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Roland HUREAUX

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 09:28

Le  texte publié par Le Monde a suscité certaines réactions dont la viéo ci-joint de François Lacoste-Lareymondie.

http://www.libertepolitique.com/L-information/Liberte-politique-TV/Faut-il-sortir-de-l-Euro

Roland Hureaux répond.

Réponse à François de Lacoste-Lareymondie

 

Consacrant un temps conséquent  à répondre au texte collectif publié par Le Monde du 24/12/2011 intitulé « Pour un démontage concerté de l’euro », François de Lacoste-Lareymondie en  mesure avec raison toute  l’importance.

Précisons que, contrairement à  ce qu’il imagine,  le  collectif est largement étranger à la haute fonction publique : il comprend cinq professeurs  d’économie dont trois agrégés, l’un d’eux ayant longtemps présidé le jury d’agrégation, un industriel président du Club des N°1 mondiaux français à l’exportation  et ancien membre du Comité de politique monétaire de la Banque de France, deux consultants. Il compte aussi trois énarques, mais l’un, inspecteur des finances a pratiquement  fait toute  sa carrière  dans le secteur privé, l’autre est  devenu professeur, le troisième, auteur de la présente  réponse, se consacre surtout à l’écriture. On ajoutera que  le groupe de travail s’est réuni à la suite  du Forum  franco-allemand d’économistes qui s’est tenu à Lyon le 7 octobre.

Qui  d’autre pourrait s’exprimer comme nous le faisons ?  Chacun sait qu’il  est aujourd’hui impossible à quelqu’un qui  manifesterait une pensée dissidente sur l’euro  (fut-ce avec la caution de la plupart des prix Nobel, à commencer par le regretté Maurice Allais ! ) d’occuper de hautes fonctions  dans l’Etat ou dans la banque,  et même ailleurs : un autre   auteur,   ancien chef-économiste du Medef fut licencié en 2005 après  avoir annoncé qu’une grave  crise financière allait  éclater !

Si on laisse de côté l’anecdotique (la surcharge des billets ou le  mot écu employé parfois comme équivalent  d’euro), le premier point à préciser est qu’aucun des auteurs n’imagine un instant que l’euro soit la cause essentielle de la crise mondiale  qui sévit depuis 2008, il est seulement un facteur de complication propre à l’Europe.  Or c’est ce sujet qui est traité dans le texte, pas la crise mondiale. Il est probable que l’euro serait en difficulté, même s’il n’y avait pas de crise mondiale et que la crise mondiale aurait éclaté avec ou sans euro.

C’est au contraire les gouvernements européens, le français en particulier, qui laissent croire  qu’en tenant des sommets de plus  en plus rapprochés et de plus en plus dramatiques  pour  « sauver l’euro »,   ils sauvent le monde,  ce qui est illusoire.

Crise de surendettement : d’accord.

A condition de rechercher plus à fond les causes de ce surendettement : parmi elles, le fait que la mondialisation tire les salaires  à la baisse dans le monde entier et  que  le capitalisme  (comme dans les années vingt) rêve de consommateurs  qu’il n’aurait pas à rémunérer; il y arrive un peu, dans les pays anglo-saxons par le crédit à la consommation, en Chine et en Allemagne par l’export ;  mais cela n’a qu’un temps.

A condition aussi   de dire ce que personne ne dit aujourd’hui et que le texte commence par  rappeler avec force : il y a plus décisif  à terme que le surendettement  des  Etats ou  des particuliers, c’est celui des pays. Or un des effets inexorables de l’euro est un déséquilibre croissant des balances des paiements à l’intérieur de la zone.  Comment en serait-il autrement si on considère   les taux d’inflation intérieurs,  non comme un donnée morale opposant  des bons et des mauvais élèves, mais comme une donnée culturelle  lourde,  propre à chaque pays, et  qu’il était parfaitement utopique , voire idéologique ( l’idéologie   étant l’introduction indue de  la morale là où seul le principe de réalité doit  prévaloir)  d’espérer harmoniser en  dix ans les comportements des pays d’Europe en la matière ?  C’est  le contraire qui se passe : la compétitivité (productivité et prix) des pays de la zone euro diverge chaque jour davantage. Ces  divergences, qui sont  dans l’ordre des choses,  étaient neutralisées  autrefois  par  des ajustements  monétaires et d’aucune autre manière ; dans la zone euro, elles n’ont  pas de solution.

Les   amateurs de paradoxes, nombreux  aujourd’hui dans les cercles décisionnels,  ont beau dire  que certaines  lois fondamentales de l’économie ne s’appliqueraient plus, que par exemple une dévaluation ne stimulerait plus les exportations : c’  est absurde.  Justes ou pas,  les dévaluations, quand elles étaient nécessaires,  ont toujours  eu des effets positifs  sur la croissance  (dernier exemple, spectaculaire : l’Argentine,  ou, plus près de chez nous, la dévaluation du  franc CFA en 1993, tant redoutée par les  gouvernants africains,  trop longtemps reportée et  qui fut finalement un stimulant  extraordinaire  pour les pays concernés).  La   Chine,  où on ne pense sans doute pas de manière si sophistiquée que chez nous,   sous -évalue tant qu’elle peut sa monnaie pour accroître sa puissance le plus vite possible, faussant aussi  gravement qu’impunément  le jeu mondial. 

Contrairement à ce que l’on dit trop, la France ne s’est pas abandonnée,  depuis  la guerre, aux facilités de dévaluations  en cascade : le franc s’est réévalué par rapport toutes  les monnaies du monde  sauf le mark (et le franc suisse), faisant sur la longue période  jeu égal  avec le dollar. La psychologie particulière du  peuple allemand,  traumatisé par l’expérience de 1923,  en fait un cas à part  plutôt  qu’un modèle. Si  d’ailleurs  l’Allemagne avait tenté de rapprocher  son comportement de la moyenne de la zone, peut-être  l’euro  aurait-il pu tenir un peu plus longtemps. Or  elle a fait exactement le contraire, lui portant ainsi  un coup fatal.

Loin d’être une spoliation, un réajustement  monétaire est une opération –vérité (d’ailleurs généralement anticipée  le biais des taux d’intérêt ou aujourd’hui  des spreads).  Les monnaies dévaluées ayant  été  émises  en plus grande abondance,   l’un équilibre donc  l’autre. Il en irait de même d’  un démontage de l’euro, qui enlèverait l’illusion  d’être plus  riches qu’ils ne sont à certains pays.

Pas à la France : les calculs qui ont été faits par le groupe (et, déjà,  par différents cabinets  à travers le monde) montrent qu’elle  serait le pays le moins affecté par l’opération car, pour elle, 1 franc nouveau serait  égal à 1 euro, un peu plus  pour le mark nouveau, moins pour les autres monnaies. Sa compétitivité serait améliorée par rapport à  l’outre-Rhin, amoindrie par  rapport au Sud.

Précisons enfin qu’à  aucun moment, les auteurs n’ont voulu démontrer  qu’il fallait sortir de l’euro.  Cela  n’est même plus une question pertinente.  L’euro est voué à l’éclatement, qu’on le veuille ou non.  Certaines  multinationales  s’y  préparent déjà.  Il est, dit-on,  plus  facile de sauter d’un train en marche que de   monter dans un train à l’arrêt mais il faut peut-être songer à sauter   du train en se faisant le moins mal possible quand on sait qu’il va vers le précipice.  Ajoutons que le maintien de la valeur nominale des biens ( avec seulement  un changement d’unité)  serait  une opération plus simple pour le public  que  ne le fut  la division par 6.67 à l’entrée dans l’euro ; on a aussi  des exemples de divorce  monétaires  très faciles, comme la Tchécoslovaquie.

En voulant à tout prix sauver  l’euro, nos gouvernants risquent  au contraire d’aller vers de  solutions folles.  L’une est heureusement  écartée  par les  Allemands : des transferts permanents et même  croissants vers  les pays les  moins compétitifs comme la métropole française en effectue, à petite échelle,  vers l’outre-mer. L’autre, acceptée avec réticence par Berlin,   s’amorce déjà : un recours massifs à la planche à billets pour  financer les déficits  croissants des pays  les moins compétitifs. On dit que la contrepartie sera  une rigueur accrue voire une mise en tutelle générale des finances publiques.  Il faut savoir que de toutes les façons cela ne suffirait pas : pour rétablir les équilibres fondamentaux, il faudrait  ainsi  diminuer de moitié tous les prix et les salaires grecs !   Mais même si, comme c’est le plus probable, on ne la tient pas, cette rigueur pourrait  néanmoins plonger   toute l’Europe dans la récession.  N’est-ce pas d’ailleurs commencé ?  Il y a certes une spirale de l’inflation ; il y a aussi une spirale de la récession, comme le montrent la Grèce et le  Portugal.   Pour le coup, l’Europe   demeurant le premier marché mondial, la crise de l’euro deviendrait la  principale   cause de la récession   mondiale.

Même s’il rappelle qu’il n’y a pas de  solution simple   à   crise de l’endettement  ( y en eut-il d’ailleurs jamais,  en dehors de l’inflation ou de la  guerre ? ),  le vice-président de la Fondation des Service politique, propose une série de mesures : réduction des retraites et des traitements des fonctionnaires,  défaillance   partielle de certains débiteurs , de 50 % pour la Grèce ( ce qui est   le chiffre de la dévaluation projetée du drachme dans notre plan) , qui sont précisément les effets qu’il redoute   d’un réajustement des parités, jugé  par lui   injuste.

Injustice ?  L’inflation  est-elle plus injuste  que le prêt à intérêt, condamné par toutes les grandes  religions  et a fortiori de que certaines pratiques du système financier international actuel  qui tiennent du grand banditisme ? On peut en débattre. Loin  d’être d’abord une spoliation des rentiers, l’inflation  est, comme l’avait montré  en son temps Alfred Sauvy, un transfert des  personnes âgées vers les jeunes ménages. La crise démographique actuelle est ainsi  inséparable, en particulier en Allemagne,   de l’horreur de l’inflation qui se manifeste  depuis le début des années quatre-vingt. Cette horreur étant en partie au fondement  de l’euro, on voit comment  celui-ci exprime, mieux que tout autre symbole,   le déclin de l’Europe.  Il l’  exprime et il l’accélère : la gestion de l’euro par J.C.Trichet  a aggravé partout la désindustrialisation  

Faut-il conserver un euro monnaie commune et non plus  unique   ? Le démontage de l’euro sera de toutes les façons un choc. Montrer qu’il n’est  pas la fin de la coopération monétaire européenne, de pair avec  le caractère ordonné du démontage,  serait un signal positif adressé aux marchés, à même d’amortir la secousse, au  moins dans sa dimension  psychologique. Nostalgie du temps de Bretton-Woods ? Pourquoi pas ? D’autres l’ ont bien de l’étalon-or.  Entre 1945 et 1980 :   taux de croissance record, forte natalité,  pas de chômage, hausse continue des salaires réels, contrôle étroit du système bancaire, absence  de dévergondages financiers, pas de grande crise ! Qui dit mieux ?

Le démontage de l’euro ne serait sans doute pas le remède à la crise mondiale, mais il aurait le mérite  de permettre aux Européens particulièrement les moins compétitifs,  de regarder en face le réel et, par  là, de repartir du bon pied.

 

Roland HUREAUX

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Published by Roland HUREAUX
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