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Roland HUREAUX

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 21:10

 

Si l'on examine les motifs du contentieux entre l'Union européenne et la Russie  au sujet de l'Ukraine, on voit que sur la plupart des  points  la position de l'Union est en contradiction avec les principes  qu'elle promeut ailleurs.

            C'est à l'évidence  le cas du soutien à la révolution dite de la place Maidan qui a renversé le 22 février dernier le président Viktor Ianoukovitch et permis l'élection le 25 mai ( avec  60 % d'abstentions) de  son successeur Petro Porochenko. Le renversement par la rue  d'un président légitimement élu comme Ianoukovitch, pour impopulaire qu'il ait été , est totalement contraire aux valeurs que l'Union européenne prétend défendre. Que dirait-on à Bruxelles si le président Hollande, très impopulaire aussi, comme on sait,  devait se retirer  de la même manière ? Ajoutons que le mouvement de Maidan a une composante néo-nazie qui n'est pas précisément sympathique. D'aucuns invoquent la corruption de Ianoukovitch, mais les gouvernements pro-occidentaux qui avaient suivi  les  révolutions "oranges" de 2004, en Georgie comme en Ukraine, l'étaient-ils moins  ?

            Le respect des minorités linguistiques est inscrit dans différents documents publics de  l'Union européenne, notamment  la Charte des langues régionales . Quand le Parlement ukrainien retire  tout statut officiel à la langue russe en Ukraine, au bénéfice de l'ukrainien qui en est très proche mais qui demeure une autre langue, et cela alors même que le russe est  parlé par presque toute la population et qu'il est la langue unique du tiers oriental du pays, comment ne pas y voir une provocation ? Mais elle ne gêne nullement l'Union européenne  dès lors que la victime est la minorité russophone de l'Ukraine.

            Le fédéralisme et la décentralisation sont au cœur de la doctrine européenne, non seulement quand il s'agit d'elle-même, mais aussi au sein des Etats membres, sur le modèle allemand, dit-on.  Le  Comité des régions  d'Europe a un statut officiel depuis le traité de Maastricht (1992). Le projet français de "grandes régions", susceptibles de recevoir le maximum des attributions de l'Etat central est issu, en partie, des courants de pensée dominants à Bruxelles. Les bons  élève de l'Europe , comme  l'Espagne, ont poussé à fond la logique de la décentralisation. Rien ne laisse supposer à ce jour, que la Russie veuille annexer l'Ukraine. Aussi un  grand pas en avant serait-il  fait dans la solution du conflit, si Kiev acceptait un statut fédéral pour ses provinces russophones, y laissant au russe le statut de  langue officielle. Bien que   cette revendication aille  pleinement dans le sens des idées de l'Union européenne, Bruxelles, à l'évidence,   ne pousse  nullement son partenaire ukrainien dans ce sens.

            On peut certes considérer l'annexion de la Crimée par la Russie  comme une violation  du droit international. Dommage que l'Union européenne ait montré l'exemple en  ratifiant l'indépendance  du Kosovo, décidée par les Etats-Unis   en 2009, violation tout aussi flagrante de ce même droit et d'autant plus grave qu'elle créait, elle , un précédent.

            D'une façon plus générale, le morcellement étatique ne semble pas gêner les instances bruxelloises qui savent bien que plus les Etats membres seront nombreux et   faibles , plus elle a des chances de régner. Elle  a  joué le rôle que l'on sait,  à l'instigation de l'Allemagne,  dans l'éclatement sanglant de la Yougoslavie, elle n'a pas objecté à celui de la Tchécoslovaquie. Elle n'a  pas fait obstacle non plus, que nous sachions,  à l'aspiration  de l'Ecosse à indépendance.

            Même si on peut contester sa valeur juridique, personne ne doute que le résultat du  référendum par lequel la Crimée a demandé son rattachement à la Russie ait reflété la volonté de l'immense majorité des habitants de la péninsule. Pourquoi dès lors refuser à la Crimée ce qu'on a accordé  à la Slovaquie et au Monténégro ?  Certes, dans le cas de la Crimée l'aboutissement est le rattachement à la Russie, pas l'indépendance . Mais au regard du principe fondamental d'autodétermination des peuples,  l'effet est le même. Quant au sort des minorités, gageons qu'il vaut  mieux aujourd'hui être Tatar en Crimée  que Serbe au Kosovo !

            On pourrait élargir le sujet  et dire que tant dans le cas du Kosovo que de l'Ukraine, Bruxelles semble avoir une forte  complaisance pour les Etats ouvertement mafieux! Ou encore évoquer le rôle des néo-nazis dans le gouvernement de Kiev. Mais cela est une autre histoire.

            En tous les cas, il est clair que pour l'Union européenne, l'Etat unitaire et l' intégrité territoriales ne sont sacrés nulle part, sauf en Ukraine.

 

    Roland HUREAUX

                                                                               

 

De fait, une vraie fédération est un rassemblement d'entités unitaires, ce qu'est l'Allemagne,  mais ce que ne sera pas l'Europe telle que la veut la Commission. 

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Published by Roland HUREAUX
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