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Roland HUREAUX

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 09:24

 Ayant fait de l'OTAN un instrument de sujétion, les Américains ont-ils encore de vrais alliés ?

Le dernier sommet de l’OTAN,  qui  a rassemblé il y a quelques jours les 28 pays membres à  Lisbonne,   serait, dit-on, un des plus importants  qui aient eu lieu. Afin de définir un nouveau « concept » justifiant l’existence de l’organisation,  les alliés y ont passé en revue l’ensemble des menaces auxquelles elle devrait   faire face dans l’avenir. Ces menaces balayent  un   spectre très large qui va  de la guerre cybernétique au changement climatique en passant par le terrorisme (qui justifie comme on sait la guerre en Afghanistan), et  la menace de missiles nucléaires qui pourraient partir d’un Etat voyou. Il est un autre risque que l’on n’a pas avoué puisque, dans le cadre du partenariat stratégique, le président Medvedev avait été invité,  mais  que les Etats-Unis ne manquent pas d’agiter auprès de leurs alliés comme si le communisme ne s’était jamais effondré : la menace russe   

Comment une liste aussi impressionnante de menaces ne justifierait-elle pas une coopération de plus en plus étroite entre les pays de l‘alliance, où la France figure désormais au même rang que les autres ?

Les Etats-Unis ont annoncé la fin de la guerre en Afghanistan pour 2014 : que l’on y croie ou non,  il fallait bien, une fois cette annonce faite,  justifier la perpétuation de l’organisation.  C’est pourquoi a été  rendu officielle et approuvée par tous les membres la mise en place d’un bouclier  anti-missiles stratégique,  dont on sait combien il est mal ressenti par la Russie.

 

Un instrument de contrôle politique

 

Mais ces dispositions militaires ne sont  qu’apparence car, par-delà les ronds de jambe des diplomates ou le déploiement d’uniformes de généraux de toutes couleurs,  l’OTAN est  aujourd’hui, moins une alliance militaire  qu’un moyen de contrôle politique par les   Etats-Unis de leurs « alliés». Hors de la scène publique, des officiels américains  l’avouent.

La présence de contingents autres qu’américains en Afghanistan, où les Américains font l’essentiel du travail,   est d’abord une caution politique apportée à leur action.

Et comment en serait-il autrement puisque les pays d’Europe occidentale ne consacreront bientôt   qu’à peine plus de 1 % de leur PIB à la défense,  pour 4,6 % aux  Etats-Unis - soit 43 % des dépenses militaires mondiales.

Les Etats-Unis ont beau se plaindre de l’effondrement progressif de l’autre pilier de l’Alliance sur lequel, au moins en théorie, ils aimeraient compter,  ce fait  est déjà pris en compte par leurs théoriciens :  pour le néo conservateur Robert Kagan, ( La puissance et la faiblesse, 2003 ), il est acquis, que les Etats-Unis sont une puissance « martienne », vouée à la guerre et pleinement  acteur de l’histoire contemporaine,   tandis que les Européens ne sont plus que des « vénusiens », adonnés  à  l’amour et aux bons sentiments et oublieux du tragique de l'histoire , trop heureux d’abandonner le soin  de leur défense  à  leur grand allié. 

 Et n’est-ce d’ailleurs pas ce qu’ils ont voulu ?  Les folles spéculations de Z.Brzeszinski (Le grand échiquier, 1997) partent de l’idée que   le seul moyen  que l’Europe reste pour les Etats-Unis  un allié sûr, qu’ elle ne bascule pas dans un bloc eurasiatique hostile, était de la « castrer », d’anesthésier sa volonté, au travers d’un contrôle étroit de la politique des pays d’Europe occidentale (dont le dernier film de Polanski, The ghost-writer donne sans doute une idée) et  d’organismes comme l’OTAN.

 Que l’assujettissement  entraine la baisse de l’effort de défense, c’est ce que le général de Gaulle avait prévu dans une incise, passée alors inaperçue, de sa célèbre conférence de presse du 23 février 1967 où il annonçait le retrait de la France de l’organisation intégrée de l’OTAN

« La volonté qu’a la France de disposer d’elle-même, volonté sans laquelle elle cesserait bientôt de croire en son propre rôle et de pouvoir être utile aux autres, est incompatible avec une organisation de défense où elle se trouve subordonnée. »

Autrement dit, de Gaulle posait le théorème suivant, que la suite des événements  devait valider: la propension d’un pays à payer pour sa défense – et donc à demeurer un allié sûr -  est proportionnelle à son indépendance. Pas d’indépendance, pas de défense.  

On peut s’interroger sur les enjeux passés en revue au sommet de Lisbonne, quant à leur réalité : Russie, lutte contre le terrorisme (sur lequel on peut en tous les cas dire qu’elle  ne se joue pas en Afghanistan), états-voyous,   ou quant à leur  caractère spécifique au bloc occidental : réchauffement climatique, qui, nous semble-t-il,  serait plutôt du ressort de l’ONU. 

 

Désunion face à la Chine

 

Faut-il penser pour autant qu’il n’existe  aucun intérêt commun aux  Etats-Unis et à l’Europe ? Non. Car il y en a au moins un, un  vrai, c’est la menace économique chinoise. On veut bien croire qu'elle ne concerne pas l’OTAN – mais ni plus ni moins que le réchauffement climatique.  Mais la sous-évaluation forcée  du yuan voulue par le gouvernement chinois, menace tout autant l’économie européenne que l’économie américaine et par-delà, tout l’équilibre mondial. Au moins sur ce terrain,  les deux « piliers » de l’Alliance  pourraient  parler d’une seule voix comme ils le font  à Lisbonne s’agissant du bouclier  antimissiles. Et bien non ! Quand le président Obama critique la politique monétaire de la Chine, les Européens se tiennent cois. Alors qu’encore plus que les Américains, ils ont un intérêt vital à ce que la Chine réévalue le yuan, ils se gardent bien d’apporter un  appui franc à Washington, craignant trop sans doute de déplaire à  Pékin.

Les Américains ont ce qu'ils cherchaient: dès que se présente  un véritable enjeu, fondé sur un intérêt commun clair, surtout si  intervient  une puissance   qui suscite une crainte révérencielle encore plus forte qu’eux, les Européens, anesthésies pour ne pas dire châtrés,  sont aux abonnés absents.

En ne voulant pas que l’OTAN soit une communauté d’alliés libres,  mais en en faisant l’instrument d’un contrôle impérial, les Américains  n’ont en réalité plus de vrais alliés.

 Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

emmanuel poirier 19/02/2011 19:36


Bonjour Mr Hureaux, je suis tombé sur votre livre concernant l'Europe sur Amazon et vos analyses rejoignent celles de l'UPR. Merci de consulter le programme de ce mouvement ici: www.u-p-r.fr et la
page facebook du président: http://www.facebook.com/upr.francoisasselineau E.