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Roland HUREAUX

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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 22:03

Article paru dans Marianne2


Dans le passé, la situation à cent jours des élections présidentielles a rarement été aussi  insaisissable.

Le rejet du président sortant, total chez les 50 % de Français qui se reconnaissent  dans la gauche (et dont certains avaient été séduits  en 2007) et  au moins autant plus dans une frange  (environ 10 %)   se reconnaissant dans la  droite,   rend sa réélection improbable. Dans les sondages, la stabilité du curseur  autour de  60%-40% au second tour,  à son détriment,  peut lui faire craindre un échec cinglant. Plus que de la droite qui, sur la plupart des  sujets, n’a pas reculé, c’est sa personnalité qui est en cause.

Même si Marine Le Pen peut être présente au second tour, elle n’a aucune chance de le gagner.

Restent vainqueurs possibles Hollande et peut-être Bayrou,  Bayrou étant, à cette heure, le seul à pouvoir combler une partie du  vide qui serait creusé par un effondrement ou  un retrait de Sarkozy et  qui  pourrait battre Hollande.

Le premier paradoxe de cette situation  est   que   les programmes  de ces deux favoris sont à peu près les mêmes : Hollande est assez libéral pour ne pas effrayer sérieusement les grands intérêts ; Bayrou, pourtant dernier avatar de la démocratie chrétienne, a  tellement transigé avec l’esprit du temps, par exemple en promouvant le  mariage homosexuel, qu’il est devenu,  sur le terrain sociétal,  très proche des socialistes.

Le deuxième paradoxe est que tant la personnalité que les programmes de ces deux hommes se situent on ne peut plus aux antipodes de ce  qu’attendent aujourd’hui des Français. Il  n’  est pas trop aventuré de penser que,  par-delà sa manière tapageuse  et brouillonne de gouverner, une grande partie du discrédit de Sarkozy résulte  de la récession économique, de la stagnation du pouvoir d’achat, de la désindustrialisation qui ont marqué son quinquennat. La crise mondiale n’explique pas tout. La situation actuelle de la France est l’effet de la combinaison de  la contrainte de l’euro   et du poids d’un Etat bureaucratique et social que, malgré ses rodomontades,  l’ancien président n’a  pas  réussi à réduire  et que le peuple rejette autant que ses élites.  

Sur aucun de ces sujets, Bayrou et Hollande, tous deux désespérément conformistes et prisonniers de la pensée unique, n’apportent la moindre réponse.     La doctrine européenne est congénitale au  centrisme dont se réclame Bayrou, elle l’est presque autant à Hollande,   disciple de Jacques Delors. Tous les deux, pour sauver l’euro,  ne laissent envisager que l’amère perspective d’un  alourdissement  de la pression fiscale,  que la plupart des  Français  (pas seulement les riches !) trouvent déjà  accablante. Aucun n’envisage ce que pourrait être une  France d’après l’euro, une perspective qu’il est de plus en plus nécessaire d’envisager; aucun n’a une vision quelconque  en matière de politique étrangère. 

Tel et le mystère de l’alternance politique : on n’hésite  pas à dire que Bayrou et Hollande  ne feraient, sur à peu près tous   les sujets  de fond (euro, fiscalité, délocalisations) qui ont rendu Sarkozy impopulaire, qu’aller dans le même sens. Avec un peu plus de tenue, certes et même un ancrage  rural  qui a toujours manqué au maire de Neuilly. Mais à quoi sert cet ancrage si , quant à leurs idées, les intéressés sont plus près, plus près du Siècle ou de la Trilatérale que de la France profonde ?  

Le troisième paradoxe est que ceux qui devraient être les héros de l’heure  sont fatigués : tous ceux qui  avaient à  peu près prévu ce qui est en train de se passer,  en dehors du Front national, sont aujourd’hui marginalisés : Chevènement, Villiers, Boutin. Plus flou dans ses aspirations, Villepin est aussi au bout du rouleau. Dupont-Aignan  ne décolle pas.  Comme les officiers  de Dino Buzzati dans Le désert des Tartares, ils sont réformés au moment où la guerre  qu’ils  ont passé leur vie à préparer,  va éclater. Mélenchon, dont les perspectives sont meilleures, est trop contradictoire  pour qu’on le situe dans cette mouvance.

De ces paradoxes, on ne tirera aucun pronostic. Aujourd’hui, l’élection de Hollande serait  presque assurée. Mais de lourdes    incertitudes pèsent sur le scrutin. D’abord la crise économique  peut s’aggraver et provoquer  la rupture de l’euro : des chiffres accablants vont sortir mi-février, la Grèce a de lourdes échéances en mars. La rupture de l’euro serait un tremblement de terre de première magnitude. Presque autant que des événements militaires que certains annoncent au Proche-Orient.  Il  faut envisager que  Sarkozy, à la vue de sondages ne lui laissant guère d’espoir, se retire :   une grande turbulence apparaîtra  alors  du côté droit  dont on ne sait  ce qui en sortirait.  Marine Le Pen n’est pas sûre de pouvoir récolter les 500 signatures nécessaires à sa candidature, moins à cause des pressions  de l’UMP que de la prudence des maires plus que jamais soucieux de rester  politiquement corrects. Ce qui serait une grave anomalie démocratique pourrait aussi avoir des effets imprévisibles.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

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JEAN DU TERROIR 07/02/2012 12:00


Paradoxalement, Bayrou a depuis longtemps levé quelques lièvres nécessaires comme la dégradation des finances publiques ou la nécessité du "made in France", deux questions liées entre elles et
liées à la question de l'Union européenne.


Le problème est qu'il croit excessivement en la capacité de l'Union européenne à éviter l'accélération des problèmes alors qu'elle ne fait précisément que les accélérer.


Mais, peu différent en ce point des deux autres, il présente au moins l'avantage d'être plus crédible que Hollande sur le plan budgétaire tout en étant probablement moins impopulaire que Sarkozy.


Au deuxième tour peut-être...face à la gauche en tout cas!

Roland HUREAUX 30/09/2012 22:28



Je vous renvoie à un article de mon blog qui s'appelle "Le suicide du centre".


RH