Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 11:20

Paru dans Le Figaro.fr

 

Les réformes mal conçue entraînent toujours des dépenses supplémentaires    

 

 Ce qui rend  très  inquiétante la réforme territoriale  actuellement en discussion devant le Parlement :   une fois de plus , il n'aura pas été tenu compte de  ce grand principe de la réforme administrative qui veut que,  contrairement au  secteur privé,   les opérations de concentration ou de  fusion    entraînent dans le secteur public, à service égal, des coûts supplémentaires.  Dit autrement : il n'y a jamais  d'économies d'échelle dans le secteur public, mais au contraire des frais généraux croissants avec la taille  des entités.    

C'est pour avoir ignoré ce principe que , depuis vingt-cinq ans, à peu près toutes les   réformes administratives se sont traduites, en dépit de leurs objectifs affichés, par un alourdissement des charges publiques.

Nous pourrions  multiplier les exemples :  la création de Pole emploi par la fusion de l'ANPE et des Assedic  (40 000 postes avant la fusion,  50 000 après), la fusion de la direction du Trésor et de celle de la Comptabilité publique ( dont un rapport de la Cour de comptes  a montré qu'il a généré un  surcoût),  le regroupement des hôpitaux au sein des agences régionales de santé qui n'a fait que créer une strate bureaucratique supplémentaire, le rapprochement de la police et de la gendarmerie,  les nouveaux organigrammes  prétendus  simplifiés des préfectures , la création de France-Télévision par le rapprochement de France 2 et FR3  etc.   Nous ne croyons pas qu'on puisse opposer à ce principe un seul contre-exemple.

Mais le cas le plus caricatural est sans doute l'intercommunalité. On a dit pendant des années : la France a plus de 36 000 communes, quel gaspillage !  On oubliait   que la plupart de ces communes, gérées à l'économie,  ne coûtaient pratiquement rien. On a voulu les  fusionner mais , craignant les réactions, on a commencé, à partir de la loi Joxe de 1992,  à les pousser  à coup d'incitations fiscales et de pressions préfectorales,  à se  fédérer dans des structures dites "intercommunales" : communautés de communes ou   d'agglomération.  Or, il  a fallu, pour ce faire,  recruter près  de 200 000 fonctionnaires qui ne sont nullement venus de se substituer aux fonctionnaires communaux mais se surajouter !  

Depuis 2011, l'Etat a entrepris, avec le même résultat  de fusionner entre elles les communautés , jugées trop petites, pour faire des mégastructures avec le même  résultat.

Pourquoi cet effet pervers   massif est-il ignoré ?  D'abord parce que nos élites, enfermées dans  quelques préjugés parisiens,  ont  depuis longtemps cessé de prendre leurs décisions en fonction d'une humble,  patiente et prudente observation des faits , mais selon des  schémas abstraits , jamais remis en cause  :  en l'occurrence l'idée  que les économies d'échelle  sont un principe universel et   qu'une plus grande structure entraîne moins de frais généraux , idées aussi paresseuses que  calamiteuses.  En matière de réforme administrative, notre  réflexion en est  restée   à la priorité à l'industrie lourde  et  à l'efficacité des  sovkhozes !

Autre préjugé : que les méthodes du secteur privé peuvent être transférées sans adaptation  au secteur public, que l'administration doit se mettre au management,  formule à la mode   où on met un peu n'importe quoi.

Les mécanismes qui entrainent ces  effets  paradoxaux seront étudiés dans le détail quand nous aurons enfin une science administrative sérieuse.  Mais on en perçoit quelques uns: d'abord le manque de courage qui amène , quand on fusionne deux corps , à aligner toujours  les avantages des agents par le haut, voire à donner des primes supplémentaires à tous pour neutraliser des résistances souvent justifiées ; ensuite, en matière d'organisation territoriale,  la nécessité, du fait de   l'irréalisme qui a inspiré les réformateurs,    de maintenir, voire  reconstituer l'échelon local , le résultat final étant qu' on aura un peu plus compliqué les choses :  c'est la cas des communes, ce sera sans doute le cas des départements ou même des régions  actuelles, personne n'imaginant sérieusement   que les routes départementales  de   Creuse pourront être gérées  de Bordeaux alors que, jusqu'ici elles  l'étaient , à la satisfaction générale, de Guéret .  Autres facteurs : la difficulté de forcer   du jour au lendemain des centaines de fonctionnaires territoriaux   à changer de ville, à aller de Strasbourg à  Metz  ou de Nîmes à Toulouse.  La confusion  erronée  de métiers très différents tels ceux du placement et de l' indemnisation au sein du Pôle emploi. Ou encore les fausses fusions qui conduisent par exemple, dans les nouvelles directions  de l'aménagement,   à doubler un chef de service d'un corps par un adjoint de l'autre corps.

A ces considérations s'ajoute le coût propre à tout changement   de   structure  qui résulte des problèmes immobiliers ( ceux de la  réforme de la carte  judiciaire ne sont pas encore amortis ; que fera-t-on de l'Hôtel de la région Auvergne qui vient d'être inauguré ? ), mais aussi du stress  infligé aux agents qui entraîne  une baisse durable de la productivité voire une démobilisation , quand ce n'est pas le chaos pur et simple et la dégradation du service public  qui en résulte. L'administration française   en est en effet au stade paléolithique de la conduite du changement - et comment en serait-il autrement dès lors que la plupart de ces changements sont injustifiables, ce que les agents, jamais consultés,  ressentent parfaitement ?  Ajoutons  les longues phases d'apprentissage des nouvelles procédures et  de  changement des  habitudes :  l'habitude a mauvaise presse dans la rhétorique officielle;  pourtant tout organisme efficace est fondé, comme l'avait montré le philosophe Félix Ravaisson,  sur des habitudes de travail bien rodées qui permettent  à un certain  nombre d'agents de   conjuguer harmonieusement  leurs efforts. Changer   ces habitudes , c'est toujours  diminuer  l'efficacité. La réforme de l'Etat à la française s'est fondée  sur la dénonciation obsessionnelle  des routines administratives  ; elle a abouti à un bouleversement permanent, qui s'est traduit par  des surcoûts considérables. Contrairement   à ce qu'imagine un pseudo-libéralisme aussi  superficiel que destructeur  , si l'on veut augmenter sensiblement  le poids des charges publique dans les prochaines années,  le plus simple est  d'accélérer les réformes de structure tout  azimut  !

Et bien évidemment  , pendant qu'on perd du temps à bouleverser les organigrammes, on ne fait pas le travail analytique patient et  laborieux de révision de procédures qui seul permettrait de faire des économies sans qu'il y ait pour cela nécessité d'opérer de grands chambardements

Tous ces phénomènes se trouvent aggravés plus que proportionnellement,  quand  les réformes sont de grande ampleur. Ce qui nous conduit à pronostiquer que la réforme territoriale telle que l'envisage M. Valls va conduire , non point à économiser   10 milliards   comme l'annonce sans aucune base sérieuse le secrétaire d'Etat   M.Vallini mais à engager    30 ou 40 milliards de dépenses supplémentaires .  Passer de 22 ragions à 13, supprimer 90 départements :  attendons nous à une explosion des  coûts de nos  structures territoriales, analogue à l'explosion des  dépenses  qu'a  représenté à l'échelon communal   l'introduction des communautés de communes.

Et tout cela pour  rien, puisque  tout le monde  sait aujourd'hui que, contrairement à ce que répète une doxa  infondée,  le régions françaises actuelles sont aussi grandes  que celles  des autres pays d'Europe, et    que l'échelon départemental  élu, si vilipendé, existe sous  différentes formes dans tous les pays  avancés .

C'est dire  qu'au  moment où M. Valls a besoin de faire   des  d'économies substantielles, il engage une réforme dont tout laisse supposer qu'elle va entrainer un gigantesque désordre et , au contraire de ce qui est prévu,  plusieurs dizaines de milliards  de dépenses supplémentaires. Bonjour les dégâts !  

 

                                                           Roland HUREAUX

Partager cet article

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article

commentaires