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Roland HUREAUX

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:30

 

Les innombrables commentateurs de la victoire d’Obama ont, sans crainte de saturer auditeurs et lecteurs, ressassé  l’antienne que celle-ci était  la grande revanche des Afro-Américains si longtemps humiliés. Les uns ajoutaient  qu’il y avait là le témoignage de la vitalité et de la capacité de renouvellement de la grande démocratie américaine, ce qui est sans doute  vrai ; d’autres en profitaient pour faire  la leçon à la France supposée engoncée dans ses préjugés racistes. Leçon d’autant plus insupportable qu’elle se fonde sur l’ignorance des vrais ressorts qui ont permis la victoire de Barack Obama.

Le plus étonnant est que cette insistance sur la couleur de la peau du nouveau président intervient à une époque où toute référence raciale, voire seulement ethnique ou culturelle, est tenue pour politiquement incorrecte.    

Pourquoi ne pas dire que Barack Obama est un américain comme les autres –  ce qu’il revendique d’ailleurs – et  reconnaître que dans l’état de discrédit où la présidence Bush a plongé le camp républicain, à peu près n’importe quel démocrate aurait été élu ?

Mais puisque tant de commentateurs ne se gênent pas pour évoquer les racines du nouveau président, n’hésitons pas, tout en mesurant les limites de ces considérations ethniques, à  regarder de plus près  le  cas Obama.

Un cas assurément singulier. Etrange afro-américain en effet que ce président métis qui ne compte pas un seul esclave parmi ses ancêtres. Sa mère blanche descend, paraît-il, de  Jefferson Davis président de la   Confédération sudiste – et donc des partisans de l’esclavage dans  la guerre de sécession. Son père Barack Obama Sr – qui n’a jamais vécu aux Etats-Unis : c’est donc à tort que l’on fait du nouveau président un fils d’immigré – ne fut pas seulement un homme politique kényan en vue mais il appartient à l’ethnie Luo. Cela ne dira rien à ceux qui ignorent les réalités de   l’Afrique de l’Est. Mais les Luo et les Masaï du Kenya, comme les Tutsi du Rwanda, les Hayas de Tanzanie – on pourrait ajouter  les Amhara d’Ethiopie - figurent parmi les tribus  les plus  aristocratiques de l’Afrique subsaharienne, celles que l’on désignait autrefois sous le nom de « nilo-hamitiques » par opposition aux « bantous » qui peuplent le reste de l’Afrique. Composées d’éleveurs et de guerriers, elles ont toujours méprisé l’agriculture et les peuples qui s’y adonnaient, Européens compris. Elles sont aussi connues pour leurs dons politiques extraordinaires qui suscitent la méfiance des autres tribus : le génocide du Rwanda n’a pas d’autre cause ; le New York Times  a rappelé  qu’Obama, parce que Luo, n’aurait pas pu être élu au Kenya (1). Pour l’anecdote, on rappellera que c’est dans ces  groupes ethniques  aguerris que se recrutent les champions olympiques du 10 000 m et du marathon, alors que les Afro-Américains authentiques, des Etats-Unis ou des Caraïbes, préfèrent le sprint.  On objectera qu’Obama n’a guère connu son père, mais on sait depuis Jacques Lacan que le père imaginaire – ou imaginé -  importe souvent plus que le père réel !   

 

Plus qu’un noir, un  patricien

 

Ajoutons que Barack Obama a un parcours universitaire plus prestigieux qu’aucun de ses prédécesseurs.  On comprend mieux que,  plus que la couleur de sa peau, donnée en définitive bien relative, frappe   l’aisance patricienne du nouveau président qui  n’a, à cet égard, rien à envier à un  Roosevelt ou un  Kennedy, pourtant bien plus fortunés. C’est sans ironie qu’ Hilary Clinton, sa rivale malheureuse à l’investiture démocrate, accusa Obama  d’ « élitisme » ! Ce n’est en définitive que par sa femme qu’Obama se rattache à la communauté afro-américaine. Les réticences d’un Jesse Jackson – et d’autres - en début de campagne s’expliquent par ce background.

Ces réticences furent assez vite surmontées : les noirs américains ont très vite compris l’intérêt qu’ils trouveraient  à la promotion d’un homme de couleur, même atypique. La base démocrate a joué le jeu, au point que la carte du vote Obama  recouvre largement   celle des fiefs   traditionnels du parti démocrate, notamment le Nord-Est des blue collars blancs. Les   Républicains n’avaient nullement intérêt à souligner qu’Obama était un noir  atypique.

Ceci dit, l’élection d’Obama, ressemble fort à celles de  beaucoup de présidents   démocrates : Roosevelt, Carter, Clinton. Elle témoigne d’abord du rejet violent d’une présidence républicaine   trop usée ou dépassée par la crise,  à quoi s’ajoute le  parcours sans faute  d’un candidat exceptionnellement intelligent. Comme dans le cas de Clinton et de Carter, eux aussi candidats exemplaires, on cherche en vain un programme précis dans les annonces d’Obama en cours de campagne.

Les difficultés qu’il aura à gérer sont  énormes : des engagements militaires aventurés, un déficit budgétaire et  extérieur record, une récession sévère qui s’amorce. Dans une situation analogue, Roosevelt, avec son immense charisme avait su rendre l’espoir aux Américains, sans vraiment résoudre les problèmes au fond. Carter,  après une campagne remarquable  avait, faute de ce charisme, lamentablement échoué. Clinton avait navigué à vue, ne rompant pas franchement avec les orientations conservatrices de ses prédécesseurs républicains.

On ne peut que souhaiter le succès à Barack Obama, non seulement parce qu’il semble malgré tout un homme sympathique mais aussi parce que le monde n’a aucun intérêt, quoi qu’on dise,  à un échec des Etats-Unis.

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

1. Il est vrai que l’actuel président du Kenya Mwai Kibaki, usé, s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga, homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Kibaki n’a été réélu qu’au moyen de fraudes massives qui sont aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

 

 

 

 

 

 

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