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Roland HUREAUX

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 18:28

 

PETITE EXPLICATION D’UNE GRANDE CRISE 

 

Depuis longtemps, dans les pays avancés, les hommes ne consomment plus, pour la plupart, ce qu’ils produisent : ils échangent leurs productions.

Pour échanger, il leur faut un étalon commun : la monnaie. Autrefois cette monnaie était faite de métal (or, argent, cuivre) extrait des mines et fondu à grand peine. Aujourd’hui, elle consiste principalement en lignes de crédit inscrites dans les ordinateurs des banques (et d’encore un peu de billets imprimés et de pièces sans valeur intrinsèque). 

Cette monnaie circule plus ou moins vite mais, pour une vitesse de circulation moyenne,  le principe est le même : ou il n’y a pas assez de monnaie et les échanges (et donc la production) se ralentissent, ou il y en a trop et les prix montent. Dans ce dernier cas,  pour un  bien donné,  les acheteurs  sont nombreux ;  selon la loi de l’offre et de la demande, les enchères montent : c’est l’inflation. .

Il faut  donc  qu’il y ait assez de monnaie,  mais pas trop,  pour assurer des échanges réguliers à des prix stables.

 

Comment se fabrique la monnaie ?

 

Qui produit la monnaie ? Principalement les banques (y compris les banques centrales), chaque fois qu’elles ouvrent une ligne de crédit à quelqu’un, consommateur, investisseur, autre banque ou Etat (lequel, éventuellement, a déjà fait crédit à un autre agent et demande alors à la banque de le « refinancer »). Comme il n’y a,  au départ du mécanisme, pas de monnaie préexistante, la loi fondamentale est que la masse de monnaie en circulation est égale à la somme des crédits que les « agents économiques »  (producteurs et consommateurs, collectivités publiques)  se font entre eux.

Jusqu’où va ce mécanisme ? Il pourrait en théorie ne jamais s’arrêter car chaque fois qu’un crédit est fait à un agent économique  et qu’il ne l’utilise pas dans l’instant, la somme reste à la banque, qui peut la reprêter immédiatement à quelqu’un d’autre etc. Pour éviter que le mécanisme ne s’emballe, les Etats se sont toujours efforcés de  contrôler le montant total du crédit et donc la masse monétaire. Ils le font  avec des moyens variables, de manière plus ou moins stricte.

Mais combien de monnaie faut-il à une économie ?

Si la population augmente, si l’économie connaît des innovations importantes, éventuellement  si les exportations  se développent, l’économie est en croissance et exige un peu plus de monnaie chaque année mais pas trop. 

Entre les agents économiques (comme entre les Etats), l’échange est généralement inégal. Cette monnaie, cet « argent », certains en gagnent (ou perçoivent) trop  pour leurs besoins : ils épargnent. D’autres n’en gagnent  pas assez : ils consomment (ou investissent)  plus  qu’ils ne produisent (ou perçoivent) : ils  doivent emprunter.  Les banques mettent les épargnants, devenus prêteurs,  et les emprunteurs en relation, sous différentes formes, à court terme ou à long terme, sous la forme de prêts au jour le jour ou de placements  rapidement disponibles ( livrets de caisse d’épargne par exemple),  d’achat d’obligations,  d’actions, etc. La rémunération moyenne des épargnants  varie  en fonction de l’offre et de la  demande de crédit : plutôt vers le haut si l’épargne est rare, plutôt vers le bas si l’épargne est abondante. Mais  quand il n’y a pas d’inflation,  la rémunération moyenne des épargnants varie en définitive en  fonction de  la croissance. Disons 5 %  par an pour une économie développée en régime de croisière. 

 

Pour satisfaire les clients

 

Si l’épargne est abondante et les taux d’intérêt jugés trop faibles par ceux qui ont de l’argent à placer,  les banques, qui cherchent à satisfaire leurs clients,  vont essayer de trouver des placements plus rémunérateurs que ceux que permettrait en théorie l’état de l’économie. .

Certains biens qui ne sont pas de consommation courante peuvent alors prendre de la valeur parce que  beaucoup de gens ayant de l’argent  s’y intéressent en même temps : des œuvres d’art, des biens immobiliers,  voire  les actions de certaines sociétés  qui semblent plus rémunératrices que d’autres ou dont on a entendu dire qu’elles pourraient le devenir.  

Il faut, dans ce cas,  plus d’argent en circulation puisque que la valeur de ces biens augmentant, la société semble s’enrichir – même si la production proprement dite n’augmente pas. Mais un jour,  la valeur de l’immobilier, celle des actions et des entreprises se heurte à une épreuve de vérité : l’évolution de  leur  rendement  ne suit pas forcément la hausse des cours,  parce que la croissance globale ou les revenus des locataires ne suivent pas. Alors une correction s’effectue : baisse de la bourse, de l’immobilier  pour repartir sur des bases plus réalistes. Cette baise a des limites car les biens en cause conservent, quoi qu’il arrive, une valeur intrinsèque.

Mais les choses peuvent aller plus loin : les banques peuvent offrir des placements beaucoup plus rémunérateurs que la moyenne sur des bases diverses : des intérêts plus élevés exigés d’emprunteurs peu solvables (autrefois,  on appelait cela l’usure), des fonds  où les nouveaux placements servent à  rémunérer les anciens (« pyramide de Ponzi »).  Si ces mécanismes vicieux ne sont pas trop visibles, certains épargnants peuvent obtenir pendant un certain temps  des rendements plus élevés que la croissance de l’économie réelle ne le justifierait.

Tous ces biens artificiels prenant de la valeur, la richesse globale semble augmenter  et il faut donc  plus de monnaie  en circulation. Mais comme  le crédit, on l’a dit, génère le crédit, le mouvement, pour peu que les autorités monétaires laissent faire, s’entretient de lui-même. Se forme alors ce qu’on appelle une « bulle ».

 

Les effets des bulles

 

Sur l’  économie réelle, se greffe ainsi une économie artificielle, principalement centrée sur les banques,  qui  attire l’argent, rapporte beaucoup (tant que son caractère artificiel n’est pas apparu au grand jour),  permet  de verser des rémunérations plus élevées, tant aux  clients qu’aux actionnaires et aux dirigeants,   que dans l’économie réelle. Que la bulle attire un surplus d’argent  n’est pas au départ trop grave puisque il s’agit   d’un argent  autogénéré qui en laisse assez à l’économie réelle pour fonctionner (encore que dans un pays comme la France, cette spéculation se soit faite  aux dépens de crédit aux entreprises). Plus grave est que la bulle   attire aussi  des ressources rares comme  la matière grise. Les  intermédiaires se multiplient, des emplois « artificiels » se créent,  les talents  délaissent l’économie réelle  pour s’investir dans  l’ « ingénierie financière » : si les trois quarts d’une  promotion   de jeunes ingénieurs se détournent de la technique pour entrer dans la banque et la finance, l’innovation  en pâtit, la croissance de l’économie réelle se ralentit etc. Si de nombreux hauts fonctionnaires ou talents politiques sont attirés dans le système, la gestion des affaires publiques se dégrade.

Comment cela se termine-t-il ? Le jour où la bulle éclate  (notamment  quand les  défaillances des emprunteurs  initiaux se multiplient), ceux qui se sont beaucoup enrichis dans l’économie artificielle et qui ont su revenir à temps dans l’économie réelle s’y retrouvent. Ceux qui ont fait l’inverse laissent des plumes.

Il est difficile de savoir qui se trouve dans la première catégorie et dans la seconde : on soupçonne qu’il y a davantage d’Américains dans la première, d’étrangers (y compris, des Etats ou des banques) plaçant leurs avoirs aux Etats-Unis dans la seconde,  davantage de grandes fortunes dans la première, de petits épargnants dans la seconde, des « in » d’un côté, des « out » dans l’autre, mais nous manquons d’éléments pour l’établir. De grands investisseurs ont aussi beaucoup perdu dans la présente crise.   

Et le petit peuple dans tout cela ?  Celui qui vit de ses salaires ou de ses retraites, sans avoir les moyens de  faire des placements mirifiques ?

Il ne profite que peu des périodes d’euphorie,  car les salaires ne grimpent pas autant que la valeur des placements.

Au premier abord, il souffre moins des  krachs. Mais  il en souffre indirectement parce que ces krachs, limités au départ à la sphère financière,  affectent très vite l’économie réelle : les épargnants  appauvris achètent moins, un climat de méfiance s’instaure, le crédit « utile » se contracte, les échanges aussi et par conséquent la production. Le taux de chômage s’élève et les salaires sont tirés vers le bas.

Tant que les crises ne touchent que l’économie réelle (effet de « surchauffe » qui exige un réajustement), elles ont un impact limité : les unités de production les plus vulnérables ferment ;  elles sont vite remplacées,  l’innovation aidant, par de nouvelles.

Quand les crises partent de  l’économie « artificielle », la récession est sans commune mesure, car  toute la mécanique de production  et d’échange  se trouve contaminée par les retombées de l’explosion de la bulle.

 

Que faire ?

 

Que faire pour sortir de ces  crises ? Si quelqu’un le savait, nous serions déjà sortis de la crise actuelle.

Que faire pour ne pas y rentrer ? Eviter ou contrôler les bulles, ce qui veut dire mieux contrôler les banques  la fois pour éviter une trop importante création de monnaie  et pour faire la police des innovations financières douteuses

La première grande crise a eu lieu en 1929, la seconde en 2008. Entre temps, il n’y a eu (hors guerre) que des crises limitées car les banques ont été un peu partout,  entre 1932 et 1945,  mises sous le contrôle étroit des Etats et des banques centrales, y compris, dans certains pays, par le biais d’une  nationalisation partielle. Ces contrôles ont été en partie levés à partir de 1985 sous l’inspiration des idées libérales. On en voit aujourd’hui les effets.

Une seconde raison de l’émergence des bulles est la libéralisation du commerce international qui tire vers le bas les prix et les salaires ; l’excès de monnaie ne se traduit plus comme dans l’après-guerre par la spirale inflationniste prix-salaires, mais se concentre dans les biens artificiels, dits « spéculatifs ».

Les banques renâclent à être replacées sous contrôle  car les bulles permettent de verser des dividendes  et des bonus importants aux  actionnaires et aux dirigeants .A tel point que malgré beaucoup de rodomontades des deux côtés de l’Atlantique, aucun Etat n’a véritablement remis les banques sous contrôle. Les Etats leur ont au contraire, pour éviter que tout le système ne s’effondre, avancé beaucoup d’argent sans véritable contrepartie.

Les banquiers et ceux qui les défendent  allèguent les principes du libéralisme mais  les explications données ci-dessus   montrent que les lois ordinaires du  marché ne s’appliquent pas au monde de la finance. Un puits de pétrole, un stock d’automobiles s’épuisent au fur et à mesure qu’on les écoule. Le crédit, lui, est un puits sans fond qui s’autoalimente au fur et à mesure qu’on le distribue, alimentant ainsi les « bulles ».

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faut s’attendre, faute que ce contrôle  soit établi, à de nouvelles bulles et de nouvelles crises, voire à une persistance, faute de retour à la confiance, de la crise de l’économie réelle.

 

Roland HUREAUX

 

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Published by france
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Frédéric REMUS 02/10/2009 10:53


Excellent article, très facile à comprendre, très bien expliqué... On se demande juste pourquoi ces précautions élémentaires ne sont pas appliquées.
Bravo et Merci pour ce brillant exposé.