Roland Hureaux

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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 16:25

Rarement notre pays a connu une échéance électorale aussi décisive que celle du  6 mai prochain.

Décisive par l’ampleur de la crise qui frappe la France, par l’étendue des sujets de mécontentement, par la gravité du fossé qui sépare les groupes sociaux et  les tenants des différentes  idéologies, principalement   ceux pour qui la France a encore un sens et ceux qui  répondent par des anathèmes  haineux  à  toute  évocation de son  identité.

Les  socialistes promeuvent une  France promise au métissage culturel sur fond de repentance et de dénigrement du passé national. Ils nous promettent, contrairement aux illusions de certains,  un assujettissement aggravé à Bruxelles et à l’OTAN. 

Est-il nécessaire de rappeler que, pris  un a un, les sujets de mécontentement des Français sont ,pour la plupart,  la conséquence directe  de politiques dont  la gauche est à l’origine :  dégradation de l’éducation nationale,  chômage de masse et   régression du pouvoir d’achat , effet du franc fort , cher à Bérégovoy  et des 35 heures,  laxisme migratoire,  lourdeur des impôts,   désastreuse réforme de la politique agricole commune ( 1992),  assistanat désordonné, dégradation du service public  etc.   La faute de la droite est surtout de ne pas avoir su remettre en cause ces politiques, voire de les avoir , faute d’idées,  poursuivies : la loi Raffarin de décentralisation  poursuit la loi Defferre, la loi Marleix sur les collectivités locales prolonge la loi Joxe. Au point que la droite en porte aujourd’hui la responsabilité devant l’opinion. Ainsi le contrôle chiffré généralisé par laquelle Sarkozy s’est gravement aliéné les fonctionnaires est l’effet directe de la  loi du 1er août 2000 ( dite LOLF pour les initiés) votée sous Jospin.

Ceux qui pensent qu’ à cette France gravement menacée d’un délitement fatal, l’application du  programme de Hollande porterait  le coup de grâce  n’ont pas tort .   

Tout ce qui fait encore la force de notre pays : politique familiale, armée moderne, programme nucléaire civil, siège permanent au conseil de sécurité est remis en cause. Ce qui reste de nos repères fondamentaux est promis à l’arasement : le mariage (qui serait ouvert aux homosexuels), la mort (euthanasie), le bien et le mal (légalisation du cannabis) la citoyenneté (droit de vote aux étrangers), la constitution (perspective inquiétante d’une VIe République). L’Etat  républicain lui-même  est  voué  à la dilution dans une « Europe socialiste des régions ».

L’immigration et la pression fiscale qui pèse particulièrement sur les classes moyennes,   seraient aggravées.

Mais  il est  des secteurs de la droite qui ne redoutent pas cette perspective. La victoire de Hollande se traduirait, croient-ils, par une « recomposition ». L’échec prévisible des socialistes entraînerait une réaction de rejet qui favoriserait l’accession de Marine Le Pen au pouvoir dans cinq ans.  Et alors, sur les décombres,  tout pourrait être rebâti.

De telles espérances sont  très blâmables.

D’abord parce que les prévisions à cinq ans, en politique plus qu’ailleurs, sont hautement conjecturales. Ensuite parce qu’en bon français, cette perspective s’appelle la politique du pire.

Pour un   vrai patriote, la politique du pire est  inacceptable.

Elle serait une  grave faute  contre la France.  

Le point de rupture est atteint. Plus qu’en 1981,  plus qu’en 2007, l’avènement des socialistes, plus égarés  par l’idéologie, plus éloignés des vraies préoccupations du peuple que jamais,  représente une menace pour  la survie de la France  en tant que nation.

Face à cette menace et, quelles que soit les erreurs, bien réelles, de la droite, l’abstention n’est pas permise.

 Ceux dont le souci de la France a,  d’une manière ou d’une autre, inspiré le vote du premier tour, doivent faire tout ce qui est en  leur  pouvoir pour que   le  candidat du parti socialiste soit battu.  

 

Roland HUREAUX

Par Roland HUREAUX
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 16:17

A en croire beaucoup de commentateurs, le second tour de l’élection  présidentielle serait, au vu des résultats du premier,  déjà gagné  pour François Hollande .

Cela ne va pourtant pas de soi  et l’espoir qui semble persister  dans le camp du président sortant n’est peut-être pas  sans  fondement.

Paradoxe : une analyse serrée des chiffres montre que la droite est en léger progrès  : de   45,29  % en 2007 avec   Sarkozy, Le Pen (père)  Villiers et Nihous ( Chasse pêche) à  47,12 %  en 2012  avec  Sarkozy,   Le Pen (fille), Dupont-Aignan et même  Cheminade ( qui, comme Nihous  capte aussi  des voix de gauche) .

La gauche  est, il est vrai, elle aussi,  et  bien davantage  en progrès de 36, 44 %  à  43, 75 %.

La  montée de l’une et de l’autre  s’expliquent  entièrement par la baisse de François Bayrou qui chute de 18,57 %   à 9,13 %.  

La montée du Front national  de 10,44 % à 17,90  %  est apparue comme un des principaux traits de ce scrutin et, pour une part, pur un désaveu du président sortant.

Il faut en revanche relativiser   la montée de l ‘extrême gauche ( à laquelle, à tort ou à raison, on peut assimiler les Verts) : en 2007,  11,38 %  (Besancenot, Voynet, Buffet, Bové, Schivardi),  en 2012, 15,12 %  (Mélenchon, Joly, Putois, Arthaud). Ce vote est surtout plus concentré autour de Mélenchon. 

Compte tenu de ces données,  l’électorat, dans son ensemble,  s’est plutôt droitisé.

Les deux transferts majeurs, qui résument presque tout le scrutin,  sont  celui  de  l’UMP vers le Front national et celui du MODEM vers le PS.   Aucun de ces transferts  ne permet de préjuger du second tour. Le  premier s’explique  par la crise et  par  la déception causée par le président sortant à  ceux que   son  discours  musclé de  2007 avait séduits, le second   par la situation particulière de 2007 :    la faiblesse relative de la candidate Ségolène Royal, très atypique dans une gauche où les valeurs machistes n’avaient pas complétement disparu,  avait attiré vers Bayrou une partie du centre-gauche: avec Hollande,  candidat « normal »,  les électeurs socialistes sont revenus au bercail.  

Les électeurs de l’UMP qui ont voté pour le FN,   après avoir donné à Sarkozy l’avertissement qu’ils pensaient devoir lui donner, reviendront probablement, pour une bonne part,  à leur point de départ.   L’électorat que Bayrou a perdu, c’est son   électorat socialiste de 2007 ; il a  gardé en revanche l’électorat centriste traditionnel qui, dans sa grande majorité, penche à droite : s’il existait en 2007, et encore un peu en 2011  un vote  Bayrou  « bobo », au fond des provinces, tout le monde sait que les centristes sont des « culs-blancs »   et non pas des « culs-rouges ». Il est donc probable que les reports du FN et du MODEM vers Sarkozy seront meilleurs que ce qu’ils furent en 2007 .  Tout le monde admet que les reports de l’extrême gauche vers Hollande seront bons, mais  pas complets pour autant. 

En 2007, la participation au premier tour avait été de 83, 7 %. Elle n’a été que de 79,5  % en 2012. Il reste une marge de presque 4  % des électeurs  dont personne ne sait ce qu’elle fera . On peut  supposer cependant que la perspective d’un scrutin serré la mobilisera au maximum.

La superstition selon laquelle le  premier tour est déterminant, que Sarkozy et Hollande ont  volontairement entretenue pour susciter le vote utile, a ses limites : si elle  avait quelque fondement, Mitterrand aurait été élu en 1974 et Jospin en 1995 !

Personne  ne sait  ce que fera Bayrou ( qui aura du mal à garder son siège de député, sans l’appui de l’UMP) ; il est connu que,  dans les hautes sphères du Front national, spécialement parmi les experts recrutés récemment par Marine le Pen, certains rêvent d’une victoire de Hollande, qui serait suivie, pensent-ils,   d’un quinquennat catastrophique des socialistes  , à la grecque,  où , l’UMP s’effondrant, la FN serait la seule véritable alternative ,  le tout  débouchant sur sa   victoire en 1997. Ce scénario inquiétant n’est pas invraisemblable, mais, du point de vue de la droite, il revient à   la politique du pire. Il n’est pas certain que   ces spéculations d’intellectuels rencontrent un écho très large chez  l’électeur de base du Front.

Compte tenu de ces données, les chances des deux candidats au second tour nous semblent  plus proches que ce que l’on croit généralement.

Le scrutin sera, en tout état de cause, serré. Dans un tel cas de figure, c’est généralement le plus déterminé qui l’emporte.

Roland HUREAUX

Par Roland HUREAUX
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 16:15

Le  vote  maladroit de la loi du 23 janvier 2012 tendant à  pénaliser la négation du  génocide arménien (il faudrait dire chrétien, car un tiers des victimes furent des  chrétiens non arméniens !) a eu au moins le mérite de montrer que la Turquie n’était  toujours pas  européenne.

Pas seulement par la géographie.

Seuls les naïfs se sont étonnés que, dans cette affaire, elle ne réagisse pas comme un pays européen « normal » : par la reconnaissance de sa culpabilité, la repentance, même hypocrite,  la  mauvaise conscience, mais qu’elle multiplie au contraire des manifestations d’orgueil outragé,  des  condamnations sans réplique de la France et des autres pays d’Europe qui voudraient se mêler de son histoire. Ce n’est pas, selon ses gouvernants, la Turquie qui est coupable mais nous qui faisons preuve, en rappelant ce qui  s’est passé en 1915-1916,  d’islamophobie et de racisme !

Aussi décalées sont les expressions de cette colère : manifestations monstres  couvertes de nuées de drapeaux turcs rouges  à Paris et dans plusieurs grandes villes.  Qui imaginerait  une manifestation d’une telle ampleur  d’Anglais contre la France en France, de Français contre l’Allemagne en Allemagne etc. ? Entre Européens, cela ne se fait pas.

Mais ce ne sont pas les bonnes manières qui font l’Europe, c’est la culpabilité. Culpabilité allemande en raison des crimes nazis,  au départ,  bien légitime,  mais qui, au fil des ans,  est devenue une culpabilité de toute l’Europe pour sa participation ou à tout le moins  sa passivité devant la Shoah, voire pour une culture qui y aurait tout entière conduit.  N’est-il pas significatif que la première manifestation d’européanité, si l’on ose dire,  qu’on a réclamé des pays des Balkans pour leur ouvrir la porte de l’Union, c’est la livraison de leurs présumés génocidaires au Tribunal pénal international de La Haye. Ce faisant, c’est  tout le peuple en cause qui  se reconnait coupable.

Inutile de dire que hors d’Europe, une telle mauvaise conscience n’a pas cours : on n’a jamais vu la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Algérie, pour ne retenir que des pays où ont été commis d’immenses massacres, se repentir de quoi que ce soit. Même si, à l’occasion, ils s’en préoccupent, les Etats-Unis et le Brésil ne semblent pas obsédés par le traitement infligé aux Indiens. 

Beaucoup voudraient que la Russie de Poutine batte sa coulpe pour les crimes de Staline comme les Allemands le font  sur ceux de  Hitler ; c’est oublier que les   victimes les plus nombreuses de Hitler n’étaient  pas allemandes, alors que la plupart de celles de Staline étaient soviétiques. En tous les cas, les dirigeants actuels de la Russie n’entendent pas, eux non plus, faire repentance de  quoi que ce soit.

La Turquie n’aurait guère de raisons de se plaindre de l’esprit de repentance européen, au contraire, aussi longtemps qu’on ne veut pas le lui faire  partager. Désireuse d’expier un passé supposé d’intolérance et de racisme, l’Europe  a pris parti dans les Balkans  pour les musulmans, alliés des Turcs,  contre les chrétiens orthodoxes. Elle fait les yeux doux à la Turquie, forte de son dynamisme économique et  méprise  la Grèce, pourtant matrice de la civilisation occidentale.  La  mauvaise conscience conduit à choisir presque toujours le   différent contre le semblable : la Turquie en  profite  aujourd’hui  largement.

Non seulement la Turquie a un comportement qui l’apparente à l’ensemble des puissances  non-européennes, mais elle se trouve à un tournant de son histoire. Pesant de plus en plus sur le plan tant  démographique qu’économique, elle ambitionne de  prendre sa revanche sur son passé d’ « homme malade de l’Europe » comme on la qualifiait  au  XIXe siècle; elle aspire à recouvrer le double héritage dont elle se sent dépositaire : celui du Khalifat, soit le commandement de tous les Musulmans, celui de l’Empire romain dont la dernière capitale fut Constantinople, d’où dérive Istanbul.  La révolte contre le président Assad  devrait lui  permettre de prendre pied en Syrie et donc de se rapprocher les Lieux saints qu’elle a dû abandonner en 1918.  Et cela avec l’aide des   Occidentaux ! Qui lui parle de repentance ?

L’Europe a  des racines chrétiennes, dira-t-on, c’est pourquoi elle se repent.  Mais la repentance moderne n’a pas grand-chose à voir avec le repentir chrétien. Le repentir chrétien, analogue au repentir juif tel qu’il est évoqué par exemple dans le psaume 103 : «  Comme est loin l’Orient de  l’Occident, Dieu éloigne de nous nos péchés  »  ne s’exprime qu’une fois ; la faute avouée  est pardonnée et on n’en parle plus.  Là où le  repentir met fin à la culpabilité, la repentance consiste au contraire  à l’entretenir.

Elle est une partie du mal européen contemporain, comme la récession démographique,   l’atrophie progressive du sentiment  national  et religieux, la réduction a minima des dépenses militaires et  une  désindustrialisation plus ou moins voulue.

La Turquie, elle, n’est évidemment  pas une civilisation aussi avancée. Elle ne se repent de rien, elle n’est  pas  encore européenne.

 

Roland  HUREAUX*

 

Auteur de La grande démolition, la France cassée par les réformes, Buchet-Chastel, janvier 2012 – 355 pages, 21 €

La décision  du  Conseil constitutionnel du  27 février 2012 a  annulé cette loi sur des considérations qui touchent toutes les lois mémorielles , sans  rapport direct avec la réaction turque.

Les estimations les plus courantes du nombre des victimes sont de 1 à 1,5 millions d’Arméniens, 0,5 million de Grecs pontiques (orthodoxes) et 0,5 million de chrétiens assyriens. Furent épargnés les habitants d’Istambul et de Smyrne où les exactions eussent été top voyantes, les catholiques et les protestants, peu nombreux et protégés de fait par la France et l’Allemagne.

Les Etats-Unis se préoccupent   en revanche de  la mémoire de l’esclavage noir.

Les fameux « bains turcs » ne sont que les thermes romains.

Par Roland HUREAUX
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 16:15

Le plus extraordinaire dans le « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance  dans l’Union économique et monétaire » préparé par ce que les Allemands appellent la « Merkozie »,  ce n’est pas d’abord qu’on ne le trouve qu’en version anglaise.

Le plus extraordinaire n’est pas non plus qu’après sa ratification, les Etats d’Europe auront moins de marge de manœuvre que les Etats fédérés des Etats-Unis d’Amérique pour établir  leur budget, ou qu’ils pourront être mis à l’amende  en cas d’infraction comme jamais l’Etat français dit jacobin n’osa  mettre à l’amende ses collectivités locales. Excessivement lourdes, ces amendes ressembleront,  en bien pire,  aux agios que les des banquiers imposent  aux entreprises ou aux particuliers déjà en difficulté, comme pour les enfoncer davantage. Qui peut croire que ce dispositif  marchera jamais ?

Non, le plus extraordinaire dans ce nouveau traité, que le MES (mécanisme européen de solidarité, déjà voté par le Parlement français) vient compléter,  est qu’il ne sert à rien. Il ne  sert à rien en tous les cas par rapport à la finalité que les politiques et les médias lui assignent :   sauver  l’euro.

D’abord parce que les problèmes de la zone euro sont immédiats et qu’ils se posent en premier lieu à des pays en déséquilibre budgétaire grave comme la Grèce et le  Portugal : la perspective que ces pays retrouvent  l’équilibre dans deux ou  trois ans, au demeurant douteuse,   ne saurait constituer une solution.

Ensuite parce que ce traité ne règle nullement la question centrale de la plupart des pays de la zone euro : la perte de compétitivité due à une hausse des prix intérieurs sur dix ans supérieure à celle de l’Allemagne. Elle entraîne, pour les pays où la hausse des prix a été la plus forte, un déficit de la balance de paiements  qui ne cesse de  s’aggraver.

Rétablir l’équilibre budgétaire,  à supposer qu’on y arrive,   ne résoudrait  donc nullement  pour eux  la question de la compétitivité  ; il faudrait pour cela opérer une gigantesque déflation , diminuer brutalement et concomitamment  non seulement les dépenses publiques et les salaires,  mais aussi  les  prix, une opération qui n’a jamais marché comme l’a montré la France des années trente.

Avec ou sans déflation, des économies budgétaires féroces plongent les pays les plus touchés dans une spirale récessive  sans issue : baisse des dépenses publiques, basse de la demande intérieure baisse de la production intérieure (déjà affaiblie par la perte de compétitivité),  baisse des rentrées fiscales, nouveau déséquilibre etc. Une spirale qui pourrait être demain celle de toute l’Europe.

Que le  nouveau traité   ne règle nullement le problème de l’euro comme on le laisse accroire, les principaux responsables européens le savent sans doute. A quel jeu jouent-ils donc ? A cela plusieurs réponses possibles dont aucune  ne se suffit.

 

A quoi jouent les dirigeants européens ?

 

La première est idéologique : les classes dirigeantes des pays de la zone euro ont, depuis vingt ans engagé toute leur crédibilité dans la réussite de  la monnaie unique. Reconnaître l’échec de celle-ci la ruinerait. Il leur faut donc  gagner du temps et, pour cela, avoir l’air  d’agir   pour  la prolonger, y compris en prenant des mesures  inopérantes. Ajoutons que , intellectuellement, ils se sont si  longtemps habitués à penser dans l’horizon de l’euro que toute autre perspective les trouverait largement désorientés, un peu comme les apparatchiks communistes à la fin de l’ère soviétique, habitués à ne penser qu’à l’intérieur de la dialectique marxiste et qui, jusqu’à la chute finale,  ne pouvaient que colmater les brèches.

Mais les plus enragés de ces idéologues vont plus loin. Ils se fondent sur   la théorie du rebond : l’intégration européenne, disent-ils,  a toujours progressé en rebondissant sur les difficultés, en   transformant les obstacles en leviers. De manière cynique, l’oligarchie européenne profite donc de la crise de l’euro  pour centraliser encore plus l’édifice, dépouiller un peu plus les souverainetés nationales. Il est pourtant   clair que, dès lors  que le problème de l’euro ne  sera pas résolu par le nouveau traité, cet édifice renforcé sera encore plus  en porte à faux.  Si la fuite en avant consiste à élever encore le château de cartes, on devine la fin de l’histoire.

Mais on peut aussi bien se contenter de faire de cette fuite en avant un analyse politique : ce plan de rigueur général n’est qu’un signal de plus que Mme Merkel est obligée d’envoyer  à l’opinion allemande pour obtenir son consentement au sauvetage de l’euro. L’Allemagne veut qu’on  saigne un peu plus les cochons ( PIIGS) !   En échange de quoi ? D’un  transfert budgétaire,  comme le voudrait la théorie fédérale   selon laquelle il n’est pas de communauté politique sans solidarité interrégionale ?  Il n’en est nullement question.  En échange d’un   étalement de la dette grecque et surtout d’un consentement à ce que  la BCE ait  recours, au rebours  de l’orthodoxie financière si prisée outre-Rhin,  à la planche à billets ?  C’est ce que la BCE vient de faire  en débloquant 500 milliards d’euros. Mais au bénéfice de qui ?  Des Etats en    difficulté ?  Non, au bénéfice des banques, lesquelles  prêtent aux Etats, entre 3 % et 25 %,  des fonds que la BCE leur avance à 1 % !   

 

A qui profite le statu quo ?

 

C’est pourquoi, il ne faut pas négliger un troisième ordre de raisons. A qui le « crime »  profite ? Même si certaines  banques privées ont dû abandonner la moitié de leurs créances vis-à-vis de l’Etat grec, la situation actuelle profite globalement au système bancaire. La fin de l’euro pourrait en même temps  sonner le glas d’un système où  les banques empruntent à 1 % à la banque centrale et reprêtent à des taux sensiblement   plus élevés aux Etats, profitant au passage d’une rente qui s’apparente à un enrichissement sans cause.  Pour pouvoir exiger  d’eux des intérêts élevés, il ne suffit pas  que ces Etats  soient  en difficulté, il faut aussi qu’ils ne meurent pas  et entretiennent l’illusion  qu’ils rétabliront leurs comptes.  La monétisation directe des dettes publiques qui suivrait l’éclatement de l’euro  tuerait sans doute la poule aux œufs d’or.

D’autres grands intérêts sont en jeu : ainsi celui des multinationales qui achètent à moindre prix  des actifs dans des pays tiers en s’appuyant sur un euro fort , quitte à laisser se dégrader jour après jour le tissu industriel du continent.

Le traité de stabilité ne résout  pas, quant au fond,  le problème de l’euro mais il permet de   prolonger l’illusion. Une illusion qui rapporte beaucoup à certains.

 

Roland HUREAUX*

 

Auteur de La grande démolition, la France cassée par les réformes,

Buchet-Chastel, janvier 2012 – 355 pages, 21 €

Et d’ailleurs des traités européens

Par Roland HUREAUX
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 16:13

Rien n’illustre mieux les impasses de la réforme de l’Etat telle  qu’elle est conduite en France depuis une quinzaine d’années  (disons depuis le rapport Picq) que les mésaventures du Pôle emploi, issu de la fusion  de  l’ANPE et des ASSEDIC. Additionnés, ces deux services comprenaient  39 000 emplois ; fusionnés dans le Pôle emploi, ils en comptent 10 000  de plus. Le  personnel bénéficie à la fois de la stabilité de celui de l’ANPE et des meilleures rémunérations de celui des ASSEDIC qui avait un statut privé.  Pour une  efficacité accrue ? Que non. La plus grande confusion  y  règne .

La fusion de directions ou d’organismes aux missions apparemment voisines (mais en réalité très différentes) est une des lignes directrices majeures de la réforme de l’Etat.  Sans le dire, elle  s’inspire du secteur privé : on fait des « fusions-acquisitions » avec l’arrière-pensée qu’on fera des  économies d’échelle. 

Or il est une grande loi, trop souvent méconnue,  de l’économie publique : la dimension n’y entraîne pas   des gains de productivité, au contraire.

Augmentation du coût global, désordre et souvent démotivation des agents : tel est, la plupart du temps, le résultat de la politique de fusion

Ainsi la fusion des  services des impôts et ceux du trésor : déjà très favorisés par rapport aux autres fonctionnaires, leurs agents le seront encore davantage. La vérité est que, ne voulant pas se déjuger face aux résistances, l’Etat a « acheté » le consentement des services en les arrosant de primes. La Cour des comptes a relevé que ces augmentations  dépassaient les économies escomptées de l’opération.

Police et gendarmerie, si elles n’ont pas  encore fusionné, ont été  rapprochées. Il faut s’attendre à ce que leurs avantages, qui sont différents d’un corps à l’autre, soient alignés sur le « mieux-disant ». C’est déjà commencé avec la multiplication des emplois supérieurs dans la police en tenue et la réduction des horaires dans la gendarmerie.  

A plus petite échelle, au 1er janvier 2010, la Cité des Sciences et le Palais de la découverte, qui ont des missions analogues,  ont fusionné. Les avantages du personnel de la Cité    étant sensiblement supérieurs à celui du Palais, le statut du personnel du second a été aligné sur celui  de la première : le coût de cet alignement dépasse très largement celui  des deux ou trois emplois de direction qu’on aura ainsi  économisés.

Non seulement ces fusions coûtent cher mais elles démobilisent les personnels.  Voyant leur spécificité et leur culture propre déniées, ils perdent en motivation, d’autant que, la logique de l’opération conduit à substituer  à la fierté  de corps, jugée à tort archaïque, selon la méthode anglo-saxonne, l’attrait de la prime, à partir de résultats chiffrés aussi manipulables que  fallacieux.

Dans certains cas on ajoute un échelon fédératif coûteux aux administrations existantes : ainsi les agences régionales de santé.

Et ne parlons pas de la volonté sournoise de fusionner nos 36 671   communes qui anime la plupart des lois votées depuis vingt ans  et qui est supposée, dans son principe, faire des économies: elle a abouti, tout au contraire, au   recrutement de plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires supplémentaires !

Il  se peut que les dégâts les plus importants aient été commis  dans les préfectures et autres services locaux de l’Etat.   Au nom de l’idée fausse qu’un  préfet devait, comme un chef d’entreprise , se reposer sur une équipe de 5 ou 6 grands directeurs (au lieu de la vingtaine existant jusque-là) , les services les plus hétérogènes ont été amalgamés pour le meilleur et la plupart du temps pour le pire : ainsi   un inspecteur de la  jeunesse et des sports se trouve sous  les ordres  d’un directeur des affaires sanitaires et sociales ( pôle social), un inspecteur du travail sous ceux  d’un conseiller du commerce extérieur (pole économie) etc. Le découragement devant ces réformes, généralement  confiées à de jeunes consultants sans expérience,  est profond.

Chacun de ces services a une réglementation très spécifique à  appliquer  et il n’a pas à recevoir des ordres du préfet tous les matins pour le faire.  Le rôle du préfet n’a rien à voir avec celui d’un chef d’entreprise.

Réglementation : voilà le maître mot.  Une réforme intelligente ne saurait être que patiente et analytique. Ce jeu  sur les organigrammes est  superficiel et  presque toujours contre-productif.  Regarder une à une les réglementations et les procédures que les fonctionnaires appliquent pour savoir qui fait quoi et essayer de les simplifier pour permettre ultérieurement une réduction des effectifs : voilà ce qu’il fallait faire. Si, au terme de cet examen, un service se trouve vidé de contenu : c’est alors qu’on  le supprime, pas avant.

En singeant les méthodes du secteur privé,  la réforme de l’Etat a abouti presque toujours à l’effet inverse de celui qui était recherché. Non point des économies mais des coûts supplémentaires. Il se peut qu’elle ait été,  paradoxalement, un des principaux facteurs de l’augmentation des charges publiques au cours des dernières années.    

 

Roland HUREAUX *

 

Auteur de La grande démolition, La France cassée par les réformes, Buchet-Chastel, janvier 2012, 355 pages, 21 €.

Par Roland HUREAUX
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