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Roland HUREAUX

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 23:08

 

Il y a quelques jours, François Hollande, de passage à Dakar a cru bon de faire, une nouvelle fois, acte de repentance pour la traite des noirs.  Quelques jours après, il récidivait   pour les victimes algériennes de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris (comme il l’avait fait un an avant, immédiatement après sa désignation comme candidat du PS). Nul doute qu’il  recommencera à battre la coulpe sur la poitrine de la France lors de son voyage annoncé en Algérie.

Il y a quelques jours, la France découvrait horrifiée l’émergence sur son  sol de réseaux islamistes préparant des attentats terroristes, composés surtout de jeunes gens nés français et souvent chrétiens convertis à l’islam, animés d’une haine radicale de notre pays. Parmi eux un certain Jérémie Louis–Sidney, que ni son nom ni sa provenance  des  Antilles (où l’islam est  pour ainsi dire absent)  ne prédisposait à devenir terroriste.  

Quel rapport entre ces deux événements ? Il est plus  grand qu’on ne pense.

Comment une jeunesse déracinée, totalement dépourvue de  culture historique, sans mémoire familiale réelle, ne croirait-elle pas les élites françaises quand elles ressassent que la France s’est rendue coupable de crimes abominables  à l’égard de leurs ancêtres ou d’autres ? Et cela au premier degré sans balancer le bien et le mal d’une histoire certes tragique mais complexe.  Comment ne croirait-elle pas un chef de  l’Etat qui évoque  à tout va ces crimes ? Comment ne tirerait-elle pas les conséquences de la loi Taubira qui a plus  développé  l’esprit de ressentiment  que pansé les plaies ? Les jeunes en cause n’ont qu’une vague idée de la date où  se sont passés  ces événements et ne savent sans doute rien de plus  de l’histoire de la France, de l’Afrique ou  des Antilles.  Comment ne croiraient-il pas, pour dire les choses brutalement, que la France est un « pays de m…. », qu’il faut le « foutre en l’air », au besoin avec des bombes ?  Comment ne seraient-ils pas entrainés, toute  considération religieuse ou métaphysique mise  à part,  vers  ceux qui la haïssent le plus, les réseaux du terrorisme islamique ?  Louis-Sidney comme  d’autres.

Face à  cette jeunesse désemparée, le chef de l’Etat a, plus que quiconque,  le devoir de  hisser haut le pavillon, de  créer un élan, de  faire aimer la France et de favoriser ainsi  ce  que tout le monde souhaite, à commencer par l’intégration de ces jeunes gens en manque de repères.  

Encore heureux que le président n’ait pas donné suite à l’idée caressée à Matignon de proposer de réparations, exigeance insistante d’une  association se référant explicitement   à  la  couleur de la peau et qui,  à ce titre, ne devrait pas avoir ses entrées dans  les palais de la  république.

Ces exercices de repentance sont contestables au nom de l’histoire. Les Sénégalais, comme les autres  habitants de l’Afrique occidentale, descendent de ceux qui n’ont pas été déportés. Comme les négriers ne faisaient que  rarement les razzias eux-mêmes mais achetaient les esclaves à des potentats locaux, de quel côté étaient ces  ancêtres ?

Pour ce qui est de ceux qui furent déportés ( dans les colonies françaises, mais encore davantage dans les colonies  anglaises, espagnoles et  portugaises), va-t-on regretter l’admirable civilisation franco-antillaise qui en est issue ? Regrette-t-on un beau bébé même s’il a été conçu hors normes ?

S‘agissant de l’Algérie,  qui se repent des atrocités de la guerre civile de 1991- 2002 (pires que celles de la guerre d’Algérie) , du massacre des harkis et  de l’expulsion par la terreur d’un million de natifs non-musulmans, contraire aux accords d’Evian   , sans parler de la traite des blancs et  des blanches par les Barbaresques (nom historique des Algériens) , à peu près contemporaine de la traite de Noirs par les Européens. 

Faudrait-il,  selon cette logique, revoir tout le passé, depuis l’effroyable guerre des Gaules ( sur 9 millions de Gaulois, 3 millions de morts et 3 millions réduits en esclavage), les invasions barbares, la conquête  arabe , les croisades bien sûr et tant d’autres tragédies ? 

La Shoah qui sort des catégories communes de l’histoire doit être mise  à part. Mais  Mme Merkel se repent-elle que son pays ait envahi la France à trois reprises en 70 ans chaque fois qu’elle voit un président français ?

La repentance est tout aussi contestable sur le plan moral. Elle ne participe de l’héritage judéo-chrétien qu’en apparence. Dans le pardon juif et la confession chrétienne qui en hérite, celle –ci individuelle, celle-là collective,   c’est à Dieu qu’on demande pardon. On le demande  une fois pour toutes et  une fois que ce pardon   accordé,  on n’en reparle plus :   « comme est loin l’Orient de l’Occident, il éloigne de nous nos péchés » (Psaume 103). Rien à voir avec ce ressassement où on demande pardon au nom de coupables  quelquefois disparus depuis plusieurs siècles, à on ne sait qui et où personne ne vous pardonne jamais, ce qui fait que la démarche est toujours à recommencer.

Exercice mal fondé sur le plan historique et moral, la repentance l’est encore davantage sur le plan géopolitique. Elle est une exclusivité de l’Europe et, au sein de l’Europe, une spécialité française.  Les Etats-Unis ressassent-ils le massacre des Indiens ? Les Russes, le Goulag ? De quoi se repentent la Chine et l’Inde ? Et le Japon ? Pour ne pas parler de la Turquie, qui refuse avec obstination de  de reconnaître le génocide arménien.  Et des innombrables massacres qui ont eu lieu en Afrique après l’indépendance, qui bat sa coulpe ?  Il est clair qu’entre Etats adultes, animés par la realpolitik, ces exercices ( peu sincères au demeurant) ne sont plus de mise. La seule leçon qu’en tirent les observateurs étrangers c’est que la France est moralement mal en point. Quant aux esprits faibles, ils en concluront inévitablement qu’elle est plus  coupable que les autres !

François Mitterrand, qui savait combien l’histoire est tragique et les responsabilités toujours mélangées,  s’était bien gardé de s’engager sur cette voie. Jacques Chirac a commencé. A l’actif de Nicolas Sarkozy, le mérite de ne pas en avoir rajouté. Si François Hollande ne résiste pas aux différents groupes de pression  qui  gravitent autour  du parti socialiste pour   demander toujours plus de repentance, il portera la grave responsabilité de contribuer  à la déliquescence de la communauté française dont l’affaire de Strasbourg a offert un inquiétant prodrome.   

Roland HUREAUX

 

 

 

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Published by Roland HUREAUX
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commentaires

Albertini 26/10/2012 12:16


Bravo!


Nous sommes bien (encore une fois) dans une dynamique de "suicide" collectif concocté et exécuté(!!!) par une certaine classe politique, essentiellement de gauche sur ce point, mais pas
seulement.

Roland HUREAUX 23/12/2012 22:37



Merci.


RH