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Roland HUREAUX

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 08:44

 
     Il est difficile de comprendre l’attitude de l’Etat d’ Israël dans la récente  interception, si peu diplomatique,   d’une flottille  transportant du matériel humanitaire à Gaza, si ce pays   n’était   persuadé que le temps travaille pour lui.
Il y travaille, croit-il, sur le plan diplomatique où Israël a, au fil des ans, éliminé (en dehors du Hezbollah)  les vrais ennemis dans  le premier cercle de pays arabes qui l’entourent, le dernier à avoir été neutralisé étant l’Irak de Saddam Hussein. Israël  se soucie désormais de neutraliser le deuxième cercle de pays hostiles, sinon arabes, du moins musulmans, à commencer par  l’Iran (en attendant la Turquie ?).
     Le temps semble également travailler pour Israël si l’on compare les fameuses cartes  du contrôle politique par l’entité israélienne de 1948 (la partition officielle puis la ligne de cessez-le feu, beaucoup plus avantageuse)  à nos jours, d’où ressort  la réduction progressive des territoires palestiniens du fait de la colonisation de la Cisjordanie.
     Cette   approche purement  territoriale  est pourtant illusoire. Car derrière le  nombre de  kilomètres carrés, il y a celui des habitants.  Or celui là seul  compte.  « Demography is destiny » disent les Anglo-Saxons.  Même si les Palestiniens se trouvent   confinés sur un territoire de plus en plus réduit,   la situation deviendra  intenable pour Israël s’ils  y  sont de plus en plus nombreux.

 

     La loi du nombre

 

     En 2009, Israël comptait 7  millions d’habitants (dont 5,5  millions de Juifs et 1, 5  de non-juifs, principalement arabes) et les territoires palestiniens,  3, 9 millions (2,4  millions en Cisjordanie dont 0,5 millions de colons juifs ; 1,5 million à Gaza) (1). Sous réserve de l’incertitude des chiffres, souvent manipulés dans un sens ou dans l’autre, le total, pour l’ancien mandat britannique est de 6 millions de Juifs et de  4,9 millions d’Arabes, presque tous musulmans aujourd’hui (2). 
     Même si Israël a un taux de natalité de  21 pour mille,   supérieur à celui de tous les pays occidentaux, ce taux demeure   inférieur à celui des habitants des territoires occupés :   33 pour mille, davantage encore  à Gaza.  On aboutit au même résultat en considérant le  taux de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme) : en Israël,  2,8  pour les  juifs, 3, 7 pour les non-juifs, 4  en Cisjordanie,  5,4 à Gaza.
     Les Israéliens conscients de ce problème démographique se consolent en considérant  que la fécondité des Arabes diminue sur le moyen terme, même à  Gaza où elle reste cependant très élevée,  et que celle des Juifs, au contraire,  se maintient, voire augmente, du fait du rôle croissant joué par les orthodoxes. En Cisjordanie, le taux de fécondité des 500 000 colons  serait aujourd’hui proche de 5 et donc supérieur à celui des Arabes (3,8) ; les colons pourraient y représenter le quart  de la population en 2025 (3).  Le taux de natalité ne résulte pas de la seule  fécondité actuelle mais aussi de celle de la génération précédente,  laquelle détermine le nombre de femmes en âge de procréer ;  de ce point de vue, les Arabes, beaucoup plus jeunes en moyenne,  ont plus d’une longueur d’avance.
A terme, donc, la population arabe devrait dépasser la population juive sur l’ensemble du territoire mandataire (4). D’où les efforts du gouvernement israélien pour mettre à l’écart la bande de Gaza, où le déséquilibre démographique est le plus aigu. Avec 1,5 million d’habitants, ses 360 km2  (Paris  intra-muros : 105 km 2) ont déjà une des densités  des plus fortes du monde ; or on y prévoit 4 millions d’habitants en 2050 ! 
     Le décalage démographique entre Juifs et Arabes, dira-t-on,  n’est pas nouveau. Certes. Mais Israël avait longtemps compensé un plus faible nombre de naissances par l’immigration. La dernière grande vague est venue de Russie à la chute du communisme. A moins d’une imprévisible  catastrophe quelque part dans le monde, on ne voit pas quelle nouvelle vague Israël pourrait désormais attendre.
     L’installation de colons juifs en Cisjordanie a ceci de paradoxal que d’habitude, dans l’histoire, ce sont les zones à la démographie la plus   dynamique   qui déversent  leur trop plein vers celles où elle l’est moins. Or là,  c’est l’inverse, ce  qui montre combien est artificiel    ce mouvement, fruit d’un volontarisme politique cherchant à contrecarrer les évolutions démographiques fondamentales.  

 

     Une natalité de guerre

 

     Contrairement à ce que beaucoup imaginent, la démographie des Palestiniens  ne  reflète  pas celle du monde musulman en général, désormais en chute libre.  En Iran  le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 7 à l’arrivée  des ayatollahs, en 1979,  à moins de 2 aujourd’hui,  sans que le nouveau pouvoir  y soit naturellement pour quelque chose.   En Tunisie,  il   est aussi passé au-dessous du seuil  de renouvellement des générations, en Turquie, il le fera  bientôt. Les autres pays musulmans, avec un retard plus ou moins grand, suivent le mouvement. 
     Les Palestiniens,  historiquement plus développés que  les autres Arabes,  auraient dû être à la pointe de ce mouvement vers  la  modernité. Or ils sont au contraire  à la traine. La bande de Gaza est en passe de devenir  le territoire le plus fécond au monde arabe. 
     Pourquoi ? Parce que cette fécondité est politique. Elle ne résulte pas  seulement de la volonté des autorités palestiniennes, surtout du Hamas qui,  faute de pouvoir jamais   gagner la course aux armements, espère  gagner celle des berceaux.  Elle correspond aussi à une volonté populaire.   Elle  est l’effet d’un instinct  collectif  de survie  -  car aucune politique démographique n’a jamais été efficace sans le soutien de la population.   Cette natalité plus élevée résulte également des conditions de vie : dans  une économie d’assistance comme celle où s’enlisent la  plupart des Palestiniens, le revenu du ménage dépend du nombre de bouches à  nourrir, ce qui n’est pas le cas dans une économie de  production. Il se  peut en outre  que  l’oisiveté qui règne dans les territoires, due pour partie  à un retard objectif de développement et pour une autre au blocus auquel est soumise l’économie,  favorise la procréation : que faire à Gaza hors des enfants ? 
     Le précédent de  l’Afrique du Sud le montre : dans un monde qui révère la  démocratie, la logique du nombre finit toujours pour l’emporter.
     Dans la mesure où il y a un lien direct entre la fécondité des habitants des territoires occupés (colons compris, d’ailleurs) et la tension politique et    militaire, il n’y a aucun espoir   qu’Israël renverse ces tendances, mortelles à  terme pour lui, sans un relâchement de cette tension. Ce relâchement doit déboucher sur une    vraie dynamique de développement,  en particulier à Gaza.  La densité de ce territoire est  encore inférieure à celle de Hong-Kong ; cette ville a, comme Beyrouth, un passé commerçant ; l’argent, européen ou  arabe,  ne manque pas. Le mieux qu’aient à faire les Israéliens est de favoriser au plus vite son décollage.
     Et la sécurité, dira-t-on ?  La technique moderne   offre  sans nul doute à Israël des  moyens moins rustiques de la  garantir  que le blocus inhumain infligé aux habitants de Gaza.  Dans toute situation de  conflit, il faut prendre en compte que la sécurité absolue de l’un est l’insécurité absolue de l’autre ; c’est pourquoi Henry Kissinger, se référant à la guerre froide,  disait que la détente suppose  un certain  « partage de l’insécurité.  Les Européens qui ont vécu quatre décennies sous la menace du feu  nucléaire soviétique,  sans que jamais la protection américaine ait été assurée,  savent qu’il n’y a pas de   sécurité absolue en ce bas monde.
                                                                  

Roland HUREAUX

 

 

 


1. Nous veillons à ne pas compter deux fois les colons juifs de Cisjordanie, qui sont citoyens israéliens et à ce titre, généralement  pris en compte dans la population d’Israël.
2. La minorité chrétienne, importante historiquement, n’a cessé de  fondre tant par l’émigration, due pour une part  à  la pression musulmane, que par une fécondité plus faible  que celle des  Musulmans. Il y aurait aujourd’hui 150 000 chrétiens  en Israël soit  environ  2 % de la population  (mais  selon certains  le double)   et 50 000 en territoire palestinien (soit 1,2 %).  Quoiqu’ ils soient en majorité arabes, leur sort est sans doute meilleur en territoire israélien.
3. Dans les statistiques officielles, cette fécondité supérieure des colons juifs de Cisjordanie est déjà prise en compte  dans celle de la population juive d’Israël, qu’il faut donc diminuer un peu si on  compte à part la Cisjordanie.

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Jean Caplanne 13/10/2010 17:12



GAZA-EN-VERCORS


 


Les patriotes résistants qui luttent pour la libération de leur peuple sont toujours qualifiés de terroristes par
les états voyous occupants, avant une solution démocratique, conforme aux Droits de l'Homme.


 


En France aussi, entre 1940 et 1945, on nommait "terroristes" les résistants qui ont contribué de manière décisive à la libération du
pays... La France a également connu son "Gaza" en 1944, avec le massacre du Vercors perpétré par la Wehrmacht et la Milice de Pétain. A l'époque, notre "Cisjordanie" se nommait "Zone Libre"
!…


Ces comparaisons historiques ne constituent pas des amalgames mais traduisent de façon très éclairante les  combats pour la liberté, face aux états voyous puissants et dominateurs.


 


Si l'histoire ne se répète jamais, on retrouve toujours des similitudes étranges et les mêmes phraséologies pour s'opposer aux luttes
de libération des peuples. Que ce soit dans l'Algérie coloniale de papa, la France occupée de papy ou la Palestine d'aujourd'hui, l'agresseur occupant s'installe par la force et souhaite ensuite
"demeurer en paix et sécurité" sur ses conquêtes, au mépris des peuples qui y vivent, en qualifiant les patriotes résistants de "terroristes".


 


Tout comme l'Allemagne nazie ou la France coloniale, Israël se comporte en état voyou détestable. Installé illégalement en Palestine
après "les accords-de Munich-de-l'ONU" en 1947, cet état se permet de ne respecter aucune résolution ultérieure de l'ONU,  ni le droit
international.


Les Palestiniens sont donc d'authentiques résistants et patriotes qui luttent pour la libération de leur pays. Et ce n'est pas parce
que les Juifs ont été victimes du plus terrible génocide de l'histoire, entre 1935 et 1945, que leurs successeurs doivent s'autoriser à pratiquer une politique coloniale d'apartheid qui nie le
droit à l'existence d'un peuple, sur son territoire historique.


 


Israël est bien un état voyou, historiquement condamné, tout comme l'Afrique du Sud de l'apartheid …avec qui il entretenait les
meilleures relations ! Même s'il est actuellement soutenu activement par les puissants de ce monde qui passent beaucoup de leur temps à humilier les peuples …et à "fabriquer des terroristes" un
peu partout sur la planète.


Nous savons tous que l'humanité progresse très lentement, de trois pas en avant suivis souvent de deux en arrière, mais que les
combats pour la liberté et la dignité de l'être humain sont toujours gagnants à terme. Même si c'est souvent très long. Et si le Vercors a précédé la libération de la France, la résistance
actuelle de Gaza promet celle de la Palestine. Quels que soient les arguments sécuritaires, géopolitiques et religieux, utilisés comme prétextes fallacieux.


 


Tous les humanistes et progressistes le savent bien, qu'ils soient juifs, musulmans, chrétiens, agnostiques, athées ou autres, la
seule solution viable au conflit israélo-palestinien est la création d'un état démocratique et laïque nommé Palestine, incluant l'actuel Israël, dans lequel toutes les confessions religieuses
seront respectées et les lieux saints protégés et entretenus pour la pratique de tous les cultes en présence. Cette solution est conforme à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et met
fin à tous les impérialismes communautaires, ethniques et religieux. La Palestine peut donc être à la fois "terre promise" des Juifs, "lieu sacré" de l'Islam, "terre du Messie" des Chrétiens …et
territoire de liberté citoyenne pour tous, non-croyants inclus.


Toute autre solution, notamment la partition en deux états, Israël et Palestine, nous renvoie au temps des Croisades et ne peut être
que provisoire, car  porteuse de tensions et de conflits à venir.


 


 


                                                                                                                         
Jean Caplanne (1)


             
                                                                                                            7
Avril 2009