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Roland HUREAUX

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 08:18

 

Dans le langage journalistique , l'expression  "administration américaine"  résonne de manière familière.

Elle n'en est pas moins une offense à la langue française dans la mesure où    the american administration doit se traduire par "le  gouvernement américain".   Administration est ce qu'on appelle un faux ami, tout comme, à l'inverse, the local government doit se traduire par  "l'administration locale".

L'"administration américaine" est cependant  plus qu'un américanisme. Cette expression laisse entendre que le gouvernement américain ne serait  pas un gouvernement comme les autres, qu'il se situerait au dessus des contingences - et sans  doute des  préoccupations mesquines  - des gouvernements ordinaires;  elle porte avec elle   un air   de rationalité hégélienne et une aura   d'universalité  que n'ont pas les autres  gouvernements, bassement politiques, eux  ( y compris the British government) . Ne peuvent  émaner de cette "administration" que opinions irrécusables et  des décisions  impartiales orientées vers le bien universel. L'emploi de cette expression  légitime  la position des Etats-Unis comme maîtres du monde.  Ils se trouvent  ainsi fondés, entre autres,   à  appliquer sa législation interne  aux autres pays comme on le voit dans l'affaire  de la BNP. On peut contester une décision politique, on ne conteste pas  une décision administrative !

C'est pourquoi  beaucoup d'entre nous  se sont efforcés depuis longtemps de ne parler que  de "gouvernement  américain" , animés  du double souci de  nous défendre  contre l' impérialisme de la langue dominante qui tend à imposer ses tournures aux autres langues, et de ne pas cautionner    l'idée que la puissance américaine serait au-dessus des autres. 

Pourtant  on peut se demander aujourd'hui s'il n'existe pas quand même quelque chose comme une administration américaine, parfaitement impérialiste pour le coup, mais transcendant le pouvoir politique américain. Alors  que le président  Obama apparait comme un homme relativement modéré ( au moins dans la sphère internationale), soucieux de désengager son  pays de nombreuses affaires mal engagées ( Irak, Afghanistan  et peut-être Syrie), tout se passe comme si une effrayante machine politico-administrative tournée vers un impérialisme  sans frein et animée d'une idéologie  impitoyable continuait inexorablement, avec ou sans l'aval du président,  sa marche en avant.

Ce pouvoir ne se résume pas  au lobby militaro-industriel encore que le pouvoir militaire y joue un rôle considérable. Il faut y adjoindre  d'autres pouvoirs: les seize services de renseignement, les think tanks, les multinationales, les groupes d' influence de toutes sortes, y compris universitaires.   Tous ceux-là sont animés du souci d'étendre sans limite   la puissance américaine . Leur  feuille de route n'est pas très éloignée des préconisations de Zbignew Brezinski : pour préserver l'hégémonie américaine, il convient d'enfoncer un coin entre l'Europe occidentale et la Russie et donc d' alimenter entre eux une guerre larvée, comme celle qui vient de se déclarer eu Ukraine.  Au  Proche-Orient, cette ligne est sous-tendue par   la "stratégie du chaos" : balkaniser au maximum tous les voisins d'Israël pour  assurer sa protection. 

Ces considérations stratégiques sont enrobées d'    une couverture idéologique sans faille: tout ce qui vient de l'Amérique et de l'OTAN  a ipso facto  pour nom liberté, démocratie, droits de l'homme. Il est du devoir de la puissance dominante de répandre ces valeurs dont elle est  seule  garante. Qu'est-ce dans ces conditions qu'un pays démocratique ?  C'est un  pays ami des Etats-Unis. Qu'est-ce qu'un  pays non démocratique  ?  C'est un pays ennemi ou rival des Etats-Unis. A cette aune, on comprend que dans l'opinion américaine, devenue par de manipulations diverses,   l'opinion de tout l'Occident, la Russie fasse l'objet de plus de critiques que l'Arabie saoudite ou même la Chine, pourtant bien pires sur le plan des droits de l'homme, que la répression des islamistes apparaisse beaucoup plus terrible en Syrie qu'en Egypte  - ou même en Algérie, ce quelle n'est pas forcément. La Turquie, tenue pour  démocratique,  était un candidat très présentable à  l'entrée dans  l'Union européenne tant qu'elle en pinçait  pour Washington et Tel Aviv ; elle  devient une dictature affreuse dès lors qu'elle s'en éloigne . Et ainsi de suite.

Cette ascension d'un pouvoir anonyme transcendant les contingences politiques, c'est ce que avait prophétisé , sous sa forme militaro-industrielle  le président Eisenhower dans son beau discours d'adieu du 17 janvier 1961 : "Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques."

Hélas, la  désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime n'est plus un risque mais une réalité qui remet en cause aux Etats-Unis et dans le monde les valeurs démocratiques.

Il est temps de   pendre la mesure  de cette menace.

L' "administration américaine" existe  donc , hélas, mais elle n'a plus rien d'une puissance supérieure au-dessus de contingences politiques  ordinaires. Elle est au contraire la plus politiques  des puissances.

L'administration américaine existe bien aujourd'hui , mais  ce n'est pas une bonne nouvelle. 

Roland HUREAUX

 

                                                                        


Chiffre donné par le général Colin Powell 

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