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Roland HUREAUX

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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 16:38

 

 

Nul doute  que la pape Benoît XVI  soit le chef d’Etat le plus cultivé: ce n’est pas  très difficile. Mais il est sans doute aussi un des hommes les plus instruits de la planète, non seulement dans les sciences théologiques mais encore la philosophie, les arts et même  les sciences. Cet homme qui dialogue  avec Habermas, joue Mozart et aime la latin ne manque en tous cas pas de ressources. Il est vrai qu’élu à près de quatre-vingt ans, il avait eu le temps d’en apprendre des choses !

L’épisode le plus original de son   voyage en France fut  une conférence au tout nouveau centre culturel des Bernardins,  initiative de Jean-Marie Lustiger destinée à rapprocher la  foi et la culture. Y ont accouru , non seulement  l’Institut de France, dont il est membre associé,  , mais aussi la fine fleur de la culture, de l’édition, des arts et des lettres. Les intellectuels catholiques de la nouvelle génération, comme Rémi Brague ou Jean-Luc Marion mais aussi Regis Debray, Frederic Mitterrand et bien d’autres. De cette conférence, beaucoup, telle Julia Kristeva sont sortis enthousiastes. Insistant sur la nécessité d’interpréter les textes, inscrite au cœur de la   tradition juive aussi bien juive que  chrétienne, le pape a longuement montré  comment il y a là  la source d’une science du langage fondatrice de la culture européenne et l’antidote à tous les fondamentalismes.

 

Une religion d’intellectuels ?

 

Ce succès intellectuel de l’Eglise catholique forme un contraste cruel  avec la chute de son influence mise en relief par tous les sondages. Si 75 % de Français se déclarent encore catholiques, 50 % seulement croient  en Dieu,  25 %à une vie dans  l’au-delà et à peine plus de 5 % pratiquent.

Le critère le plus significatif de la crise est le  nombre d’ordination de nouveaux prêtres. Un parcours qui se résume  un brutal décrochage en 1975 d’environ 800   à 100 par an. A partir de là un palier qui dure encore aujourd’hui. Un flux d’entrée qui correspond à celui des énarques ! Encore de quoi avoir quelque influence d’autant que les nouveaux prêtres, eux, sont cultivés.  Les spécialistes du calcul intégral montreront toutefois  comment ce décrochage très situé dans le temps  entraîne pendant quarante ans le sentiment  déprimant d’une diminution continue des effectifs du clergé.  Un nouveau décrochage est-il intervenu vers 2005 ? Cela reste à confirmer.

Les autres critères d’influence sont à l’avenant : diminution du nombre d’ enfants baptisés puis catéchisés, des mariages religieux. Seul indicateur au vert positif : le nombre des  baptêmes d’adultes, dont l’augmentation ne compense  cependant pas celle des enfants.

Cette crise touche l’Eglise catholique dans toute l’Europe.  Elle y touche  aussi les Eglises protestantes établies. Le reste du monde, Etats-Unis et Russie compris, vit, par rapport au fait religieux, à  un autre rythme.

Il semble don qu’il ne serve à rien à l’Eglise catholique d’avoir un pape instruit et subtil.   Les seules religions qui progressent semblent  celles qui véhiculent un message simple, voire simpliste . Pour les islamistes,  le Koran et rien que le Koran. Pour les  évangélistes américains , la Bible et rien que la Bible   y compris quand elle contredit la théorie de l’évolution ( acceptée par le papes) , y compris quand elle permet d’assimiler  la lutte des Etats-Unis et d’Israël  contre  le reste du  monde à la bataille finale du bien et du mal , la fameuse bataille  d’Armageddon  décrite dans l’Apocalypse.

L’Eglise catholique  va-t-elle, au moins en Europe,  mourir  de sa subtilité ? Sans doute celle-ci n’est-elle pas nouvelle. Ses dogmes fondamentaux : la trinité, la double nature du Christ  ne sont pas choses simples. Pas davantage  la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, fondement historique d’une laïcité dans laquelle Nicolas Sarkozy se prend les pieds avec ses gros sabots, Sans doute le catholicisme a-t-il d’autres ressources : à côté de  ceux qui raffinent  les concepts, il y a aussi ceux qui brûlent les cierges à Lourdes ;  quelquefois ce sont les mêmes !  Masi tout se passe comme si, confrontée au choc de la  modernité, les religions ne résistaient que dans ce qu’elles ont de brutal et de simpliste. Il  semble  , en ce début du IIIe millénaire, plus facile à l’Eglise catholique de susciter  le respect des intellectuels que de reconquérir des masses !

 

 

                                                           Roland HUREAUX

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commentaires

Krysztof von Murphy 27/09/2008 19:05

Souvent qui cherche une religion cherche une réponse définitive, des certitudes. Et quand la science, la philosophie ne suffisent pas, une bonne religion pas trop compliquée est la bienvenue. Trop compliquée, se pourrait-elle qu’une religion ne puisse séduire que la frange la plus intellectuelle et éduquée ? Si en plus elle est trop tolérante, l’évolution naturelle se fait-elle vers théisme, agnosticisme, j’m’en-foutisme ? Les religions sont-elles condamnées à rester plus ou moins intolérantes ou à disparaître ? Le protestantisme américain et le fondamentalisme musulman ne sont pas confrontés à des mouvements anticléricaux, laïcs ou athées particulièrement violents dans leurs contrées...