Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Roland HUREAUX

MrHureaux

Recherche

Articles Récents

Liens

24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 12:22

 

Le 30 janvier 1875, l’amendement Wallon  adopté à une voix de majorité avait fait sortir la République de l’ambiguïté.

Le 21 juillet 2008, à une voix de majorité, Nicolas Sarkozy a fait  entrer la France   dans l’ambiguïté.

Le député Henri Wallon, catholique et  conservateur, n’avait certes pas de sympathie particulière pour le régime républicain,  mais il appartenait à cette génération  de  bourgeois, formés aux humanités classiques,  qui ne se payaient  pas de mots et ignoraient    la « novlangue ». Il lui fallait appeler un chat un chat.  Puisque la France n’était ni en monarchie, ni en régime impérial, c‘est qu’elle était en république : voilà l’évidence qu’il fit reconnaître à une Assemblée  réactionnaire qui n’en avait pas trop envie.

La réforme constitutionnelle de grande ampleur qu’a si laborieusement  et en ne ménageant aucun moyen pour convaincre les récalcitrants ( audiences, menaces, promesses, sondages bidon),  fait adopter Nicolas Sarkozy en ce lundi de juillet où la France court après Bison futé,  laisse un grand malaise.

La gauche  qui escomptait une victoire politique et les gaullistes  comme Nicolas Dupont-Aignan qui, voyaient   dans cette réforme,  un coup décisif  porté   l’héritage du général de Gaulle,  sont amers d’être  passés si près du succès. Le président, lui,  aura senti le vent du boulet et vu les limites de ses manœuvres.

Au parti socialiste tous ceux qui rêvaient d’une VIe république peuvent se dire qu’ils s’en rapprochent même si la discipline  de parti leur  dictait de voter non. A l’UMP,  la centaine de députés  qui voyait clairement les dangers de la réforme mais ne voulait pas courir le risque de se mettre à dos le président,  aurait sans doute préféré qu’elle ne passât pas.

Les rancoeurs vont rester : du parti socialiste  à l’égard de Jack Lang et Jean-Michel Baylet – qui n’a rien d’autre désormais à faire que de basculer  à droite - , des sarkozystes  à l’égard de ceux qui ont voté non , et parmi ceux-ci,  de ceux qui n’ont pas calé à l’égard de ceux qui se sont laissé circonvenir. 

L’ambiguïté est aussi du côté des nouvelles instituions. La Ve République était une belle mécanique, comparable à ces  montres suisses qu’affectionne, paraît-il,  le président. Elle est désormais  une montre molle à la Salvador Dali.

Le président, tout  en se voyant conférer  le pouvoir de s’adresser  au  Parlement à l’instar du grand frère Bush, ce qui semble le renforcer,   a organisé la confusion de pouvoirs. S’il y garde sa position  d’arbitre – à condition d’avoir une majorité  -    il perd, en affaiblissant le gouvernement,  une partie de ses moyens  d’action. Lui qui se plaignait que la France ne veuille pas bouger assez vite, n’a à présent pas fini de ramer.

L’Assemblée se voit doter de nouveaux pouvoirs, mais qu’en fera-t-elle, elle qui utilise si peu ceux qu’elle avait déjà ?

Ce n’est plus tout à fait la Ve République, ce n’est pas vraiment  le retour à la IVe. On s’est rapproché de la Constitution américaine mais sans aller jusqu’au bout de la démarche, ce qui eut supposé de supprimer le premier ministre. Coïtus interruptus.

D’une façon générale, tout va devenir plus compliqué : le vote des lois, les nominations, les procédures judicaires. Moderniser, c’est ça.

Après ce vote, la  France a la gueule de bois.

Il est probable qu’ elle entre dans une période de   grand malaise,  celui  de la horde primitive désemparée, que décrit  Freud (1), où les frères viennent de tuer le Père ( le général ! bien sûr ),  pire,  ne l’ont  fait qu’à moitié.    

Il est  probable aussi que Nicolas Sarkozy a perdu  dans l’affaire ses dernières chances de réélection. Le quinquennat ne lui  en laissait déjà pas beaucoup,  interdisant au président de se refaire une virginité par la cohabitation. Non seulement  la réforme votée grille définitivement le premier ministre, nécessaire paratonnerre par temps d’orage, mais encore   le président  qui voulait tant bouger la France  sans rien respecter,  même pas la Constitution , s’est  ce faisant coupé les mains, comme  un gosse qui  vient de casser son jouet.  

 

                                                                         Roland HUREAUX

 

1. Sigmund Freud, Totem et tabou, Payot.  

Partager cet article

Repost 0
Published by france
commenter cet article

commentaires