Partager l'article ! ETRANGE CAMPAGNE PRESIDENTIELLE !: Article paru dans Marianne2 Dans le passé, la situation à cent jours des élections présiden ...
Article paru dans Marianne2
Dans le passé, la situation à cent jours des élections présidentielles a rarement été aussi
insaisissable.
Le rejet du président sortant, total chez les 50 % de Français qui se reconnaissent dans la gauche (et dont certains avaient été séduits en 2007) et au moins autant plus dans une frange (environ 10 %) se reconnaissant dans la droite, rend sa réélection improbable. Dans les sondages, la stabilité du curseur autour de 60%-40% au second tour, à son détriment, peut lui faire craindre un échec cinglant. Plus que de la droite qui, sur la plupart des sujets, n’a pas reculé, c’est sa personnalité qui est en cause.
Même si Marine Le Pen peut être présente au second tour, elle n’a aucune chance de le gagner.
Restent vainqueurs possibles Hollande et peut-être Bayrou, Bayrou étant, à cette heure, le seul à pouvoir combler une partie du vide qui serait creusé par un effondrement ou un retrait de Sarkozy et qui pourrait battre Hollande.
Le premier paradoxe de cette situation est que les programmes de ces deux favoris sont à peu près les mêmes : Hollande est assez libéral pour ne pas effrayer sérieusement les grands intérêts ; Bayrou, pourtant dernier avatar de la démocratie chrétienne, a tellement transigé avec l’esprit du temps, par exemple en promouvant le mariage homosexuel, qu’il est devenu, sur le terrain sociétal, très proche des socialistes.
Le deuxième paradoxe est que tant la personnalité que les programmes de ces deux hommes se situent on ne peut plus aux antipodes de ce qu’attendent aujourd’hui des Français. Il n’ est pas trop aventuré de penser que, par-delà sa manière tapageuse et brouillonne de gouverner, une grande partie du discrédit de Sarkozy résulte de la récession économique, de la stagnation du pouvoir d’achat, de la désindustrialisation qui ont marqué son quinquennat. La crise mondiale n’explique pas tout. La situation actuelle de la France est l’effet de la combinaison de la contrainte de l’euro et du poids d’un Etat bureaucratique et social que, malgré ses rodomontades, l’ancien président n’a pas réussi à réduire et que le peuple rejette autant que ses élites.
Sur aucun de ces sujets, Bayrou et Hollande, tous deux désespérément conformistes et prisonniers de la pensée unique, n’apportent la moindre réponse. La doctrine européenne est congénitale au centrisme dont se réclame Bayrou, elle l’est presque autant à Hollande, disciple de Jacques Delors. Tous les deux, pour sauver l’euro, ne laissent envisager que l’amère perspective d’un alourdissement de la pression fiscale, que la plupart des Français (pas seulement les riches !) trouvent déjà accablante. Aucun n’envisage ce que pourrait être une France d’après l’euro, une perspective qu’il est de plus en plus nécessaire d’envisager; aucun n’a une vision quelconque en matière de politique étrangère.
Tel et le mystère de l’alternance politique : on n’hésite pas à dire que Bayrou et Hollande ne feraient, sur à peu près tous les sujets de fond (euro, fiscalité, délocalisations) qui ont rendu Sarkozy impopulaire, qu’aller dans le même sens. Avec un peu plus de tenue, certes et même un ancrage rural qui a toujours manqué au maire de Neuilly. Mais à quoi sert cet ancrage si , quant à leurs idées, les intéressés sont plus près, plus près du Siècle ou de la Trilatérale que de la France profonde ?
Le troisième paradoxe est que ceux qui devraient être les héros de l’heure sont fatigués : tous ceux qui avaient à peu près prévu ce qui est en train de se passer, en dehors du Front national, sont aujourd’hui marginalisés : Chevènement, Villiers, Boutin. Plus flou dans ses aspirations, Villepin est aussi au bout du rouleau. Dupont-Aignan ne décolle pas. Comme les officiers de Dino Buzzati dans Le désert des Tartares, ils sont réformés au moment où la guerre qu’ils ont passé leur vie à préparer, va éclater. Mélenchon, dont les perspectives sont meilleures, est trop contradictoire pour qu’on le situe dans cette mouvance.
De ces paradoxes, on ne tirera aucun pronostic. Aujourd’hui, l’élection de Hollande serait presque assurée. Mais de lourdes incertitudes pèsent sur le scrutin. D’abord la crise économique peut s’aggraver et provoquer la rupture de l’euro : des chiffres accablants vont sortir mi-février, la Grèce a de lourdes échéances en mars. La rupture de l’euro serait un tremblement de terre de première magnitude. Presque autant que des événements militaires que certains annoncent au Proche-Orient. Il faut envisager que Sarkozy, à la vue de sondages ne lui laissant guère d’espoir, se retire : une grande turbulence apparaîtra alors du côté droit dont on ne sait ce qui en sortirait. Marine Le Pen n’est pas sûre de pouvoir récolter les 500 signatures nécessaires à sa candidature, moins à cause des pressions de l’UMP que de la prudence des maires plus que jamais soucieux de rester politiquement corrects. Ce qui serait une grave anomalie démocratique pourrait aussi avoir des effets imprévisibles.
Roland HUREAUX