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Roland HUREAUX

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 14:12

François Bayrou comptait sur  la grande réunion électorale qu’il a tenue à Toulouse le 10 mars pour lancer sa campagne, avec l’espoir de figurer au second tour de la présidentielle.

A-t-il réussi ? Il est  encore difficile de le dire.

A la Halle aux Grains,  2500 participants enthousiastes,  venus de tout le Midi. Un discours plein de tonus, déjà rodé car il ne diffère guère de celui de la veille sur France 2.  Très bon sur l’éducation nationale et la laïcité (avec une référence attendue à Henri IV),   sur la politique industrielle, la moralisation de la vie politique (même si personne ne croit qu’il suffira de rétablir  la proportionnelle et   de supprimer le cumul des mandats  pour l’opérer !).

 

Qui convaincre ?

  

Un premier motif de perplexité cependant: qui Bayrou veut-il convaincre,  et avec quels arguments ? A ce qu’il semble : les électeurs de droite avec des arguments de gauche et les électeurs  de gauche avec des arguments de droite !  

Du côté de la gauche, il oppose la rigueur gestionnaire et le réalisme de ses chiffres aux propos aventurés (mesuré dès  qu’il s’agit de critiquer Hollande, il ne dit pas démagogique) du candidat socialiste – les 60 000 postes d’enseignants, par exemple. Mais y aurait-il jamais eu une  gauche si la politique ne devait pas aussi faire  rêver  (et d’ailleurs Hollande le fait si peu !). 

Du côté de  la droite, il oppose sa  volonté de rassemblement  au propos agressifs et  clivants de Sarkozy. Mais est-ce en reprochant à ce dernier d’être à droite qu’il  lui enlèvera ses électeurs de droite ?

Il est beaucoup plus convaincant quand il lui reproche  de ne pas l’être, en tous les cas quand il dénonce les promesses non tenues et le  manque de crédibilité du président sortant. L’incompétence et la jactance.   C’est là ce qu’il devrait marteler. En prenant au sérieux  ce que dit Sarkozy  - surtout pour s’en indigner-,   ses adversaires  le crédibilisent : ce  fut la grande erreur de Ségolène Royal.

Cet angle d’attaque est d’autant plus important que le bloc que Bayrou doit entamer  n’est pas symétrique. C’est d’abord l’électorat UMP qui est sa cible ;   c’est de passer devant  Sarkozy et non  Hollande qu’il s’agit pour lui, d’autant que     le président sortant est   le plus vulnérable.

Dénoncer « la division et l’illusion »  est une  bonne formule. Mais   la posture  morale, budgétaire  ou  politique, dans une campagne déjà assez terne, ne suffit pas.  D’autant  qu’on  sait déjà  que  Bayrou est un honnête homme !  

 

Entre Peyrelevade et  Lassalle

 

Deuxième motif de perplexité : l’emprise technocratique sur le  candidat centriste.

Outre de venir, comme lui, des Pyrénées-Atlantiques,  Michel Camdessus et Jean Lassalle ont en commun de  soutenir  François  Bayrou.

Et en dehors de cela ?  A peu près rien. Et même,  ils  se situent, autant qu’on peut, aux antipodes de la société française.  Camdessus, tout    comme Peyrelevade,  experts ( ou du  moins réputés tels) de Bayrou, sont  des technocrates pétris de sérieux ,  uniquement soucieux  d’orthodoxie budgétaire, la même que le FMI , sous l’égide  du premier,  tenta d’imposer en son temps , pour son malheur,  à l’Argentine. Pour  ces gens- là,  déficit, dette, protectionnisme sont des gros mots.

Jean Lassalle est le député qui se signala en faisant une grève de la faim contre le déménagement d’une  usine  hors  de sa circonscription pyrénéenne. Agriculteur, profondément attaché à son terroir natal, il défend le monde rural menacé par le mondialisme  et par    les inventions technocratiques de ces dernières années, telles la fusion  des communes ou le retrait des services publics. A la différence des premiers, Lassalle, même s’il ne le dit pas trop, est,  comme l’immense majorité de ses électeurs,   discrètement eurocritique. Aux côtés de Lassalle, Philippe Folliot, député de la montagne tarnaise,    autre populiste rural  (ce qui pour nous n’a rien de péjoratif) : jeune député, dans  sa   première intervention à l’Assemblée nationale, il demanda  le rétablissement  du privilège  des bouilleurs de cru.

Un candidat aux appuis aussi contrastés dispose  de singuliers atouts à condition d’en faire la synthèse. Sarkozy, comme Hollande cherchent désespérément une vraie caution populaire.  Mais  tenir ensemble Peyrelevade  et Lassalle, est bien  difficile,  car c’est entre eux que se situe le vrai clivage de la société française.  Beaucoup plus qu’entre la droite et la gauche,  dont Bayrou se targue tant de dépasser l’opposition  et que, de fait, si peu sépare. Si cette campagne ennuie tellement les Français, c’est qu’ils l’ont compris.

 Mais la synthèse entre le pole technocratique et le pole populaire, pour le moment, on la cherche : l’influence prédominante, c’est   Peyrelevade   et Camdessus : la priorité à l’équilibre budgétaire  et au remboursement de la dette (avec au passage la promesse peu engageante  d’un alourdissement de la fiscalité), la sagesse gestionnaire de M. Prudhomme.  Il ne suffit pas de prononcer quelques phrases en gascon  pour faire droit  à la composante authentiquement populaire de son camp.  En rester là  serait, comme disait Vincent de Paul,   n’être  du peuple « qu’en peinture ». Le peuple,  que représentent Lassalle et Folliot,  mérite  bien  davantage.

On ne demandera certes pas à Bayrou de remettre en cause l’euro ou les abus  du système bancaire. Mais qu’attend-t-il pour bousculer tant de logiques réformatrices absurdes, qui depuis plus ou moins longtemps provoquent  l’exaspération des Français ;  politique agricole conduisant à la désertification,  réforme de l’Etat mal menée,  évaluation généralisée ( qui est en fait le mensonge généralisé, démotivant pour les fonctionnaires ! ), démantèlement  des  services publics, escalade normative folle,  fusions à tout va, y compris des communes , destruction des corps qui faisaient la force de l’Etat ( gendarmerie par exemple), déstabilisation systématique des repères de la société française.

Si Bayrou ne remet pas en cause  ces  logiques réformatrices  folles, il a peut-être ses raisons.  Leur exécuteur  le plus diligent en fut certes Nicolas Sarkozy, mais leur  origine  intellectuelle se trouve dans cette technocratie de  gauche supposée raisonnable à laquelle, vieille chanson centriste, il fait des appels du pied :     Rocard, Delors ou leurs disciples.     

Or, disons-le,  quoi qu’on en pense quai de Bercy ou rue de la Loi, sur  la plupart des  sujets que nous venons d’évoquer, c’est le peuple qui a raison et la technocratie qui a tort. Le peuple de France, le vrai,  attend qu’on le lui dise.

Trouver l’étincelle est pour François Bayrou  une nécessité, c’est même un devoir vis-à-vis  des  millions de Français qui ne veulent ni de  Sarkozy, ni de Hollande. 

Roland HUREAUX *

 

 

  * Auteur de La grande démolition  La France cassée par les réformes – Buchet-Chastel – janvier 2012

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Published by Roland HUREAUX
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