Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:14

 

        Publié par Liberté poliique 

Même si le pontificat de Benoît XVI est apparu à son début comme un prolongement  de celui de Jean-Paul II, tant par la proximité des deux hommes que par le  fait que les papes sont organiquement dans la continuité les uns des autres, on peut apercevoir quelques traits qui témoignent d’une  approche originale  du pape allemand.

 

Défense de  la raison

 

Sur le plan théologique, Benoît XVI qui, avant d’être pape,  avait contribué à rédiger l’encyclique Fides et ratio a mis encore davantage l’accent sur la nécessaire convergence  de la foi et de la raison, en particulier dans son discours de Ratisbonne. Non seulement, il a rappelé qu’elles étaient compatibles mais encore que la foi était indispensable au bon fonctionnement  de la raison. L’accent particulier mis sur cette convergence entre foi et raison est peut-être une des  singularités   de la fin du XXe siècle. Les dérives idéologiques qui menacent la raison émancipée de la foi, par exemple les dérives libertaires, confortent  l’idée que foi et raison, loin  de se combattre, s’étayent réciproquement.  En même temps ont été définitivement surmontées les difficultés qui avaient paru un moment, à tort, dresser un obstacle entre la religion et la science, comme la théorie de l’évolution, dont Jean Paul II avait déjà dit qu’elle était « plus qu’une hypothèse ». Cette position distingue fortement la foi catholique d’autres, islam et évangélisme  en particulier, menacées par un  intégrisme antiscientifique arc-bouté à une lecture littérale de la Genèse.

La béatification du cardinal Newman, une grande figure de l’intelligence chrétienne illustre l’attachement du pape à la théologie rationnelle en même temps qu’elle fut un grand honneur pour l’Angleterre. La reprise du rapprochement avec les Anglicans dissidents coïncide avec elle.

Le souci d’associer l’intelligence à la foi   s’inscrit dans la suite des travaux de la revue Communio dont il avait  fondé en 1973 l’édition allemande.

Approfondissant la réflexion, Benoît  XVI a  mis également en valeur,    la relation intime qui unit les trois termes : vérité (découverte par la   raison aussi bien que par  la foi), amour et liberté. A cet égard, Caritas in veritate  vient compléter Fides et ratio.

Son  insistance sur la rationalité du christianisme, allant  de pair avec une culture théologique exceptionnelle, met Benoit XVI très au-dessus des tendances de certaines églises européennes, comme celle de France, à privilégier l’expérience,  le vécu, le « témoignage » aux dépens de la  démarche rationnelle. Dans l’atmosphère anti-intellectuelle qui prédomine au sein de l’Eglise de de France,  il n’est  pas sûr qu’il ait été encore suivi comme il le mériterait.

Ecrivain infatigable, le pape innove en publiant, en fonction, trois  livres sur Jésus de Nazareth qui sont autant de succès de librairie  en même temps   qu’une nouvelle manière de communiquer avec le  peuple chrétien et non chrétien.

 

Dialogue avec l’orthodoxie

 

Autre progrès par rapport à Jean-Paul II, le dialogue avec l’orthodoxie, enjeu capital pour l’Eglise. Les Eglises orthodoxes restent, quant  au dogme, de très loin les plus proches de l’Eglise catholique. Les  différences théologiques sont loin d’être insurmontables. Le rapprochement est d’abord affaire de diplomatie, de bonne volonté et de compréhension réciproque. La réunion de ces Eglises constituerait un véritable bouleversement dans le monde actuel. Les deux poumons de l’Eglise européenne réunis, le christianisme européen  trouverait sans doute un nouveau souffle  dans la reconquête  de la vieille Europe si largement sécularisée.

Jean-Paul II avait désiré ce rapprochement, proclamant par exemple Saint Cyrille et  Méthode, de pair avec Saint Benoît patrons de l’Europe.  Mais sa qualité de polonais ne pouvait qu’ alimenter les préventions  de l’Eglise russe, de loin la plus importante des Eglises orthodoxes au point que celle-ci ne fut représentée qu’au plus bas niveau à ses obsèques. Il aggrava son cas par des maladresses comme la nomination d’un évêque polonais à la tête de  l’Eglise catholique  de Russie et surtout par ce qui fut, selon nous, sa principale voire sa seule erreur stratégique : n’avoir pas condamné immédiatement avec la plus grande fermeté l’agression de l’OTAN, totalement illégale, contre la Serbie orthodoxe, en 1999.

A peine nommé, Benoît XVI, qui avait l’avantage d’être allemand, sans revenir sur la nomination d’un  évêque catholique  à Moscou, a remplacé le polonais par un italien.  Le dialogue avec le clergé orthodoxe a repris, accéléré par l’élection en 2009  d’un nouveau patriarche de Moscou moins  prisonnier   du passé.

 

Main tendue à  Ecône

 

Il serait difficile à Rome de vouloir  résoudre un schisme vieux de près de  1000 ans, avec des églises dont la liturgie n’a pas évolué depuis, si aucun effort n’était fait auparavant pour résorber celui qui sépare aujourd’hui Rome d’ Ecône attachée, elle, à une liturgie seulement vieille de 500 ans !  Le  motu proprio    Summorum Pontificum (2007) ouvrait la voie à  une certaine réhabilitation de la  messe traditionnelle dans l’Eglise. La levée de  l’excommunication  des quatre  évêques de la Fraternité Saint Pie X  en 2009, qui a provoqué des remous totalement étrangers au fond du problème, en raison du négationnisme de l’un d’eux, aujourd’hui exclu, se voulait un nouveau pas dans ce sens. Hélas, si des pans  de la mouvance lefévriste  ont  rejoint Rome les uns après les autres, les derniers ayant créé l’Institut du Bon Pasteur, le noyau dur de la dissidence demeure à ce jour enfermé dans ses  certitudes. La poursuite du dialogue interreligieux d’Assise notamment  le révulse. 

 

Eclairer l’amour

 

Passant pour conservateur, ce pape a cependant commencé son pontificat par une encyclique sur l’amour qui rappelle le caractère intrinsèquement bon de l’amour, y compris sous la forme  de l’eros quand  il s’inscrit dans la volonté de Dieu : Deus caritas est.  Particulièrement sévère pour la pédophilie,  il n’en dut pas moins porter le poids  des griefs dont on  chargé l’Eglise, bien plus que toute autre institution concernée,  tout au long de ces années.

Bien que moins porté aux voyages que Jean Paul II , ne serait-ce que du fait de son grand âge, Benoit XVI a néanmoins fait quelques déplacements en Afrique qui lui ont permis de recevoir les acclamations de la jeune Eglise africaine, plus ouverte à ses déclarations  sur la prévention du sida que les médias européens.

Les tollés qu’à au moins quatre  reprises  des décisions du pape ont provoqué dans le monde : discours de Ratisbonne (2006), affaire Williamson (2009), déclarations sur le préservatif (2009), affaire Pie XII (2010) sont à eux seuls le signe que le pontificat de Benoit XVI fut important, car l’Eglise n’est jamais autant elle-même que quand elle est signe de contradiction.

Sa renonciation, après un peu moins de huit ans de pontificat (2005-2013), dont il savait mieux que personne que le droit canon ne l’interdisait pas et  que donc elle pouvait être une décision rationnelle ne fut pas la moindre des innovations qu’il apportées à l’exercice de la papauté.  

 

Roland HUREAUX 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Roland HUREAUX
commenter cet article

commentaires