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Roland HUREAUX

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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:46

 

Publié dans Atlantico

 

 

 

1) Manuel Valls a donné un discours devant 4000 maires réunis au sein de l'AMF, et François Hollande a d'ores et déjà annoncé vouloir appuyer la démocratie participative locale, une mesure a priori populaire. L'élu local reste, de loin, celui qui a la meilleure estime des citoyens et qui fait office de rempart face à certaines dérives ou à un éloignement excessif des processus de décision. Pourquoi la commune réussit-elle là où les autres ont échoué ?  

 

Il faut se méfier des idées reçues. Le maire :  seul élu ayant une bonne cote, dit-on - et disent les sondages. Oui, mais dans sa ville ou son village, on n'en dit généralement pas du bien tous les jours. Qu'il soit bon ou mauvais, cependant, le fait qu'on le voie crée un attachement affectif. Des gens de Villeneuve-sur-Lot m'ont dit que si Jérôme Cahuzac s'était représenté aux municipales, il serait repassé. Dans son domaine propre , qui lui laisse une vraie marge de manoeuvre, le maire  peut , plus que d'autres, faire prévaloir le bon sens. Je ne vois pas en revanche comment il peut protéger ses concitoyens de la folie bureaucratique qui règne à d'autres niveaux et devant laquelle il se trouve , comme nous tous,  impuissant, voire désemparé.

Je pense aussi qu'il ne faut pas idéaliser le maire. Un peu partout se sont mises en place des bureaucraties municipales. Certains maires médiocres ou peu inspirés sont à leur botte ou à celle de tous les consultants spécialisés qui prolifèrent aujourd'hui autour du pouvoir municipal . La différence du maire avec les autres élus, c'est qu'il peut se faire prendre à partie pour telle ou telle décision, au bistrot ou  dans la rue.   Les moins bons réagissent en technocrates :  " voyez mes services , ou " c'est comme cela, je n'y peux rien".  Certains essayent d'aller au-delà mais le citoyen est quand-même content d'avoir pu parler à quelqu'un.

 

 

 

 

 

 

2) Pourquoi les autres députés "locaux" (comme les conseillers généraux, ou même les députés qui bien que n'étant pas élus locaux sont souvent abusivement considérés comme tels) n'ont-ils plus les moyens de jouer le rôle de contre-pouvoir ? 

 

Je ne crois pas que ceux dont vous parlez aient jamais été des contre-pouvoirs. Mais il est vrai que les logiques technocratiques sont de plus en plus strictes et de plus en plus contraignantes, en matière d'urbanisme par exemple. Pour ce qui est des élus nationaux, les contraintes européennes et la prolifération des autorités indépendantes ( CSA, CRE pour l'énergie, ART pour les communications, Comités d'éthique etc.) auxquels ils ont abandonné leurs pouvoirs, leur lient de plus en plus les mains.

 

3) Médias, syndicats, corps intermédiaires, organes de contrôle, les sondages indiquent tous qu'ils subissent un niveau de défiance élevé. Quels sont aujourd'hui les contre-pouvoirs qui faillissent à leurs missions ? (détailler ici pour les médias, les syndicats, la cour des comptes, l'opposition, etc...)

 

A peu près tous les pouvoirs et contre-pouvoirs sont disqualifiés, en particulier la justice ( le 3e pouvoir ! ) et la presse ( le 4e). La Cour des comptes n'a pas mauvaise réputation mais elle a la partie facile , n'ayant qu'à critiquer ,  et elle  a le sens de la communication. Pour la connaître de près, je pense qu'elle pourrait cependant faire mieux.

Le fond du problème  est double :

- la perte d'indépendance de nos décideurs au bénéfice l'instances internationales, pas seulement européennes : à quoi sert un député que l'on a élu pour commander et qui ne fait qu'obéir  ?

- l'imprégnation générale par des idéologies, non pas globales, mais sectorielles , comme à l'éducation nationale, si puissantes que personne n'ose s'y opposer et qui s'imposent d'un bout à l'autre de la chaîne de commandement si j'ose dire, presse incluse.

Ceux qui gouvernent la cité doivent être libres pour pouvoir servir les intérêts des citoyens. S'ils ne le sont pas, les gens le sentent et les méprisent.

  

4) Dans quelle mesure la "consanguinité" de ces élites et par conséquence son manque de prise avec le réel participe-t-elle de ce phénomène ?

 

Très peu. Depuis les origines de l'histoire, les élites ont été consanguines comme vous dites, ce qui ne les empêchait pas d'avoir du bon sens et du courage. Si vous voulez dire qu'en allant  chercher  des homi novi comme on disait à Rome, des chefs  d'entreprise par exemple, ça sera mieux, vous vous trompez. Ces nouveaux venus sont souvent plus technocrates que les technocrates! Il y a cependant une part de vrai dans ce que vous dites : dans les cercles parisiens dirigeants où se retrouvent des politiques, des hauts-fonctionnaires, mais aussi de grands journalistes, règnent des préjugés très enracinés et faux qu'il est très difficile de changer. Par exemple que les petites communes étaient source de gaspillage et d'inefficacité ou que les länder allemands sont, eux,  source d'efficacité. Ces préjugés sont à l'origine de réformes désastreuses . C'est l'orgueil et la suffisance de ces gens, leur esprit panurgique  aussi,  qui les rend inaccessibles  à des arguments allant en sens inverse.

 

5) Quelles en sont les autres raisons ? 

 

Peut-être le recul d'un héritage culturel, issu aussi bien du christianisme que des Lumières,  qui valorisait l'esprit de résistance, fut-ce sur des posions isolées. Faute de cela, prévalent le conformisme, l'acceptation, la résignation, le manque de courage : tout le monde voit  que le roi est nu mais personne n'ose le dire ! Et dans le même ordre d'idées, il y a la corruption.

 

6) Les communes aussi subissent des travers que l'on peut reprocher aux autres : lutte de pouvoir, potabilisation des élus... Ils ne sont à l'abri ni des affaires judiciaires, ni de la volatilité des électorats. Quelles réponses les maires apportent-ils à ces obstacles pour garder une cote de popularité élevée ? 

 

Nous l'avons évoqué : la proximité qui ne fait pas toujours prendre de meilleures décisions mais qui permet le contact, si j'ose dire charnel.

 

7) Quel est concrètement le pouvoir qu'a un maire aujourd'hui pour changer les choses dans sa commune, à l'époque du regroupement croissant en agglomérations ? 

 

Le maire d'une ville moyenne est en général le président d'une communauté d'agglomération et à ce titre ces deux pouvoirs se conjuguent. En matière d'urbanisme ils sont très grands, à condition qu'il ne se laisse pas enfermer dans les vues des technocrates ou des bureaux d'études.

Les maires des petites communes ont, eux , perdu beaucoup de pouvoirs et je le déplore, d'autant que les structures intercommunales fonctionnent  presque toujours à l'unanimité et donc de manière  peu démocratique.

 

8) François Baroin est devenu le président de l'Association des maires de France. Dans quelle mesure cela pourrait lui être bénéfique d'un point de vue stratégique ? En quoi cela peut-il impacter ses positionnements nationaux (et notamment son soutien à Nicolas Sarkozy) ?

 

Comme président de l'AMF , il sera tenu à une certaine réserve. Aura-t-il plus de poids s'il soutient quelqu'un ? Peut-être mais plus par son prestige que par son influence directe.

 

 

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Published by Roland HUREAUX
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