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Roland HUREAUX

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 20:29

Article publié dans Atantico le 3 novmbre 2012

 

A moins de deux semaines de l’élection du nouveau président de l’UMP, où en est-on ?

La réserve des militants et de beaucoup de caciques du parti  en dit long sur l’incertitude du résultat. Incertitude d’autant plus étonnante que, au mois de juin, Fillon était donné largement gagnant. On peut penser que l’écart s’est, entre temps, resserré.

L’opinion est relativement indifférente à cette joute. De fait,  les deux candidats sont trop compromis avec le quinquennat de Sarkozy, l’un comme premier ministre, l’autre comme chef de la majorité,  pour susciter l’enthousiasme. Si leur  mot d’ordre commun est de ne pas critiquer le président sortant, l’opinion, elle,  ne s’en prive pas, à commencer ceux qui ne lui pardonnent pas d’avoir, par la  médiocrité de sa gestion, ramené les socialistes au pouvoir.

L’opinion croit aussi que les deux candidats sont équivalents. C’est loin d’être le cas,   tant sur le plan de leur assise sociale, que sur le plan idéologique.

Même s’il est devenu député du 7e arrondissement de Paris, François Fillon, par toute sa personne, représente assez bien cette bonne vieille bourgeoisie  de province qui,  depuis des lustres, constitue l’assise  de la droite française.

Quoiqu’  il soit le seul  énarque, Jean-François Copé se dit, lui,  le candidat de la base militante, une base qui est loin d’être en majorité bourgeoise. Il est un efficace maire de banlieue.  Mais en même temps, par ses réseaux, notamment  le cabinet Gide,  Loyrette et Nouel qui l’emploie, il est sans doute le plus directement  lié aux milieux d’  affaires.   

Sur le plan idéologique, la situation est  analogue : François Fillon, quoique avec discrétion, est catholique et gaulliste. Le catholicisme, socle historique de la droite française, le gaullisme, socle originel de l’UMP.  Gaulliste, comment ne le serait–il pas ayant fait ses classes auprès de Joël Le Theule et Philippe Séguin ( ce qui l’amena à voter non au traité de Maastricht) ? Catholique, comment ne l’aurait-il pas été,  ayant eu si  longtemps l’abbaye de Solesmes dans sa circonscription ?

Sa vie rangée contraste avec les frasques que l’on prête à son rival.

Jean-François Copé ne s’est jamais vanté d’être gaulliste ou catholique. Il s’affiche comme le champion d’une  « droite décomplexée »  (même si,  pas plus que son rival, il n’envisage de traiter avec le Front national), une droite  à la fois sécuritaire et libérale. Son discours apparemment  musclé  parle davantage   à la base de l’UMP, comme avait parlé   celui de Chirac et de Sarkozy. Mieux   que son rival ,  il a compris que, compte tenu de la sociologie des militants, le pouvoir à l’UMP se prenait à droite.    Pour faire bouger les lignes, il a eu recours  à  quelques provocations : la dénonciation du « racisme anti-français », l’appel à manifester. Vieilles ficelles toujours efficaces. Son meilleur allié : l’indignation immédiate de la presse de gauche qui, croyant ainsi l’affaiblir, le  légitime : aux yeux de la majorité des militants, il passe aujourd’hui  pour plus  musclé, comme Sarkozy était passé pour musclé en promettant de nettoyer les banlieues au « karcher ».  C’est le côté « droite populaire » de Copé  qui  n’a cependant pas convaincu tous les élus de ce bord, comme Eric Ciotti directeur de campagne de  Fillon ou Jacques Myard, récemment rallié à son concurrent.

Il est vrai que Copé  n’attaque pas les positions de Fillon seulement  sur sa droite mais aussi sur sa gauche : il est aussi  le candidat des grands notables centristes, tels Raffarin ou Gaudin, sûrs que c’est lui qui, sans avoir besoin  de le crier sur les toits,  offre les meilleures garanties d’alignement  européen et atlantiste

Là où Fillon est le candidat de la droite classique,  de bon ton, ayant des valeurs, certes un peu timide  (ses adversaires disent molle !)  mais sincère, Copé incarne la droite « moderne » qui, ainsi qu’ont  si bien su le faire Chirac et Sarkozy,  ayant  la charge de faire accepter à la base par une communication droitière (que les mauvaises langues appelleront démagogique !),    l’alignement  de la France sur les grands systèmes internationaux.

Est-ce pour cette raison que Copé qui au départ n’avait à opposer à l’équipe   Filon que  les époux  Balkany, Rachida Dati et Nadine Morano a peu à peu bénéficié du  soutien de fait de presque toute l’  équipe  Sarkozy ?

C’est dire en tous cas que la compétition est loin d’opposer, comme on le dit trop facilement,  la droite et la gauche du parti  ce serait plutôt le centre conte la coalition des  ailes.

Dans cette configuration, ce qu’avait à faire Fillon était  de consolider sa base au centre du mouvement, de parler très fort de rassemblement et de ne s’aliéner aucun de ses soutiens naturels.

Qu’il soit catholique et gaulliste, en fait personne ne le sait hors de quelques initiés. Mais il a néanmoins craint que ça se sache trop   jusqu’à s’aliéner les soutiens  que ces affinités  auraient dû lui assurer. Henri Guaino, vrai gaulliste même s’il a dû avaler bien des couleuvres au cabinet de Sarkozy, issu comme Fillon de l’entourage de Philippe Séguin,  aurait aimé entrer dans son équipe : rejeté, il en est venu,  sans enthousiasme, à soutenir Copé.

Christine Boutin pèse peu, dira-t-on, mais elle est une figure emblématique,  un « marqueur » comme disent les publicitaires : dans beaucoup de nos provinces,  ce sont encore  les mêmes visages que l’on rencontre à la messe du dimanche et aux réunions de l’UMP: elle aussi, qui avait vocation à soutenir Fillon,   soutient Copé.

Malgré sa prudence, Fillon n’a pu s’empêcher de laisser voir sa différence gaulliste en politique étrangère.

Irrité des repentances à réplétion de Hollande, ce qu’il appelle la « culpabilité permanente »,  il  s’est attiré les foudres d’Arno Klarsfeld.

Dans un article du Figaro du 12 août intitulé « Un peu de courage, Monsieur le président ! », Fillon  préconise  la reprise du dialogue avec la Russie,   mais c’est dit tellement entre les lignes que des pro-russes ont compris le contraire ! C’est pourtant là    la seule dissonance que l’on ait entendu depuis longtemps  avec le discours atlantiste unanimiste pro-américain  Sarkozy–Hollande-Copé. Les vigies transatlantiques qui veulent domestiquer la politique française  - ou l’ont déjà fait -  ont,  elles,  sûrement compris.

Sûres de leur victoire, les équipes Fillon ont surtout eu le souci de se partager les places, craignant que tout nouveau venu  les oblige à se serrer.  Buisson fait la stratégie de Copé, qui fait celle de Fillon ?

Hors de l’UMP, Fillon a bien peu de relais. Borloo semble plus  proche de Copé.  Le Parti socialiste et le Front national, pour des raisons qui restent à éclaircir,  font presque ouvertement campagne pour  Copé.  

On le voit, les deux candidats sont loin d’être, contrairement à ce que croit le grand public,  « bonnet blanc et blanc bonnet ». Fort au départ de sa position centrale, Fillon l’a vue s’effriter et  sur sa droite et sur sa gauche. Jusqu’où ?  

Ce qui ne fait pas de doute est que l’ emportera celui qui l’aura voulu  le plus.

 

 

 

    

 

 

 

 

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