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Roland HUREAUX

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 20:14

dans ses relations avec les pays d'Europe centrale et orientale

 

Dès l’entrée des troupes russes en Géorgie, les Etats-Unis, après avoir émis de vigoureuses protestations, ce qui ne coûte rien, ont fait savoir qu’ils excluaient une riposte proprement militaire  dans le Caucase. Vu de Moscou, c’est là le plus important.

Les « sanctions » qu’envisage de prendre l’Europe occidentale,  si dépendante de la Russie pour ses approvisionnements énergétiques, ne sauraient, en  tout état de cause, avoir qu’un caractère symbolique. 

De telles  positions peuvent choquer. Elles ne devraient pas nous surprendre.

Parmi les motifs  qui poussèrent  en son temps le général de Gaulle à construire une force de dissuasion indépendante, se trouvait sa conviction, maintes fois exprimée, qu’à partir du moment où l’URSS s’était dotée d’une force nucléaire, jamais les Etats-Unis ne  risqueraient un affrontement direct  avec une autre puissance nucléaire pour assurer la protection de l’Europe occidentale. C’est dans cette logique que Washington inventait   de  la protection de la France et de l’Allemagne, pas de la Lituanie et de la Géorgie ! dès 1956, la théorie prudente de la « riposte graduée ». Et il était alors question

 

L’imprudence des Etats-Unis

 

Ce qui surprend en revanche est que les Etats-Unis et certains de leurs alliés aient, depuis plusieurs années laissé croire si inconsidérément aux petits pays d’Europe de l’Est, les  anciennes démocraties  populaires aussi bien que les  ex-républiques soviétiques,  qu’ils leur apportaient une garantie si  sérieuse de sécurité  qu’ils pouvaient se risquer à provoquer allègrement  leur  grand voisin russe.

 Non seulement les Etats-Unis, malgré les réticences de la France et de l’Allemagne, ont poussé à   l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN, mais ils ont  apporté  une assistance militaire importante à la Géorgie,  contribuant même à ce qu’il semble, au travers de la fourniture d’un armement ultramoderne et de quelques centaines d’instructeurs,  à préparer l’imprudent   coup de force du président Saakatchvili contre  l’Ossétie du Sud. Comment ce dernier n’aurait-il pas été convaincu, au vu d’un  appui technique aussi sensationnel, que les Américains enverraient des troupes pour le soutenir ?  Avec autant de légèreté, l’Ukraine  menace d’  exclure les Russes de la base navale de Sébastopol.

Accepter sur leur sol  des éléments du bouclier antimissile américain, dont on aura du mal à faire comprendre aux Russes qu’il n’est pas dirigé contre eux,  est tout aussi aventuré  de la part de la Pologne et de la Bohême, alors même que l’OTAN ne comporte aucune obligation de solidarité militaire en cas d’agression.

Tout à leur rêve américain, ces pays ont dans la période récente réécrit l’histoire des années trente de manière fantasmagorique. A les en croire les Etats-Unis auraient volé à leur secours en 1939, en 1956, en 1968 ou en 1981 !  Forts de cette protection supposée, ils croient pouvoir  narguer non seulement la Russie mais l’Union européenne (à qui on ne s’est jamais soucié de demander son aval  pour recevoir le bouclier antimissile). Certes   pour défendre la Tchécoslovaquie et n’eurent  pas non plus la   stratégie la plus avisée pour protéger la Pologne (1).  Mais enfin,  la  France a risqué son existence en faisant  jouer la solidarité avec celle-ci. Les  Etats-Unis, eux, faut-il encore le rappeler ?  ne bougèrent que deux ans plus tard, à la suite de l’attaque  de Pearl Harbour, pour ensuite les lâcher à  Yalta.    Quelle que soit la détermination du président Reagan ( beaucoup plus prudent  que Bush, père et fils, dans ses engagements militaires), c’est d’abord à leurs  propres efforts que les Polonais, les Tchèques  - et  les Russes eux-mêmes (2) - doivent d’avoir secoué le joug du communisme. la France et la Grande-Bretagne ne s’illustrèrent pas en 1938

 

Qui parle de Munich ?

 

Tous ceux qui aujourd’hui  évoquent  Munich à tort et à travers, devraient en outre se souvenir qu’une des grandes leçons des années trente est qu’on ne bafoue  pas ou ne laisse pas bafouer impunément le droit international. Même si les conséquences funestes d’une rupture de l’ordre juridique n’apparaissent pas immédiatement,  toute entorse ouvre  la boite de Pandore. Or qui ne se souvent de l’euphorie  avec laquelle Américains  et Européens l’ont piétiné , au nom des droits de l’homme,  en agressant la Serbie en 1999 puis, plus récemment en reconnaissant l’ indépendance du Kosovo. Le consensus des grandes démocraties, disait-on avec une inconcevable légèreté, vaut toutes les résolutions du Conseil de sécurité ! Il est douteux que le reste du monde l’ait vu de cette façon. Moscou en tous cas n’a pas oublié. Les avertissements pourtant clairs par lesquels le  que la reconnaissance du Kosovo constituait  un  affront grave à son égard (3), ont été négligés. En Géorgie, où elle  viole à son tour le droit international (mais ni plus ni moins que nous au Kosovo),  elle nous rend la monnaie de notre pièce. La pente est assurément dangereuse. Russie a signifié

La nouvelle politique du « cordon sanitaire » signifiée par un l’élargissement indéfini de l’OTAN vers l’Est était doublement absurde.  Elle négligeait le fait pourtant capital que depuis 1990 la Russie ne cherchait  plus à exporter aucune idéologie. Elle promettait aux pays concernés un appui qu’en réalité, dès le départ, aucun Occidental n’était prêt à apporter.

 

La nécessaire modération

 

Doit-on aujourd’hui se contenter de contempler  le désastre ?

Il est des imprudences qui ne se rattrapent guère : on peut craindre que celles qui ont été commises dans les Balkans en fassent  partie.

Mais les « Occidentaux » (on se demande à quoi correspond encore cette expression depuis la chute du communisme ! ) doivent aujourd’hui clairement admettre que la paix en Europe ne proviendra pas de l’écrasement d’un camp , si camp il y a,  par un autre, par une réduction de la Russie à l’état de pays  de seconde zone, ce que l’immense  espace dont elle dispose interdit de toutes les façons , à moins d’y  rappeler les Tartares.

La paix en Europe ne proviendra que d’un compromis fondé sur  la modération,  la reconnaissance  du partenaire et un minimum d’égards pour  ses préoccupations. 

Peut-être même  faudrait-il passer de nouveaux accords d’Helsinki.  Sur quelles bases ?  Sans doute    l’intangibilité des frontières, ce qui supposerait qu’on ne reconnaisse, si c’est encore possible, contrôler. ni le Kossovo, ni l’Abkhazie (ni demain la Flandre !). Il faut aussi s’interroger sur l’avenir de l’OTAN qui  de fait  protège si peu et, ressentie comme une menace par  les Russes,  n’est plus pour ses membres européens  qu’un  moyen de les  La Russie n’a sans doute pas le droit d’attenter  à  la  souveraineté de ses voisins, anciennes républiques soviétiques comprises. Mais pas plus que la France ne supporterait que quelque puissance lointaine  vienne exciter la Belgique  ou le Luxembourg contre elle,  on peut comprendre qu’elle exige d’eux en échange  une certaine neutralité. Qu’elle  ne  souhaite pas que la Géorgie,  pays natal de Joseph  Staline ou l’Ukraine, berceau historique de la Russie, lui deviennent antagonistes, est après tout compréhensible. A des degrés divers, que cela leur plaise ou non, la  sécurité des pays de l’Europe centrale et orientale -  et celle de l’Europe en général -  passe par une forme ou une autre de  modération vis-à-vis du  grand voisin de l’Est. 

 

 

                                                              Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

1. Mais au moins n’avaient-ils pas encouragé ces pays à provoquer l’Allemagne !

2. Et les Afghans !

3. La Russie pouvait estimer être   impliquée dans les Balkans à un double titre :  comme protecteur traditionnel des Chrétiens orthodoxes et comme membre permanent du Conseil de sécurité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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