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Roland HUREAUX

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 22:00

1 Au sujet de La grande démolition  -  La France cassée par les réformes ( essi de Roland HUREAUX paru en janvier 2012 chez Buchet-Chastel)

 

1) Vous fustigez des décennies de réformes : en quoi toutes ces réformes ont-elles été nuisibles ?

 

Toutes, non,  mais la plupart. Echappent  par exemple à ce jugement négatif   les réformes des retraites qui, bien que très imparfaites, ont été utiles, précisément parce qu’elles répondaient à une urgence financière et non à un parti pris idéologique.

La plupart des autres réformes sont dictées par des a priori idéologiques, de gauche ou de droite,   ou plus simplement par une analyse schématique, simpliste des problèmes. Ainsi les réformes successives de l’éducation nationale   reposent depuis cinquante ans sur le faux adage : si nous traitons de manière uniforme les enfants, ils seront plus égaux, ce qui est absurde ; dans la pratique, c’est le contraire qui se passe. La réforme de l’Etat : il faut gérer l’Etat comme une entreprise, en multipliant   les indicateurs  chiffrés d’activité et les  incitations financières, et en abolissant les corporatismes (alors que l’esprit de corps est un stimulant dont on n’a jamais vraiment prouvé la nocivité et qui ne coûte rien). L’administration territoriale :  il y a 36 000 communes, c’est trop , il faut en réduire le nombre : trop, pourquoi ? Qu’inconvénient réel y a-t- il ? En fait il n’en a pas et ce sont les dispositifs que l’on a inventés pour tenter  cette réduction qui ont  terriblement compliqué les choses. .

La mécanique en cours  est d’autant plus perverse que le malaise qui s’exprime ans tel ou tel secteur,  et qui est souvent réel,  résulte en fait, non point de l’évolution endogène des choses,  mais des réformes faites dans ces domaine depuis 20, 30, 40 ans. Ces réformes s’inspirent des mêmes partis pris idéologiques, quelle que soit la majorité au pouvoir parce qu’elles expriment la culture  de l’administration en charge ( je n’ose pas dire compétente !). Ces cultures sont très difficiles à changer. Si un   ministre peu inspiré demande,  comme cela arrive généralement, à ces   administrations des idées de réforme,  elles proposent d’aller un peu plus loin dans la voie fatale quelles ont toujours suivie

Une réforme idéologique est toujours nuisible : même s’il y a un vrai problème, elle ne le traite pas et quand il n’y en a pas, elle en crée.  Ce processus a été particulièrement net au temps de la présidence Sarkozy qui voulait à tout prix tout chambouler pour  montrer qu’elle « modernisait » la France,  et dont le personnel politique était , il faut bien le dire, particulièrement incompétent.  C’est cela et rien d’autre qui lui a coûté sa réélection.

 

 

    2) Votre livre porte un jugement pessimiste sur la situation actuelle : n'y a-t-il donc rien à faire pour la redresser et renouer les liens de la confiance entre le peuple et les élites ?

 

Il y a sûrement beaucoup de choses à faire. Mais cela exige une classe politique de qualité, qui pense par elle-même et non point en suivant les modes , le prêt à penser ou qui marque du courage face aux idéologies ambiantes , généralement dominantes dans les médias, généraux ou spécialisés : par exemple ceux qui dans l’enseignement  primaire voudraient revenir à la pédagogie traditionnelle, type méthode Boscher,  se heurtent au tir de barrage non seulement de l’administration, des syndicats ( je ne dis pas du corps enseignant en général qui est souvent d’accord,  mais n’ose pas le dire) et des journalistes spécialisés.

Ceci dit, je reste pessimiste parce que ce qui est une des causes majeures du malaise que vous signalez, le caractère pervers du processus réformateur, pervers parce que idéologique, n’a jamais été remis en cause par aucun candidat dans la campagne présidentielle. Rien n’empêche dès lors ce processus de se poursuivre, voire de s’aggraver – à moins que mon livre ne soit lu attentivement par  les nouveaux ministres  et qu’ils en tirent les leçons !

Mais pour qu’une politique se dégage de l’idéologie, c’est très difficile : quand l’Esprit Saint ne souffle plus, comme je le suggère ans la dernière ligne, c’est l’idéologie qui prend la place, même chez les plus intelligents. Jupiter, dit-on, rendait fous ceux qu’il voulait punir. L’idéologie est une forme de folie collective.

 

 

3) Quelle part à l'actuelle construction européenne dans nos difficultés et que préconisez-vous concrètement dans ce domaine ?

 

La construction européenne, telle qu’elle est menée depuis quelques décennies,  est un cas particulièrement exemplaire de la contamination de l’action politique par le virus idéologique. Prenez l’exemple de la monnaie unique : d’une certaine manière, on y retrouve le même schéma simpliste que dans le collège unique : donnons la même monnaie  à tous les pays d’Europe et ils convergeront peu à peu. Comme cette approche est archisimplite, c’est le contraire qui se passe : de même que le collège unique accroit l’inégalité entre les enfants, la monnaie unique entraine une divergence croissante des économies de la zone euro.

Mais l'idéologie agit comme les résonances sur les cordes d’un piano.   Même si nous n’avons plus d’idéologie unifiée, totalitaire, comme l’était autrefois le marxisme-léninisme, nous avons des idéologies  sectorielles qui ont tendance à se répondre  les unes  aux autres. Curieusement Bruxelles, qui est le haut-lieu d’une entreprise idéologique  de première grandeur: abolir les différences entre les nations d’Europe,  attire les idéologues de tout poil : écologistes intégristes, ultra-libéraux, ultra-féministes ,  mouvements homosexuels. De manière très logique, l’idéologie européenne, qui au départ avait eu les faveurs de certains catholiques, vire à la négation la plus radicale des racines chrétiennes de l’Europe  et de la morale naturelle. C’est le sort de toutes les idéologies : elles sont , comme dit, Rémi Brague, des gnoses « marcioniennes » ; les idéologues pensent que leur idée simple est si géniale que le passé ne saurait plus être une référence, puisque les hommes n’y avaient pas pensé avant eux, et que l’histoire, avec eux, recommence à zéro.

Je pourrais proposer beaucoup de choses en matière européenne : le contraire de l’idéologie, c’est le pragmatisme : il y a place pour toutes sortes de coopérations pragmatiques en Europe, par exemple celle qui se pratique en matière d’espace ou d’aéronautique. Mais la force de l’idéologie est si grande que cela ne sert à rien : les idéologues quand ils sont au pouvoir, le pouvoir médiatique n’étant pas le moindre, n’écoutent pas les gens raisonnables. Ils sont enfermés dans leur système, leur bulle. Jusqu’à la catastrophe. L’éclatement de l’euro est aujourd’hui imminent. Il provoquera un traumatisme considérable  mais  aussi, il faut l’espérer, une prise de conscience salutaire.

 

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Published by Roland HUREAUX
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