes colonies italiennes  ou espagnole, Ethiopie, Liberia):       1 000 000 victimes  pour   73 Mh     soit    13,6  /1000  h 

 

Depuis lors, le bilan des anciennes colonies françaises s’est dégradé, du fait des guerres civiles du Congo-Brazzaville et de Côte d’Ivoire mais ces dernières n’ ont pas fait, chacune,  plus de 20 000 victimes,  à comparer avec les désastres du Soudan ( Darfour : plusieurs centaines de milliers ) et du Congo –Kinshasa( 4 millions de morts  au Kivu) .

Les pires massacres africains : Biafra,  Soudan, Ethiopie, Ouganda, Rwanda, Zaïre, Angola, Mozambique, Sierra Leone, Libéria, Guinée équatoriale ont tous eu lieu  hors   de l’ancien domaine français.  Ceux que l’on a reprochés à un Bokassa, furent, à côté, anecdotiques.

Depuis l’indépendance, les anciennes colonies françaises ont pu, en raison des accords de défense conclus avec la France, réduire a minima leurs dépenses miliaires  (environ  1 % du PIB) alors que les autres pays dépensaient entre 2 et 4 % : autant de gagné pour le développement.

Même si ces chiffres sont nécessairement approximatifs, ils expriment une tendance irrécusable.

 

Un travail de sape qui n’a jamais cessé

 

Malheureusement la « Françafrique » – une expression que l’on pourrait trouver sympathique en soi mais qui est généralement utilisée de manière péjorative, fait  l’objet depuis quelque trente ans d’un  travail de sape incessant qui a fini par atteindre  sa cible

Ceux qui ont critiqué cette collusion, selon eux malsaine, entre la France et ses anciennes colonies, se sont d’abord  fondés sur la corruption des nouveaux Etats africains.  Comme s’il n’ y en avait pas autant  dans le reste de l’Afrique,  ou même  dans le reste du monde, y compris en  Europe.   Les affaires Elf et d’autres ont montré que cette corruption pouvait gangréner la vie politique française mais, pour ce qui est de financer les campagnes électorales, l’argent de Loréal  vaudrait–il mieux que celui d’Omar Bongo ?

Ne vaut-il d’ailleurs pas mieux aimer l’argent et les femmes que de massacrer à tour de bras ? 

L’évocation insistante  de la corruption a permis de passer sous silence les bienfaits de la Françafrique  pour  les pays concernés, dont les chiffres cités plus haut témoignent clairement.

La critique  systématique des liens privilégiés entre la France et l’Afrique a paru venir  au premier  abord des milieux français anti-colonialistes et anti-néocolonialistes (une association comme Survie par exemple en a fait son fonds de commerce). Mais cette critique  a toujours eu un  large retentissement dans le monde anglo-saxon. Elle y a peut-être même son origine. La collusion jamais démentie, autour de bons sentiments hypocrites, de  l’hégémonisme américain et du gauchisme français constitue, dans les affaires africaines,  une des grandes données des quarante dernières années. Le but des Etats-Unis (au moins de certains courants  influents à Washington) était clairement l’éviction de la France de l’Afrique. Les accusations portées contre nous ont eu  d’autant plus d’impact que  nos gouvernements, tétanisés, n’ont  jamais cru devoir y répondre. Ces accusations furent    largement relayées dans la presse, y compris de droite. La plupart des africanistes universitaires ou gens de presse ont ainsi  baigné pendant des années  dans le marigot américano- gauchiste.

La critique de  la Françafrique est devenue un thème  « politiquement correct » en France même : aujourd’hui la justice  française  intente des procédures pour « bien mal acquis » à  l’encontre de  tel ou tel  chef d’Etat africain  mais quel procureur osera s’en prendre à l’émir du Qatar ?   Ces poursuites  ont entraîné une méfiance des chefs d’Etat africains à l’égard de la France. Houphouët était une personnalité du tout Paris,  mais Bongo est mort à Barcelone, et Biya se retire en Suisse.

On a aussi critiqué les interventions militaires de la France au cours des quarante dernières années, interventions qui ne furent jamais aussi nombreuses qu’  au temps de Mitterrand. Mais ces interventions militaires,  de pair avec les accords de défense,  furent globalement  un facteur  de stabilité. Et, avec le recul, il est clair que si la France n’avait pas reculé devant des interventions limitées au Rwanda (1994)  et au Kivu (1996), près de cinq millions de vies africaines eussent  été sauvées. Le travail d’intimidation avait déjà  fait son effet.

 Aujourd’hui  la France  hésite à  entreprendre des  interventions directes même là où elles  seraient éminemment  utiles.  Les bases qu’elle possédait sur  le continent africain ont été en partie fermées mais nous en construisons une à Abu Dhabi !  A  l’ heure  où les Américains font la guerre en Afghanistan , en Irak , en Libye et maintenant en Syrie, et nous y entrainent à leur suite, seules  les interventions françaises en Afrique seraient  immorales ! 

La seule manière pour le France  d’échapper à la critique  est désormais  de faire les guerres des autres mais surtout pas  les siennes ou celles de ses amis africains.  Certes, on ne  refera pas l’histoire à l’envers :  les liens entre la France et ses anciennes colonies se devaient d’évoluer . Mais faut-il que remplie de culpabilité, la France laisse  le  champ libre en Afrique subsaharienne aux Etats-Unis, à la Chine  voire à  Al Qaida ?  Faut-il qu’elle liquide les intérêts qu’elle avait sur ce continent  au moment   où il intéresse plus que jamais  les grandes puissances ?

 

 

Revenir en Afrique

 

Il  nous paraît  clair  qu’au lieu d’attiser  la guerre civile en Syrie, la France ferait  mieux de s’engager pour l’arrêter au Mali . Au lieu d’aider les islamistes les plus fanatiques à Alep, elle ferait mieux de les combattre à Tombouctou. Et l’Algérie, grande puissance  saharienne avec laquelle nos relations sont toujours restées ambiguës, dûment associée  et ménagée,  y trouverait sans doute   bien des avantages.

Hélas beaucoup de temps a déjà été perdu. AQMI était facile à détruire à ses  débuts. Depuis la guerre de Libye, le mouvement a pris de l’ampleur et ce sera beaucoup plus difficile. Si la France ne  prend pas rapidement, en concertation avec ses partenaires habituels bien entendu,  ses responsabilités dans ce  secteur où nul autre ne les  prendra   à sa place, un incendie de très grande ampleur,  pourrait éclater.  Nos dirigeants doivent le prendre pleinement en compte.

 

Roland HUREAUX

 

 

Nous rappelons que le Tchad, le pays le plus troublé, relevait de l’Afrique équatoriale française

Le rôle d’un  Patrick de Saint-Exupéry ,longtemps expert des affaires africaines au Figaro serait ainsi à éclaircir.

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Published by Roland HUREAUX
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