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Roland HUREAUX

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:04

Publié par Atlantico 

 

Pour  préserver la paix, dans son pays et dans le monde, pour  ne pas souffler sur les braises des conflits latents  un peu partout, il ne suffit pas d’avoir  une allure bonace et un tempérament  paisible, il faut aussi n’être pas médiocre. Et donc pas idéologue.  Car la forme moderne de la médiocrité est l’idéologie, le  prêt à penser de ceux qui n’ont pas d’idées.   

De l’idéologie, le parti socialiste en consomme beaucoup.  Oubliée la lutte des classes, est-il d’autre marqueur de la gauche ? Hollande  qui a si bien, pendant des années, géré   les tensions internes du parti socialiste, en est toujours imprégné.

 

Comment créer la zizanie nationale

 

Discorde  civile : le projet de « mariage »  homosexuel n’est pas seulement une  réforme relativement anodine du code civil ; c’est une révolution anthropologique,   une redéfinition  du rapport entre les sexes,  voire la négation des sexes, un bouleversement du mariage et même  l’antichambre de son abolition. Là où certains voient la marque de la modernité (bonne ou mauvaise, qu’importe, tout ce qui paraît  moderne est, selon cette philosophie,  normatif), d’autres ont le sentiment d’un basculement collectif vers  l’absurde.  

Cette revendication, tenue pour évidente par les uns, pour absurde par les autres, mine toutes les sociétés occidentales, au moins celles qui sont encore ouvertes au débat : en premier lieu les Etats-Unis,  en guerre civile depuis vingt ans à ce sujet (et sur  d ‘autres thèmes sociétaux comme l’avortement).

Le  conflit n’aurait pas un caractère si grave s’il ne  touchait à d’autres ressorts que la morale : les opposants ont le sentiment de défendre aussi la raison contre la déraison ; plus passionnel, encore : en défendant le mariage et  la famille, ils montrent leur attachement à un héritage identitaire et culturel  fondateur de l’Occident, contre le   monde   sans   repères et sans attaches qu’on leur propose.

En voulant à toute  force appliquer  son programme, Hollande a déclenché la guerre civile en France. Lui qui avait la mission, transcendant toutes les promesses, quelle qu’elles soient, de préserver d’abord  l’unité nationale, crée la zizanie nationale.

Effet d’autant plus accablant qu’il intervient dans une  France particulièrement résiliente à la crise économique.  Cette crise qui, en d’autres temps,  aurait déclenché de graves troubles sociaux, voit un pays uni pour entreprendre les efforts nécessaires en vue de la  surmonter (qu’il y arrive est un autre sujet), uni pour payer plus d’impôts (à l’’exception de Gérard Depardieu  et de quelques autres), uni pour réduire les dépenses  publiques, uni pour supporter la récession à laquelle conduit la politique de rigueur, chez  nous et en Europe.

Et voilà que, dans ce pays étonnement tranquille, le président a trouvé un moyen d’allumer un incendie. Dérivatif aux problèmes économiques, utilisé à dessein ?  Nous ne le croyons même pas si machiavélique.

 

Comment alimenter la  tension internationale

 

Parlons à présent de la  politique internationale.

Laissons de côté le cas du Mali où notre intervention était assurément légitime dans la mesure où il s’agissait non de lutter contre le terrorisme comme on le dit  (pourquoi cette justification idéologique inepte ?),  mais tout simplement  de défendre un pays ami agressé et  la sécurité d’une région où nous avons des intérêts moraux et matériels. Il reste significatif que ce soit Hollande, un socialiste qui prétendait en décembre « en finir avec la Françafrique » qui se lance en janvier dans  une guerre de ce genre. Ce n’est pas nouveau : le socialiste Guy Mollet avait envoyé le contingent en Algérie, Mitterrand multiplié les interventions  en Afrique ( beaucoup plus nombreuses sous sa présidence qu’au temps de De Gaulle) et participé à la première guerre du Golfe, Jospin envoyé des troupes en Afghanistan .  Il faut se méfier de soi-disant pacifistes !

Mais si la guerre au Mali est justifiable, qui comprendra qu’au moment où nous combattons les islamistes au Sahel,  nous voulions à tout prix les armer en Syrie ?

Ce pays   est plongé dans une guerre particulièrement meurtrière. On n’en voit pas l’issue ; le maintien du président Assad au pouvoir se traduirait sans doute  par de cruelles  représailles, mais la victoire des opposants, dont les plus actifs sont des islamistes  radicaux  menace directement  des minorités de  plusieurs millions de personnes. Si l’on veut rendre la paix  à ce pays qui souffre tant, la deuxième solution   offre moins de  garanties encore que la première.

François Hollande aurait plusieurs raisons de garder sur ce sujet une position modérée.

D’abord se démarquer de son prédécesseur qui, lui aussi, avait donné et donne encore  dans la surenchère  interventionniste.

Ensuite le respect d’objectivité qui interdit, dans une situation nécessairement complexe, de faire porter l’entière responsabilité des 60 000 victimes, comme l’a fait  récemment Fabius, au détriment de la plus élémentaire raison, au seul gouvernement en place. Qui dit guerre civile dit évidemment violence   et victimes des deux côtés.

Ensuite ne pas insulter l’avenir qui  pourrait voir le maintien du président Assad au pouvoir, pour peu que les Etats-Unis et la Russie s’entendent  sur les conditions. La France et le Royaume-Uni qui partage notre  jusqu’au-boutisme,  seraient alors ridicules.

Enfin ne  pas s’aliéner la Russie qui demeure un allié naturel de la France, comme avait fini par le comprendre le président Sarkozy pourtant si atlantiste. Au lieu de cela, Hollande a réussi à se mettre à dos  ce grand pays qui lui a fait  en échange le pied de nez d’accorder un  passeport à  Depardieu.

Il s’aliène aussi l’Algérie, soutien de la Syrie,  qui pourtant vient de nous apporter un appui précieux   dans la guerre du Mali.

Par une position modérée,  la France   aurait pu,  en gardant le contact avec toutes les parties,  se poser en   médiateur, comme c’est sa mission historique.

Au lieu de jouer ce rôle modéré, Hollande n’a cessé  depuis son arrivée au pouvoir, de jeter de l’huile sur le feu de ce pays qui est  déjà à lui seul  à une poudrière. Alors que les Etats-Unis s’éloignent  discrètement de  l’idée d’une aide militaire  directe  aux rebelles et se refusent à reconnaitre la coordination de Doha,   la France, elle,  fait de la surenchère, se préparant à  livrer des armes et reconnaissant ce contre-gouvernement fantoche.

Ce faisant, elle  porte  à l’incandescence  un des  conflits les plus dangereux de la planète,  susceptible même de conduire à   une guerre nucléaire, si les Occidentaux ne comprennent pas les avertissements   de la Russie et de la Chine.

On a rarement vu tant d’irresponsabilité à la tête de l’Etat.   

Mariage homosexuel, Syrie, dans les deux cas, Hollande qui devrait être un homme d’apaisement, joue les va-t’en guerre, faisant courir un risque considérable,  ici à l’unité nationale, là à la paix mondiale.

 

Les droits de l’homme dévoyés

 

Est-il nécessaire de relever  qu’une Caroline  Fourest, qui, d’un côté,  répand la fausse rumeur d’une guerre chimique en Syrie et, de l’autre,  recrute de malheureuses  femmes ukrainiennes pour perturber les  manifestions de défense  du mariage homme/femme, se pose en  barde  (bardesse ?) du nouveau quinquennat ?

Dans les deux cas,   une conception dévoyée et   aveugle des droits de l’homme répandue malheureusement dans l’ensemble de la presse et une grande partie du parti socialiste.

Dévoiement : comment mettre un signe d’égalité entre des situations   aussi  différentes qu’un couple composé d’un homme et d’une femme et   une paire du même sexe, par définition  stérile sauf artifice ?

Cécité ? Il existe, même en matière sociétale, des  drames  autrement plus sérieux  que ceux des  homosexuels prétendument en manque de mariage, par exemple celui de personnes âgées et seules.

Comment un pays ayant une expérience internationale aussi riche que la nôtre  pourrait-il déterminer ses choix diplomatiques  sur le seul critère des droits de  l’homme vus  à l’aune d’une propagande internationale simpliste ? Cette propagande  ignore les manquements autrement plus graves aux droits fondamentaux de l’  Arabie saoudite ou du Qatar et  est indifférente aux sort que le triomphe des  supposés droits de l’homme  et de leurs militants  barbus,  ferait courir aux minorités syriennes, pas seulement chrétiennes.  Qui ne voit que l’avènement de la  démocratie dans les pays musulmans conduit presque inévitablement à l’extension d’un   islamisme à mille lieues des idéaux  de 1789 que  nous prétendons  promouvoir ?  On le savait avant  les pseudo-printemps arabes.

Le plus triste  est que ce droit de l’hommisme sommaire, inspiré de préjugés partiaux et non    d’une solide connaissance des réalités ( préjugés  qui conduisent par exemple de manière absurde à tenir la Chine  pour plus  libérale que la Russie  !),   est tout ce qui reste de doctrine diplomatique au parti socialiste.

Autre trait commun de ces attitudes : le mépris de l’héritage  chrétien, propre à la gauche  française mais  aggravé dans la nouvelle gauche libérale-libertaire issue de la  déchristianisation. C’est évident s’agissant du mariage unisexe. Mais cela l’est aussi en matière de politique internationale : qui sait encore que la  légitimité historique de notre présence au Proche Orient s’enracine dans  l’engagement multiséculaire de la France à  y protéger  les minorités chrétiennes,  et même  toutes les minorités ?  Or l’aboutissement de notre politique  actuelle dans cette région, quoique menée au nom de grands sentiments,  est  leur élimination pure et simple.

La cause principale des guerres modernes,   ce n’est plus  le  nationalisme, c’est l’idéologie.  Pour comprendre à quel point l’idéologie peut être  quelque chose de pervers, il suffit de voir comment elle est  capable de transformer un homme aussi quelconque que François Hollande en fauteur de guerre  civile et internationale. En nous décrivant le bon professeur Verkhovensky, dont  les idées sont à l’origine des pires dérèglements terroristes des « possédés », Dostoïevski nous avait déjà donné un aperçu de ce   mystérieux  paradoxe.

Roland HUREAUX

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