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Roland HUREAUX

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 16:09

 

 

SORTIR DE LA LOGIQUE DES TRAITES DE WESTPHALIE

 

 

Même si la démographie est  déterminante en dernière instance, la question du Proche -Orient est d’abord  un contentieux territorial puisque deux peuples y  sont en concurrence pour le même territoire, exigu.

Que ce contentieux ne puisse se terminer raisonnablement que par  un compromis  va de soi.

Cela est pourtant récusé par les extrémistes des deux camps. Ceux du camp palestinien  peuvent être aisément contenus – et le sont effectivement aujourd’hui – par le rapport de force.  Même si, pour des raisons de principe, ils ne souhaitent se rallier à aucune proposition raisonnable de partage (1), il est possible qu’ils consentent de fait à une solution unilatérale qui respecte  leur dignité.

 

Entre Josué et les Juges

 

Les extrémistes juifs visent le grand Israël (Eretz Israël), en tous les cas l’annexion de la Cisjordanie. C’est ce qui justifie leur  politique de colonisation obstinée.  Ils font ouvertement leur le programme assigné à  Moïse et Josué : « Tout lieu que foulera  la plante de vos pieds, je vous le donne comme je l’ai déclaré à Moïse. Depuis le désert et le Liban jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate et jusqu’à la grande mer, vers le soleil couchant, tel sera votre territoire. Personne, tout le temps de ta vie ne pourra te résister »  (Js  1, 3- 5).

Ils semblent en revanche ignorer  cet autre passage, tiré  du Livre des Juges : « La colère de Dieu s’enflamma alors contre Israël et il dit « Puisque ce peuple a transgressé l’alliance que j’avais prescrite à ses pères et qu’il n’a pas écouté ma voix, désormais je ne chasserai plus devant lui aucune des nations que Josué  a laissé subsister quand il est mort, afin de mettre par elles Israël à l’épreuve , pour voir s’il suivra ou non les chemins de Yahvé comme les ont suivis ses  pères . » C’est pourquoi Yahvé  a laissé subsister ces nations, il ne s’est point hâté de les chasser et ne les a pas livrées aux mains de Josué » (Juges,  2 20-23).

Parmi les juifs qui se veulent les plus  orthodoxes, les uns rêvent du Grand Israël, les autres, à l’inverse,  récusent le projet sioniste parce que le peuple juif n’en serait pas digne. Entre ces deux positions extrêmes, il  y a peut-être place pour la voie médiane suggérée par les Juges !  De fait, à aucun moment de l’histoire antique, le peuple d’Israël n’a  occupé toute la terre de Palestine. Même à son apogée, le  roi Salomon, s’il  exerça,  d’après  la Bible,  son hégémonie sur toute la région, n’en évacua  pas tous  les peuples non-juifs.

Si le compromis est nécessaire, faut-il qu’il prenne  partout la forme classique du partage signifié par une frontière  au sens classique du terme ? Ce n’est pas sûr.

 

Renoncer aux schémas  simples

 

Ce rapport univoque entre  une entité politique et un territoire est une simplification issue de la modernité. Le Moyen Age occidental connaissait des situations plus complexes : ainsi les terres qui sont  actuellement  celles des Landes  étaient gouvernées par le seigneur d’Albret    qui était pratiquement  indépendant. Mais ce seigneur rendait hommage    au roi d’Angleterre en tant que celui-ci avait hérité du duché d’Aquitaine et le roi d’Angleterre était à ce titre, mais à ce titre seulement,  vassal du roi de France. Une ville comme Mont-de-Marsan  ressortissait ainsi à trois formes de souveraineté superposées, ce qui lui permettait d’ailleurs de conserver une large autonomie.

La terre dite sainte a une histoire trop riche, une géographie trop complexe pour se prêter à des schémas simples comme ceux  que, depuis les traités de Westphalie,  le droit international moderne a imposés. Il sera difficile de trouver  les compromis nécessaires  si    on ne s’écarte pas d’une rationalité univoque.

C’est ainsi que les Juifs pourraient être reconnus comme souverains éminents  de Jérusalem  mais, afin de sauver la face des Palestiniens et plus largement du monde musulman attaché au symbole d’Al Qods,  il faut permette à l’Autorité palestinienne de garder un pied  qui soit plus que symbolique à Jérusalem, pas nécessairement dans la vieille ville. Là aussi, il faut revenir au précédent biblique : « Les fils de Juda ne purent chasser les Jébuséens qui habitaient Jérusalem ; aussi les Jébuséens habitent-ils encore aujourd’hui Jérusalem  auprès des fils de Juda » (Josué  15 63).  Une sorte de bail emphytéotique  ou de concession pourrait régler le sort des autres confessions, notamment chrétiennes,  présentes à Jérusalem. Plus qu’un statut international, qui risque d’ être dépassé, c’est vers ce genre de compromis complexe – et nécessairement ambigu -  qu’il faut s’orienter.  C’est le  même genre de compromis qui a permis à  Rome, après soixante ans de contentieux,  d’être la capitale à la  fois du Royaume d’Italie  et d’un Etat du Vatican soucieux de  disposer d’un territoire symbolique.

La droite  israélienne a  certes   de bonnes  raisons de  ne pas croire à la possibilité d’un accord en bonne et due forme. Il se peut que la solution, si solution il y a, résulte d’une prise de position unilatérale d’Israël. Mais l’unilatéralisme est une chose, l’humiliation de la partie adverse en est une autre.  Il y a dans ce genre d’affaires, par un minimum d’équité, moyen d’obtenir un accord de fait d’un adversaire qui, pour ne pas perdre la face ou se déjuger, ne voudra pas le reconnaître en droit. 

C’est pour cette  raison qu’il est essentiel que, sous une forme ou sous une autre, la partie palestinienne  conserve un pied  à Jérusalem. Pour  la même raison, il importe  que l’équilibre territorial de 1967 soit globalement préservé.

La logique qui a conduit  à la construction du mur a assurément un aspect déplaisant,  mais, tous les parents le savent,  quand des enfants se querellent, il faut les séparer.  On peut même penser que ce qui rend la situation aussi insupportable aux Palestiniens est que cette logique de séparation ne soit pas poussée jusqu’au bout, que des milliers de Palestiniens soient obligés de  passer chaque jour des contrôles longs et  humiliants pour gagner leur vie. Si la frontière était vraiment  fermée, les Palestiniens,  avec l’aide internationale nécessaire,  seraient contraints de  s’auto-suffire, ce qui serait plus conforme à leur  dignité.

Mais ce qu’il faut le plus déplorer est que le   mur ne suive pas la ligne de démarcation d’avant  1967, à tout le moins hors de Jérusalem. Bien que sans  valeur en droit international, cette  ligne de démarcation avait fini par entrer dans les habitudes  au point de revêtir, de fait,  un caractère normatif. Or la voilà déstabilisée, au moment où elle commençait à être  admise !

Même  si la muraille a consacré, pour partie,  le grignotage   du  territoire cisjordanien par les colons, il eut mieux valu, pour sauver la face des Palestiniens,  maintenir une surface égale en leur  trouvant des compensations, dans le   Néguev ou ailleurs  (sachant qu’avec les techniques israéliennes et l’aide internationale, il est possible de transformer aujourd’hui    n’importe quel coin du désert en jardin d’Eden). C’est ce que,  paraît-il,  Rabin proposa à Arafat : même si cette proposition ne fut pas acceptée sur le moment (comment exiger du chef palestinien une renonciation ouverte à Jérusalem ?), un compromis de ce genre demeure  la seule issue. 

 

Roland HUREAUX

 

 

1.      Les plus radicaux des Palestiniens proclament  le  droit au retour des descendants de tous les Arabes chassés en 1948 . Mais si l’on considère que ceux qui sont en Occident et une partie de ceux qui sont au Proche-Orient (notamment dans le Golfe persique ) ne veulent pas revenir et que  2,5 millions se trouvent déjà en Jordanie, royaume qui se dit   palestinien , la revendication ne porte en définitive que sur environ 1,5 millions de personnes.

 

 

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roland.hureaux 14/12/2010 09:30



Je ne suis absolument pas d'accord.


Les plus grands crimes de l'humanité (sans remonter à Gengis Khan): Staline, Hitler, Mao , dont les victimes se comptent par dizaines de millions,  se réclamaient d'idéologies
anti-religieuses. Rien de comparable dans la monstruosité dans les conflits à consonance religieuse.


D'autre part,  les conflits dits religieux d'aujourd'hui  sont généralement "surdéterminés" (pour parler comme Althusser) par une dimension nationale: c'est évident en Irlande, entre
Israël et la Palestine, en Yougoslavie, en Afghanistan . Les terroristes d'Al Khaida sont d'abord en révolte contre des régimes arabes qu'ils jugent "collaborateurs",  vassalisés par
les Etats-Unis, ce qui blesse  leur fierté nationale. Ce terrorisme, sert aussi à nous faire peur et à assurer la cohésion du "bloc occidental".


Il y a sans doute des exceptions : la partition de l'Inde coloniale s'est faite sur un critère exclusivement religieux. Mais le Pakistan a fini, je pense, par devenir une nation.


La France a connu des guerres de religions mais si l'on regarde de près, la sociologie des Huguenots était la même que celle des Armagnacs 150 ans avant : la petite noblesse du Sud-Ouest,  
et celle de La Ligue , la même que celles des Bourguigons: Paris, toutes classes sociales confondues et les alentours . Les mêmes, ultra-catholiques en 1580, se retrouvent Jacobins en 1793,
comme le montre Emmanuel Todd.



JANCAP 13/12/2010 18:55



ISRAEL PALESTINE : UNE DISPUTE TRES SIMPLE A RESOUDRE


 


On doit hélas en convenir, les religions du Livre sont basées sur des principes …inhumains et agressifs, sous prétexte d'humanisme et
de mysticisme. Fort heureusement, les Lumières, la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, la Laïcité et la Démocratie sont passées par là, pour permettre aux humains de vivre avec des
principes universalistes que peut  résumer la devise de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité.


Toutefois et même au 21ème siècle, les principaux conflits de la planète ont pour origine des antagonismes religieux. A
croire que les fondamentalistes sionistes, islamistes et chrétiens n'ont vraiment rien appris de l'Histoire car ils sont prêts à en découdre dans de nouvelles guerres de religion …y compris en
France ! D'autant qu'ils y sont souvent poussés par les extrêmes droites nationalistes et les pouvoirs financiers mondialisés qui savent très bien manipuler et humilier les Peuples. Humiliations
qui "fabriquent" tant de terrorismes…


 


Le problème Palestinien ressemble de plus en plus à celui de l'Afrique du Sud de l'apartheid, tant l'extrême droite sioniste
Israélienne au pouvoir humilie la population Palestinienne sur son propre territoire. Sionistes et islamistes ayant de puissants relais dans d'autres pays du monde, on sait que ce conflit du
Proche Orient peut se terminer en conflagration mondiale.


 


Pourtant, cette dispute d'un autre âge est très simple à résoudre. Tous les humanistes et progressistes le savent bien.
Qu'ils soient juifs, musulmans, chrétiens, agnostiques, athées ou autres, la seule solution viable au conflit israélo-palestinien est la création d'un
état démocratique et laïque nommé Palestine, incluant l'actuel Israël, dans lequel toutes les confessions religieuses seront respectées et les lieux saints protégés et entretenus pour la pratique
de tous les cultes en présence. Cette solution est conforme à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et met fin à tous les impérialismes communautaires, ethniques et
religieux.


La Palestine peut donc être à la fois "terre promise" des Juifs, "lieu sacré"
de l'Islam, "terre du Messie" des Chrétiens …et
territoire de liberté citoyenne pour tous, non-croyants inclus.


Toute autre solution, notamment la partition en deux états, Israël et
Palestine, nous renvoie au temps des Croisades et ne peut être que
provisoire, car porteuse de tensions et de conflits à venir.