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Roland HUREAUX

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 21:49

 

 

Il est beaucoup question ces temps-ci de laïcité.  En son nom, le premier ministre Ayrault avait   récusé les prises de position   des évêques  sur le mariage homosexuel.  Dans une déclaration  très contestée, Vincent Peillon,  ministre de l’éducation nationale,  grand défenseur de ce principe, a voulu interdire aux établissements catholiques d’en débattre.

Peu inspiré sur  le  plan économique et social, le gouvernement socialiste a voulu    faire de la laïcité son cheval de bataille :   en réformant la constitution pour y introduire la séparation des Eglises et de l’Etat (au risque de mettre fin  aux nombreuses exceptions qui  ont  permis jusqu’ ici de l’appliquer avec   souplesse),  en créant de nouvelles instances pour la mettre en œuvre etc.

 Mais de quelle laïcité parle-ton ?

Qui ne voit combien la notion s’est  radicalement  transformée  depuis les débuts de la  IIIe République au point d’en devenir méconnaissable ?

Au temps de Jules Ferry, la  laïcité était inséparable d’une morale.  Laquelle ?  : « Cette  bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et mères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques. ». A  l’école publique, la morale faisait non seulement l’objet d’un enseignement dédié  mais imprégnait  toutes  les disciplines.    Une morale, en continuité avec l’histoire et une morale  universelle : «Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. »  «  Nous avons la même morale » lança  Jules Ferry au  monarchiste  Albert de Mun.   

L’école laïque rappelait avec la même insistance les devoirs envers  la patrie. Et  même si la République a combattu vivement l’Eglise catholique, l’héritage chrétien  se trouvait à chaque page  des manuels d’histoire d’Ernest Lavisse,  par respect   du passé certes,  mais surtout  de l’objectivité, une des composantes de base  de la laïcité !    

 

Le naufrage  de Mai 68

 

Cette  morale laïque a sombré corps et biens dans la foulée de Mai 68.  Le tournant fut  la  suppression des cours de morale à l’école élémentaire : elle se fit sans instruction particulière, par simple constat d’   obsolescence.  De toute la morale et  pas seulement du volet familial ou sexuel. Il devint « interdit d’interdire ». Depuis quelques années, les hommes politiques, de droite ou de gauche,  parlent de la réhabiliter, mais aucun ne l’a  fait.  Peillon ne le fera pas plus que les autres pour la bonne raison que la notion de laïcité a muté.

Elle signifiait la neutralité par rapport aux seules croyances, laissant  intact le socle  de la morale dont   les premiers républicains croyaient, dans la lignée de Voltaire et de Rousseau, qu’il transcendait les dogmes des différentes  confessions. La laïcité  signifie aujourd’hui la neutralité par rapport à la morale elle-même, dont  les formes traditionnelles sont  disqualifiées  et tenues pour relatives – ou évolutives. .

Récusée dans sa globalité,  la morale devient sectorielle – et lacunaire : au  lieu du respect d’autrui en général,  la lutte contre les comportements racistes ou homophobes. Mais pas le respect des personnes âgées : malheur aux catégories qui ne font pas partie du politiquement  correct de l’heure ! Des  morales  idéologiques catégorielles se sont ainsi  substituées  à la morale  universelle. 

Evoquer la famille ou la patrie ou  supposer qu’à côté des droits (en premier lieu les droits de l’enfant)  , il puisse y avoir aussi des devoirs, est tenu pour  anathème. A la morale de l’effort s’est substituée la pédagogie moderne fondée sur le moindre effort : l’actuel ministre, ce n’est pas un hasard,  propose de légaliser  le cannabis ou de supprimer les notes.  Au nom de la neutralité religieuse,  l’héritage chrétien est éliminé ou diabolisé dans ce qui reste des programmes d’histoire.   

C’est dans cet esprit  qu’un  projet comme celui  de mariage unisexe peut être tenu pour laïque, alors même qu’au temps de Jules Ferry et de Ferdinand  Buisson,  il  eut suffi à envoyer son auteur à Sainte-Anne. La PMA pour couples homosexuels contredit la maxime de Kant, philosophe préféré des premiers laïques,  selon laquelle la personne humaine doit toujours être tenue pour une fin. Qui ne voit combien un tel projet  satisfait bien peu au  critère  proposé par le grand ministre à ses instituteurs : « Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous   si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire » ?

De cette mutation idéologique de l’idée de  laïcité,  le libéralisme libertaire   est le principale responsable. Et c’est la gauche  qui a joué le rôle principal dans le délitement du vieil esprit laïque. Jacques Chirac   dit une fois  que son grand-père  était « un instituteur  de gauche   de la IIIe République, c’est-à-dire    le contraire d’un enseignant  gauchiste de la  Ve ».   

Cette mutation est occultée par les réactionnaires  qui croient, à tort,  que   la remise en cause de la morale   était déjà, en puissance,   dans la Révolution française et  l’école laïque. Elle est occultée tout autant  par les libertaires qui, eux aussi, se voient, au nom du progrès,  dans  la suite  des Lumières.  

C’est en raison de cette mutation que  le débat actuel qui sépare l’Eglise et l’Etat n’est  nullement assimilable  aux querelles du début du XXe siècle.  La république voulait alors, au nom de la raison, affaiblir l’influence d’  une Eglise encore forte dont les dogmes ne l’intéressaient pas mais  ne remettait pas   en cause sa morale.  Aujourd’hui, l’Eglise catholique,  affaiblie,       défend  non pas  d’abord  son  influence   mais la morale naturelle  - qu‘on peut aussi bien appeler laïque – contre la déraison de  l’idéologie libertaire.  Les autres religions, font front avec elle. Une partie de l’opinion, même indifférente aux dogmes,  suit  et surtout,  la raison a changé de camp.                                    

 Roland HUREAUX                      


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Lettre de Jules Ferry aux instituteurs, 27 novembre 1883

Op.cit.

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