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Roland HUREAUX

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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 21:00

 

Victoire de l’UMP, des Verts, défaite du PS  et du Modem, déconfiture des « souverainistes »,  au moins ceux de droite : voilà comment est présenté le résultat des dernières élections européennes. Tout cela est vrai puisque c’est ainsi que l’a perçu - ou qu’on l’a fait percevoir  à l’opinion. En politique, la manière dont les choses sont perçues est une  part de la vérité : esse est percipi. 

Et pourtant que d’illusions dans cette  perception !

Défaite des « souverainistes » ?  Certes,  le déclin du Front national est confirmé, le MPF et DLR payent le prix de leur division suicidaire : seul Villiers survit  - affaibli.  Mais le fait massif  de ces élections est tout de même le taux d’  abstention : 59, 2  % soit, en raccourci,   le pourcentage d’électeurs  qui répondent dans les sondages  qu’  ils voteraient aujourd’hui non à la constitution européenne.  De 1979 à 2009, le taux de participation aux européennes n’a cessé de dégringoler de scrutin en scrutin pour  perdre en trente ans  près de 20%. Et que l’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas seulement  là d’indifférence. Comment ne pas ressentir  l’ hostilité sourde  à la machine européenne  qui sous-tend ce  retrait massif  ? Comment ne pas y percevoir la crise profonde de la démocratie  qu’induit le processus européen ? Et comment ne pas  comprendre la désaffection  des électeurs qui, en 2005, avaient voté non  au traité constitutionnel à 55 % , quand ne sont invités à débattre sur les plateaux de télévision que des partisans du oui  ou quand on nous dit que le libéral  Barroso sera reconduit comme président de la commission que les élections en Europe soient gagnées par la droite ou par la gauche ?   

Victoire de l’UMP ?  Mais compte tenu des abstentions, c’est 11, 5 % du corps électoral seulement  qui s’est déplacé pour donner un satisfecit au pouvoir en place,  et encore ceux qui votent  malgré tout  quand l’abstention est forte sont  les personnes âgées   naturellement légitimistes.  Les classes jeunes et actives se sont au contraire massivement abstenues. On frémit à entendre  que le gouvernement  disposerait    dans un tel résultat d’ un blanc seing pour « poursuivre la  modernisation de la France » !

Victoire des Verts ?  Peut-on encore le dire avec  6,4 % du corps électoral ? Succès  tout de même, surtout dans les villes où les « bobos » ont voté  vert  pour sanctionner le parti socialiste, d’autant que ce vote  était à peu près la seule manière de faire passer dans cette élection sans enjeu un message ayant quelque contenu, message dont la projection  du   film d’Artus-Bertrand a  rappelé l’urgence. Une projection pas innocente bien entendu d’autant que Sarkozy et Cohn-Bendit se rencontrent. Victoire  ambiguë tout de même: Cohn-Bendit et Bové, les deux figures emblématiques des Verts,  ne sont à peu près d’accord sur rien s’agissant de l’Europe. Victoire éphémère sans doute,  issue davantage d’une addition de circonstances que d’une véritable adhésion.

L’échec bien réel  de Bayrou ne vient nullement, selon nous,  de son antisarkozysme supposé primaire. Encore moins de sa riposte  maladroite à l’agression odieuse de Cohn-Bendit, bien dans la ligne des  méthodes  de déstabilisation à la Vichinsky,   à base de familiarité grossière et d’injure,  dont il faisait  un si efficace usage dans les amphis en mai  1968.  Loin d’avoir trop déserté le terrain européen,  François  Bayrou n’a  pu empêcher le gros de ses troupes, Marielle de Sarnez en tête,  de quitter la posture « populiste du centre » qui lui avait si bien réussi en 2007,  pour revenir à sa pente  naturelle: une  surenchère européenne qui n’était pas précisément ce que l’opinion attendait. Intrinsèquement, l’Europe n’était-elle d’ailleurs  pas, pour le Modem,  le plus mauvais terrain pour  se démarquer  de l’ « UMPS » qu’il dénonce ?  

Quant au parti socialiste, sa défaite est la sanction méritée de ses divisions, de son absence dramatique d’idées et de la grisaille technocratique qu’incarne si bien Martine Aubry, grisaille si judicieusement pointée du doigt par Emmanuel Todd dans un essai récent.   Au demeurant comment le parti de Guesde et de Jaurès ne paierait-il pas le prix fort, en pleine crise économique internationale, d’être  devenu celui de Strauss-Kahn et de Lamy, les deux papes du capitalisme mondialisé  ? 

Pourtant, s’agissant du PS,  ces résultats ne préjugent  en rien de la suite : considérant que  ni Cohn-Bendit ni Mélenchon et encore moins Besancenot ne représentent une alternative crédible à gauche, il est à ce  scrutin une gagnante  qu’on ne saurait négliger : Ségolène Royal qui  voit Martine Aubry affaiblie en interne et François Bayrou  en externe. Or on ne voit pas comment   le président  Sarkozy, la crise et l’usure du pouvoir aidant,  pourrait reconquérir  une part suffisante  des 88,5  % d’ électeurs qui n’ont pas daigné voter  pour les listes UMP aux européennes.   La présidente de Poitou-Charentes  risque ainsi  d’apparaitre  le moment venu, pour le meilleur et pour le pire, non seulement comme  la candidate naturelle du PS , mais aussi, sauf fait nouveau à ce jour imprévisible,  comme  l’unique moyen pour les Français de sanctionner le président sortant, sachant qu’en démocratie -  ce scrutin vient de le confirmer par le truchement des abstentions -  on vote  plus souvent  contre que pour.

 

                                                Roland HUREAUX  

 

 

 

 

 

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