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Roland HUREAUX

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15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 20:34

Roland Hureaux est membre du jury du Prix Juen Cicéron, concours d'éloquence politique pour les jeunes fondé à l'Ecole normale supérieure en 2005
Il a donné à la revue Res publica nova l'enretien suivant .

Entretien avec M. Roland Hureaux

 

ResPublica nova : Bonjour Monsieur, pouvez-vous nous présenter rapidement votre parcours ?

 

Je me suis toujours situé  à la frontière de l’action (haute administration , politique) et de la réflexion ( cours, articles, livres). Toujours sur ce thème des croisements, j’ai voulu garder un pied à la fois à Paris et un autre dans la France profonde (comme élu local) , dans le national et l’international etc. Ce qui fait que je ne suis  spécialiste  de  rien…

 

ResPublica nova : Qu’est-ce qui vous a motivé, à ResPublica nova, et dans le Prix Jeune Cicéron, à accepter de faire partie du jury ?

 

Le caractère sympathique de cette initiative prise par de jeunes normaliens et la conscience très vive que j’avais depuis longtemps d’une décadence certaine du discours politique.

 

 

ResPublica nova : A l’heure d’internet, de la démocratie participative, et de l’image d’hommes politiques voulue plus proche des électeurs (on pense aux émissions comme « J’ai une question à vous poser » qui ont structuré les dernières élections présidentielles), pensez-vous que le discours politique a encore son utilité ?

 

Sans aucun doute. Depuis l’Antiquité, la politique et singulièrement la politique démocratique, c’est le discours. Ceci dit,  les terrains et les scènes changent : la qualité du discours à la radio et à la télévision fait aujourd’hui partie de l’art politique. Quant à savoir parler à des gens simples, issus de la base,  et pas seulement aux sages et aux savants, cela aussi fait partie de l’art du discours.

 

ResPublica nova : Pour vous, quelles sont les qualités et les défauts des discours politiques qu’on entend aujourd’hui ?

Et selon vous, qu’est-ce qu’un bon discours politique ?

 

Les défauts des discours politiques aujourd’hui sont nombreux : d’abord une langue approximative, la pauvreté du vocabulaire, l’abus d’expressions technocratiques et d’idées toutes faites. Mais derrière la parole,  il y a la pensée. Si la pensée  politique ne s’était pas elle aussi appauvrie, les discours seraient sans doute meilleurs. Quant aux qualités, je les  cherche : certains (Villepin, Fabius) sont tout de même meilleurs que d’autres. 

 

 

ResPublica nova : Vous écrivez beaucoup vous-même, essais, et articles sur différents supports. Quel regard portez-vous sur les relations en France entre la production de pensée politique et l’exercice du pouvoir ? D’où viennent  les difficultés de communication souvent pointées ? Le rattachement quasi systématique des réservoirs d’idées aux partis est-il une bonne chose ?

 

 

Les Fondations politiques n’ont jamais marché en France. Leur  rattachement aux partis n’est pas en cause. D’une façon générale, les institutions de réflexion (CAP des affaires étrangères,  Fondation  Concorde, Institut Montaigne etc.) sont largement stériles pour des raisons qui restent à approfondir. Pas faute de moyens. Je crois que l’origine de cette stérilité est l’idéologie de la modernité. Ceux qui dirigent ces institutions   se figurent  qu’un penseur moderne est  forcément quelqu’un dans le vent. Ceux qui s’écartent de la pensée unique dominante sont pratiquement  barrés de ces institutions. En recherchant des gens dans le sens du vent, on crée un climat de conformisme. Il y a   souvent plus  d’audace et d’imagination chez le député de base que dans ces fondations. Mais la production de la pensée politique est d’abord le fait des intellectuels pas forcément immergés dans la politique : hier Raymond Aron ou  Guy Debord, aujourd’hui Pierre Manent, Régis Debray, Marcel Gauchet, Philippe Murray et bien d’ autres non-conformistes. Mais les ponts entre ces gens là et les acteurs politiques sont rares ou bien ils sont le fait d’intellectuels de seconde zone comme Luc Ferry.

Les gens qui seraient à la fois des intellectuels et des hommes politiques comme Charles de Gaulle, Georges Pompidou et d’une certaine manière François Mitterrand  sont devenus rares. Je ne crois pas que les autres les aiment beaucoup.

 

 

ResPublica nova : On parle souvent de l’absence de renouvellement des idées politiques, de quel bord que ce soit. Selon vous, d’où vient cette sclérose ?

 

Je crois que les idées politiques se renouvellent mais dans une sphère différente de la politique réelle. Pourquoi cette schizophrénie ? Ne sous-estimons pas le préjugé antintellectualiste qui règne dans les partis politiques, surtout à droite, qui reflète peut-être l’inculture croissante des gens en place.  Il se peut aussi que la sphère politique actuelle vive sans s’en rendre compte dans un univers idéologique, au sens où  le communisme était idéologique,  avec ses phénomènes de dépérissement de la pensée : langue de bois, idées toutes faites etc. Ce n’est plus le communisme, c’est quelque  chose de moins dangereux sans doute mais de plus sournois à base de prêt  penser aussi : le libéralisme, la mondialisation etc . Peut-être faut-il que nous aussi attendions la perestroïka ?

 

 

ResPublica nova : Pour vous, qu’est-ce qui doit faire la spécificité de l’engagement politique de la jeunesse ? Qu’attend-on d’elle, que doit-on attendre d’elle ?

 

La politique est devenue un métier où on entre à 25 ans dans l’espoir d’être coopté un jour par ceux qui sont en place ce qui finira bien par arriver si on ne leur fait pas ombrage et  si on accepte de porter quelque temps leurs serviettes. Au bout de quelques années,  on sait tout des ficelles de la politique politicienne  mais peu de choses de la vie, de la société ou  de l’Etat qu’on aura à diriger et on n’a pas forcément enrichi  sa culture… Il n’est pas mauvais pourtant que certains jeunes tentent de s’écarter de cette voie pour approfondir leur réflexion et appréhender la vie d’ailleurs que des états-majors politiques mais je ne leur garantis pas le succès, du moins à court terme

 

ResPublica nova : Si vous deviez citer un événement politique révélateur de la puissance de la parole publique ?

 

Il y a évidemment l’appel du 18 juin 1940. Toute l’œuvre du général de Gaulle a reposé sur la puissance du verbe. Ce qui est paradoxal puisque il venait d’un corps, le corps militaire où très souvent on oppose l’action à la parole, le laconisme efficace de Sparte au bavardage supposé stérile d’ Athènes.

Il y a la parole, il y a aussi le geste.  Willy Brandt à Varsovie,  Eltsine sur son char etc.

 

 

ResPublica nova : Et maintenant, que voudriez-vous dire aux candidats du Prix Jeune Cicéron 2009 ?

 

Je ne voudrais pas leur en dire trop. Qu’ils s’attachent à sortir des idées reçues sans tomber dans d’autres lieux communs. Qu’ils n’oublient pas que leur discours doit être compréhensible par des gens de toutes conditions et niveaux de culture. « De la simplicité avant toute chose » disait Boileau. Son Art poétique demeure un texte majeur sur l’art du discours, pas seulement la poésie. Et n’oublions pas Pascal : « la véritable éloquence se moque de l’éloquence ».

 

 

 

 

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Published by france
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