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Roland HUREAUX

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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 09:08

 

Nicolas Sarkozy, président bling bling, donne à de plus en plus de Français l’impression de n’être pas un président sérieux : réformes brouillonnes,   retirées à la moindre pression, annonces non suivies d’effets, foucades malencontreuses, personnalisation du pouvoir jusqu’à la caricature, osmose sans précédent du pouvoir politique et du show business, manœuvres diplomatiques douteuses. Comment les Français qui étaient il y a à peine quarante ans gouvernés par un homme comme Charles  de Gaulle n’en seraient-ils pas profondément déstabilisés ?

Mais le président connaît les lois fondamentales de la politique. Il est des forces  avec lesquelles il ne faut pas plaisanter : celles qui vous ont aidé  à accéder au  pouvoir, auxquelles des gages ont été en son temps donnés et qui ne s’attendent pas à être payées en roupies de sansonnet.

Sur le plan intérieur,  il y avait les invités du Fouquet’s : quelques grandes fortunes, notamment celles qui tiennent les grands médias, quelques copains du show business qu’il ne faut pas décevoir  - surtout s’ ils ont une « conscience de gauche » comme Carla Bruni ou Jacques Seguela.  Tout de suite, on a voté le bouclier fiscal, l’aménagement de l’ISF et l’allègement du droit de succession (mesure antilibérale par excellence puisque le vrai libéralisme est fondé sur l’égalité des chances et le succès individuel). Les vieux politiciens disent que les électeurs ne se souviennent que de ce qui a été fait en début et en fin de mandat. Ces cadeaux aux riches ont fait mauvais effet. Ségolène Royal y voit   le  péché originel du règne. Qu’importe ! Le nouveau président  avait un contrat  remplir. Il devait le faire  vite. Les mêmes liens le dissuadent aujourd’hui  de  prendre un vrai contrôle des banques, pourtant nécessaire s’il  veut agir sérieusement contre la crise, comme Gordon Brown a su , lui, le faire

Sur le plan international, les parrains de la candidature de Sarkozy s’attendaient à ce qu’il « normalise » la France, qu’elle soit  castrée  une bonne fois pour toutes,  pour ne plus jouer les  emmerderesses de service comme c’était le cas presque tout le temps sous le général de Gaulle et le fut encore sous Chirac et Villepin avec la guerre d’Irak. Il fallait que les froggies comprennent une bonne fois qu’il ne leur faut  plus faire les malins. Là aussi le président avait un contrat à remplir : Sarko l’américain , dont la carrière était sans doute suivie depuis longtemps par les officines transatlantiques qui « traitent » la politique européenne, a tout de suite multiplié les actes d’allégeance à l’Amérique de Bush , rompu ostensiblement au bénéfice d’Israël avec trois décennies d’équilibre diplomatique au Proche Orient, insulté les Québécois, transféré des soldats d’un pré carré africain tenu pour définitivement ringard vers un Afghanistan où il faut absolument être  puisque les autres y sont.

Ceux qui ont détesté l’œuvre du général de Gaulle ( il ne nous semble pas que Sarkozy en fasse partie,  mais ses soutiens oui) espéraient qu’il ferait la VIe République. Si la réforme de juillet 2008  a largement dénaturé la constitution  de 1958, on est encore resté à mi chemin.

Par contre, en réintégrant pleinement  les structures de l’OTAN le 4 avril prochain,  à l’occasion du soixantième  anniversaire du Pacte atlantique, Sarkozy   donne vraiment le coup de grâce à  l’œuvre diplomatique du général de Gaulle. Ceux qui, outre Atlantique, n’étaient pas loin de considérer lors de la guerre d’Irak la France comme un « Etat voyou », ont tout lieu d’être satisfaits :  elle est rentrée dans le rang.

 

Les flonflons et les  ronchons

 

Nul doute qu’on tuera le veau gras à Strasbourg pour le fils  prodigue, que ce retour plein dans les structures intégrées se fera au milieu de festivités, festivités  qui marqueront la joie insolente de  ceux qui voulaient la mort de la différence française, mais qui auront aussi  une visée pédagogique à l’égard du peuple français. Même si celui-ci demeure, dans ses profondeurs réticent à cette réintégration ( c’est pour cela qu’il n’y aura pas de référendum sur ce sujet), on ne s’attend encore qu’à quelques manifestations symboliques de ronchons qui ne pèseront pas lourd à côté des  flonflons.

Et l’Europe ? Certes le président était  allé à Bruxelles promettre peu avant son élection qu’il sortirait de l’ornière l’Europe enlisée depuis le refus de la constitution européenne par le peuple français le 29 mai 2005. Il a essayé avec le traité de Lisbonne. Mais le vrai pouvoir n’est pas à Bruxelles, il est à Washington. Même s’il ne rompt pas avec les fondamentaux de la construction européenne et notamment les contraintes étouffantes imposées par l’Allemagne à l’économie française, le président Sarkozy a pu jouer « perso », s’agiter, tirer la couverture à lui, sembler  même flirter un moment avec la Russie de Poutine, sans qu’on lui en veuille trop. Politique d’abord : l’essentiel, c’est l’OTA N.  Son contrat rempli, Sarkozy aura bien mérité de ses parrains.

Avait-il le choix d’ailleurs ? Certes on n’assassine plus les présidents qui ne respectent pas les contrats comme cela arriva, semble-t-il, à John Kennedy. Mais la mort politique ne passe pas que par la mort physique.  Tel qui trahit voit soudain quelque mauvaise affaire éclater et cela suffit.  

Il est donc des sujets sur lesquels Sarkozy est sérieux. Tout le  reste est littérature. La réforme de l’Etat, celle de la justice, le service minimum,   la réforme des lycées, de l’université. Tout cela ne sert qu’à occuper la galerie,   et plus qu’il  ne voudrait parfois.

Seuls quelques blogueurs grincheux du genre vielle  gauche croient encore  sérieusement que le président a un plan cohérent  pour instaurer un Etat sécuritaire ou introduire en France le libéralisme à l’anglo-saxonne. Si encore… Seuls quelques  électeurs UMP aveuglés,  trop vieux pour  s’avouer qu’ils ont été trompés, se figurent encore qu’on réforme la France. On ne fait que de la com’ car l’essentiel est ailleurs. D’annonces sans lendemain, d’avancées en reculs, de réformes contre-productives en remue-ménage inutile,   qu’ils sachent qu’  il ne se  fait rien,  en tous les cas pas grand-chose, car en définitive ce n’est pas cela qui a de  l’importance.
                                           Roland HUREAUX

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