Quantcast

Roland Hureaux

MrHureaux

Recherche

Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:50

 

Face à la montée des oppositions au projet de loi sur le « mariage pour tous »,  le gouvernement allègerait le projet d’un ses  aspects les plus controversés : le droit des couples homosexuels à  « commander »  des bébés par PMA.

Cet amendement ne saurait susciter  que la méfiance  des  opposants au projet, non seulement parce qu’il est loin de satisfaire leur souhait, qui est,   pour la plupart, son  retrait pur et simple, mais aussi  parce qu’il risque de n’être qu’une concession de façade : ne dit-on pas déjà au lobby « gay » que sa  revendication,  provisoirement dissociée,  sera satisfaite  dans une loi ultérieure  sur la famille ou  la bioéthique  ? Et à supposer qu’elle  ne soit pas satisfaite  par la loi française, nous avons signé suffisamment de conventions internationales contre  toutes les formes de  discriminations  pour être un jour obligés de  le faire.

Mais ce n’est pas seulement sur ce sujet qu’aucun compromis n’est possible face au projet de loi.

 

Oublier les schémas classiques de négociation

 

Nous  ne sommes pas en effet  dans le  schéma  d’une négociation   classique portant sur des intérêts objectifs. Un  tel schéma  est bien  connu : je demande 100, vous m’offrez 20,  nous transigeons à 60.

Pour résonner de  cette manière, il faudrait supposer que nous ayons en face de nous un véritable groupe de pression  ressentant vraiment une discrimination, défendant vraiment des  intérêts  particuliers (fiscaux, sociaux ou autres). Auquel cas,  un compromis  serait en effet  possible comme il  l’est sur la revalorisation du SMIC ou les prix agricoles.

 Or tel n’est pas le cas.    Non seulement les homosexuels effectifs sont très minoritaires, mais seule une partie de ceux-ci sont partisans du mariage homosexuel, et une partie de ces  partisans  seulement  a vraiment le désir de se marier. Et pas pour des avantages matériels, pour le symbole !

Nous ne sommes pas dans une négociation classique parce que   la revendication est purement  idéologique. Ce que cherchent avant tout   les militants du lobby LGBT, c ‘est de faire reconnaitre par la loi la stricte  équivalence d’une relation homosexuelle et d’une relation hétérosexuelle. L’équivalence biologique  n’  étant pas possible, la loi doit passer outre et « faire comme si » les homosexuels pouvait être père et père en leur donnant des droits strictement égaux d’avoir recours à la  PMA ou d’adopter. L’idéologie, ce n’est pas nouveau,  exige que la loi corrige la nature, voire la nie.

Le  gouvernement   aurait pu se contenter de proposer un additif au code civil étendant  les droits des couples de droit commun aux couples formés par des homosexuels. Or il est allé  beaucoup plus loin : il a choisi de    bouleverser le droit de la famille dans son ensemble et  de changer la définition légale  du mariage  de tous , y compris de  l’immense majorité  hétérosexuelle, suscitant ainsi  la révolte de beaucoup qui  n'étaient  pas au départ hostiles au projet. Un   parti aussi radical ne serait pas compréhensible sans l’idéologie. Procéder autrement, c’eut été, du point de vue de l’  idéologie, continuer à traiter le couple homosexuel comme un cas à part : précisément  ce que l’on  veut abolir.

La conséquence  qu’  on pourrait dire mathématique  de cette démarche  est l’abolition, dans la foulée,  de la différence homme femme (père mère, grand-père   grand-mère, oncle  tante etc.) dans la loi   :

Si h x f  = h x h, ou si h x f = f x f,   c’est   que h = f !  Cqfd.

 

En finir avec le mariage

 

Pourquoi une telle exigence ?  Au premier abord, il s’agit de l’application pure et simple de l’idéologie du genre qui nie la différence naturelle  de l’homme et de la  femme pour n’en faire qu’une  réalité culturelle (que le législateur a dès lors le pouvoir et,  au motif d’égalité,  le devoir d’abroger).

Mais,  par-delà, se trouve  la volonté d’en finir avec  l’institution matrimoniale elle–même, puisque les tenants du  projet ne cachent pas que  leur souhait   est à terme de vider le mariage de son contenu  en supprimant  les  obligations, tenues pour résiduelles,  de fidélité, de corésidence, voire de soutien  mutuel.

Quelles motivations derrière ce projet fou ? On peut invoquer  la haine de l’héritage judéo-chrétien, qui est aussi la haine de la nature et donc la haine de soi, fondement  de toutes les idéologies.  La volonté de certains homosexuels    de se déculpabiliser en demandant à  la loi civile d’abolir une loi morale  millénaire et quasi-universelle qui proscrit  leur état, est  dans doute une autre motivation. Mais pour vouloir être  déculpabilisé, il faut se sentir  coupable. Cette loi millénaire aurait donc encore tant d’importance  qu'on veuille que  la loi civile vienne l’abroger ?

En considérant le caractère idéologique de la revendication dite « gay », on comprend pourquoi la suggestion   de  tels  hommes politiques voire de  tels évêques, qui proposent comme « moyen terme » d’améliorer  le pacs,  est à côté du  sujet. D’abord qu’elle est inutile,     le pacs  conférant  déjà beaucoup d’avantages. Ensuite  parce que  ceux qui, à l’époque,  l’avaient combattu, ont mauvaise mine à proposer aujourd’hui de l  ’améliorer. S’ils acceptent aujourd’hui le pacs, dira-t-on, ils accepteront demain le mariage : ils sont seulement en retard d’une bataille !  Enfin  parce que cette coûteuse concession  ne serait nullement à même de satisfaire une revendication qui porte d’abord sur les symboles.   

Plus satisfaisante pour les idéologues  serait   l’idée, caressée par’ certains, d’  une « alliance »  homosexuelle qui se conclurait en mairie, ce que la pression des maires et de l’opinion avait évité s’agissant du  pacs.  Pouvoir se pavaner sur le perron d’une mairie  en habit de marié et de mariée serait  en effet pour les militants homosexuels  une grande victoire symbolique même s’ils ne la jugeraient sûrement pas complète.    

Mais au point où en sont arrivés ces idéologues, il n’est pas sûr que même cela leur suffise. Ils attendaient depuis si longtemps un gouvernement qui soit entièrement acquis à leurs  thèses ; compte tenu de l’ampleur de la protestation qui s’élève contre  le projet, ils savent que c’est pour eux le moment ou jamais d’atteindre leur objectif ultime.  François  Hollande qui, dans une parfaite inconscience de  l’immensité des  problèmes anthropologiques sous-jacents , assez typique de la légèreté socialiste, le leur a promis,  donnerait l’impression de « se dégonfler » s’il faisait  aujourd’hui la moindre  concession.

Le gouvernement est ainsi  le dos au mur. Face à l’ampleur du mouvement  que se prépare, seuls un refus du projet par l’Assemblée nationale, par le Sénat ou, si le président le provoque, par référendum,  pourrait lui offrir  une issue où , sans donner l’impression de se renier, il éviterait  une grave cassure de  la société française.

 

Roland HUREAUX

 

Les livres de Roland HUREAUX peuvent être commandés chez votre libraire ou sur

http://www.amazon.fr/Roland-Hureaux/e/B004MNSEEK

 

Par Roland HUREAUX
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:49

 

 

Il est beaucoup question ces temps-ci de laïcité.  En son nom, le premier ministre Ayrault avait   récusé les prises de position   des évêques  sur le mariage homosexuel.  Dans une déclaration  très contestée, Vincent Peillon,  ministre de l’éducation nationale,  grand défenseur de ce principe, a voulu interdire aux établissements catholiques d’en débattre.

Peu inspiré sur  le  plan économique et social, le gouvernement socialiste a voulu    faire de la laïcité son cheval de bataille :   en réformant la constitution pour y introduire la séparation des Eglises et de l’Etat (au risque de mettre fin  aux nombreuses exceptions qui  ont  permis jusqu’ ici de l’appliquer avec   souplesse),  en créant de nouvelles instances pour la mettre en œuvre etc.

 Mais de quelle laïcité parle-ton ?

Qui ne voit combien la notion s’est  radicalement  transformée  depuis les débuts de la  IIIe République au point d’en devenir méconnaissable ?

Au temps de Jules Ferry, la  laïcité était inséparable d’une morale.  Laquelle ?  : « Cette  bonne et antique morale que nous avons reçue de nos pères et mères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie, sans nous mettre en peine d’en discuter les bases philosophiques. ». A  l’école publique, la morale faisait non seulement l’objet d’un enseignement dédié  mais imprégnait  toutes  les disciplines.    Une morale, en continuité avec l’histoire et une morale  universelle : «Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. »  «  Nous avons la même morale » lança  Jules Ferry au  monarchiste  Albert de Mun.   

L’école laïque rappelait avec la même insistance les devoirs envers  la patrie. Et  même si la République a combattu vivement l’Eglise catholique, l’héritage chrétien  se trouvait à chaque page  des manuels d’histoire d’Ernest Lavisse,  par respect   du passé certes,  mais surtout  de l’objectivité, une des composantes de base  de la laïcité !    

 

Le naufrage  de Mai 68

 

Cette  morale laïque a sombré corps et biens dans la foulée de Mai 68.  Le tournant fut  la  suppression des cours de morale à l’école élémentaire : elle se fit sans instruction particulière, par simple constat d’   obsolescence.  De toute la morale et  pas seulement du volet familial ou sexuel. Il devint « interdit d’interdire ». Depuis quelques années, les hommes politiques, de droite ou de gauche,  parlent de la réhabiliter, mais aucun ne l’a  fait.  Peillon ne le fera pas plus que les autres pour la bonne raison que la notion de laïcité a muté.

Elle signifiait la neutralité par rapport aux seules croyances, laissant  intact le socle  de la morale dont   les premiers républicains croyaient, dans la lignée de Voltaire et de Rousseau, qu’il transcendait les dogmes des différentes  confessions. La laïcité  signifie aujourd’hui la neutralité par rapport à la morale elle-même, dont  les formes traditionnelles sont  disqualifiées  et tenues pour relatives – ou évolutives. .

Récusée dans sa globalité,  la morale devient sectorielle – et lacunaire : au  lieu du respect d’autrui en général,  la lutte contre les comportements racistes ou homophobes. Mais pas le respect des personnes âgées : malheur aux catégories qui ne font pas partie du politiquement  correct de l’heure ! Des  morales  idéologiques catégorielles se sont ainsi  substituées  à la morale  universelle. 

Evoquer la famille ou la patrie ou  supposer qu’à côté des droits (en premier lieu les droits de l’enfant)  , il puisse y avoir aussi des devoirs, est tenu pour  anathème. A la morale de l’effort s’est substituée la pédagogie moderne fondée sur le moindre effort : l’actuel ministre, ce n’est pas un hasard,  propose de légaliser  le cannabis ou de supprimer les notes.  Au nom de la neutralité religieuse,  l’héritage chrétien est éliminé ou diabolisé dans ce qui reste des programmes d’histoire.   

C’est dans cet esprit  qu’un  projet comme celui  de mariage unisexe peut être tenu pour laïque, alors même qu’au temps de Jules Ferry et de Ferdinand  Buisson,  il  eut suffi à envoyer son auteur à Sainte-Anne. La PMA pour couples homosexuels contredit la maxime de Kant, philosophe préféré des premiers laïques,  selon laquelle la personne humaine doit toujours être tenue pour une fin. Qui ne voit combien un tel projet  satisfait bien peu au  critère  proposé par le grand ministre à ses instituteurs : « Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous   si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire » ?

De cette mutation idéologique de l’idée de  laïcité,  le libéralisme libertaire   est le principale responsable. Et c’est la gauche  qui a joué le rôle principal dans le délitement du vieil esprit laïque. Jacques Chirac   dit une fois  que son grand-père  était « un instituteur  de gauche   de la IIIe République, c’est-à-dire    le contraire d’un enseignant  gauchiste de la  Ve ».   

Cette mutation est occultée par les réactionnaires  qui croient, à tort,  que   la remise en cause de la morale   était déjà, en puissance,   dans la Révolution française et  l’école laïque. Elle est occultée tout autant  par les libertaires qui, eux aussi, se voient, au nom du progrès,  dans  la suite  des Lumières.  

C’est en raison de cette mutation que  le débat actuel qui sépare l’Eglise et l’Etat n’est  nullement assimilable  aux querelles du début du XXe siècle.  La république voulait alors, au nom de la raison, affaiblir l’influence d’  une Eglise encore forte dont les dogmes ne l’intéressaient pas mais  ne remettait pas   en cause sa morale.  Aujourd’hui, l’Eglise catholique,  affaiblie,       défend  non pas  d’abord  son  influence   mais la morale naturelle  - qu‘on peut aussi bien appeler laïque – contre la déraison de  l’idéologie libertaire.  Les autres religions, font front avec elle. Une partie de l’opinion, même indifférente aux dogmes,  suit  et surtout,  la raison a changé de camp.                                    

 Roland HUREAUX                      


Les livres de Roland HUREAUX peuvent être commandés chez votre libraire ou sur

http://www.amazon.fr/Roland-Hureaux/e/B004MNSEEK

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lettre de Jules Ferry aux instituteurs, 27 novembre 1883

Op.cit.

Op.cit.

Par Roland HUREAUX
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:46

 

Publié par Atlantico 

 

 

LA FIN DE LA FIN DE L’HISTOIRE

 

Le double veto de la Russie et de la Chine à l’ONU à une intervention occidentale en Syrie marque le début d’une ère nouvelle dans les relations internationales

 

Depuis la chute du communisme soviétique, rien ne semblait pouvoir  arrêter la  toute-puissante Amérique.   Le monopole de l’hyperpuissance, représentant à elle seule près de la moitié des dépenses militaires dans le monde,  semblait présider  au règne,  tenu pour  définitif, de  l’économie libérale et de la démocratie élective.

Forts de cette hégémonie, les Etats-Unis entreprirent de répandre par les armes  le bien  dans le monde . En Yougoslavie,  puis en Afghanistan, en  Irak, en Libye.  Chaque fois au prix de dizaines ou de centaines de milliers  de victimes, principalement civiles,  et sans que le  nouveau régime mis en place donne nulle part de meilleures garanties démocratiques – ni même, dans le cas de l’Irak, d’allégeance au camp occidental.   Nul ne doutait  que viendrait le tour de la Syrie d’Assad, la dernière dans le collimateur,  une dictature certes, mais sûrement pas pire, au contraire, que certains  alliés des Etats-Unis comme l’Arabie saoudite ou le Qatar.

Mais la Chine et la Russie qui s’étaient senties flouées par  une intervention occidentale en Libye dépassant largement le mandat  du Conseil de Sécurité auquel ils avaient consenti,  ont juré qu’on les y reprendrait plus. Un premier veto avait été opposé à une condamnation unilatérale du régime d’Assad  en octobre 2011 mais les Occidentaux n’en avaient pas perçu tout le poids ; forts de leur bonne conscience inébranlable, ils pensaient ramener sans mal Moscou à ce qu’ils jugeaient être la voie de la raison.  Avec deux nouveaux vetos  en février puis en juillet 2012, beaucoup plus directement dirigés contre l’idée d’une intervention militaire de l’OTAN,   leurs  illusions sont tombées.

Certes ils pourraient, comme ils  l’avaint fait en   Yougoslavie en 1999,  passer outre, mais le risque politique, dans une région qui demeure une poudrière et face à une Russie plus forte qu’en 1999,  serait cette fois démesuré.

Comme un  enfant,   les Occidentaux, qui ne semblent pas avoir compris immédiatement le massage, donnent des coups de pied dans la porte qu’on leur a fermée au nez. Sans craindre l’emphase, Juppé a ainsi  dénoncé le comportement de la Russie comme « criminel ».

 Beaucoup espèrent aussi  arriver à renverser le régime sans  intervention directe, en fournissant des armes sophistiquées à  la seule opposition sérieuse que rencontre aujourd’hui le régime d’Assad : des djihadistes de plus en plus radicalisés. Les avertissements pourtant clairs selon lesquels les Russes ne laisseront pas s’effondrer ce    régime  sans réagir sont minimisés par  la presse.  

Poursuivre sur cette voie, c’est faire courir les risques les plus graves  à la sécurité régionale  et même à la paix mondiale.

  D’autant que des pays comme l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud  qui ne disposent pas du droit de veto, sont néanmoins sur la même ligne que  la Russie et la Chine.

Au total les pays réticents à l’action occidentale représentent 80 % de la population de la planète. Ce n’est plus l’Empire du Bien contre un groupe d’Etats-voyous ou de terroristes ( en l’occurrence, les terroristes sont dans le camp occidental) , ce sont les Etats-Unis et leurs vassaux,  gouvernements  européens et arabes, contre le reste du monde. Que dans un tel contexte, les gouvernements  français successifs ne  cherchent à se singulariser que par la surenchère, reconnaissant seuls,  par exemple,  le pseudo-Coalition nationale syrienne installée à Doha, parait singulièrement irresponsable.


  Roland HUREAUX


Les livres de Roland HUREAUX peuvent être commandés chez votre libraire ou sur

http://www.amazon.fr/Roland-Hureaux/e/B004MNSEEK


 

 

 

 

 

Par Roland HUREAUX
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:43

Publié par Atlantico 


François Mitterrand  disait «  Au-dessus d’un million de personnes dans la rue, le régime vacille ».

Il n’est pas sûr que François Hollande, qui a pourtant été son collaborateur, l’ait compris.

On ne saura jamais le  nombre exact de manifestants  de l’extraordinaire journée du 13 janvier 2013. A tout le moins peut-on mesurer la progression entre le 17 novembre et le 13 janvier. Selon la préfecture de police, de 70 000 à 350 000, selon les organisateurs, de 200 000 à 1 million, soit,  dans les deux cas, une multiplication par cinq.

Certes, la première manifestation était régionale, la seconde nationale, mais, malgré le nombre impressionnant de cars venus de province, l’immense majorité des participants était parisienne.

La principale animatrice du mouvement  La Manif pour tous, Frigide Barjot, a demandé une audience au président de la  République,  faute de laquelle elle annoncera    une nouvelle manifestation.

Aura-elle gain de cause ?  C’est peu probable. A supposer même qu’on la reçoive, ce qui serait la moindre des choses compte tenu de l’ampleur du mouvement qu’elle représente,  le projet ne saurait, à ce stade, être  retiré par  François Hollande sans qu’il donne le sentiment d’une reculade.  Il n’envisage pas davantage de le soumettre à référendum : les juristes ne sont pas d’accord pour savoir  si la constitution le lui permet. Il pourrait à la rigueur annoncer que les députés seront autorisés à  voter  en conscience, ce qui, quoique normal, rendrait aléatoire son approbation, mais  le lobby LGBT ne le lui pardonnerait pas davantage qu’un retrait pur et simple. Le retrait de la PMA  pour les couples homosexuels est  une concession cosmétique, dans la mesure où son autorisation est reportée à un autre texte  - et en tout état de cause il ne suffirait pas à satisfaire les adversaires du projet dont la première motivation est de  préserver  le symbole du mariage. 

Les voies d’un compromis étant à peu près fermées, les perspectives sont d’autant  plus dramatiques.

 

Une situation révolutionnaire ?

 

La prochaine manifestation verra-t-elle une nouvelle multiplication par cinq  des effectifs, ce qui créerait une situation quasi révolutionnaire ? Rien n’est à exclure : la détermination des manifestants  est totale  et nul doute qu’  ils reviendront presque tous. La grossière sous-estimation de leur  nombre par la préfecture de police,  dénoncée un peu partout sur  internet,  a été ressentie  comme un camouflet, un refus de reconnaitre leur démarche et donc une incitation à manifester à nouveau, en emmenant au besoin de nouvelles recrues.

Si le plein semble avoir été à peu près fait du côté des catholiques parisiens, surtout dans les classes moyennes, et sans doute aussi chez les évangélistes, des réserves existent dans le christianisme populaire, en particulier antillais,  chez les non pratiquants et surtout chez les musulmans. Ils étaient certes représentés dans la manifestation du 13  janvier, mais à petite dose. Il semble que ceux  qui sont venus soient retournés enthousiastes de ce qu’ils ont vécu  comme un grand acte de participation à la vie  politique nationale et en définitive d’intégration.   Les appels à manifester de l’UOIF ont été timides ; un  déclic pourrait se produire la prochaine fois amenant  une bien plus large participation.

Mais la grande réserve de nouveaux  manifestants se trouve en province. Dans la plupart des départements il ne s’est agi que d’un galop d’essai timide. Les participants  sont eux aussi revenus enthousiastes. Déjà la logistique se prépare pour envoyer la prochaine fois à Paris beaucoup plus de cars.

Le gouvernement refusera-t-il  de céder si deux ou trois millions de manifestants se trouvent dans les rues de Paris ? Cela n’aurait aucun précédent. Lors de l’affaire de l’ école libre en 1984, François Mitterrand avait clos le débat  en annonçant  un référendum – qui n’a jamais  eu  lieu.

Il n’est pas exclu non plus que si, comme tout le laisse prévoir, le  mouvement prend de  l’ampleur, la revendication s’élargisse,   que des mécontents que la question du mariage   n’intéresse pas nécessairement,  se joignent aux manifestants  pour exprimer leur hostilité à un gouvernement dont la cote de popularité est au plus bas et qui devra sans doute annoncer  bientôt de nouvelles mesures d’austérité pour tenir  ses engagements  européens.

On ne saurait non plus exclure que les banlieues profitent de la manifestation, dont ils connaissent désormais l’ampleur  et le caractère festif et   à l‘égard de laquelle  ils ne ressentent  aucune antipathie,  au contraire, pour débouler massivement vers le centre de la capitale.

Que le mariage unisexe n’ait pas grand-chose à voir avec les préoccupations quotidiennes de la plupart des Français : licenciements, chômage,  érosion du niveau de vie, incertitude de l’avenir, n’empêche pas qu’un mouvement social de grande ampleur puisse démarrer de là. L’histoire nous montre qu’  entre le détonateur   d’une crise politique et sa réalité, la distance est souvent grande : en 1830, une soirée à l’Opéra à Bruxelles a fait l’indépendance de la Belgique,  en 1848, l’interdiction d’un banquet à Paris, la présence trop voyante de la danseuse Lola Montés, maitresse du roi, à Münich,  ont fait la  révolution.

Car, à bien des égards, la situation est révolutionnaire : sur la plan économique, les Français n’accepteront pas indéfiniment un régime d’austérité dont beaucoup leur disent qu’ils n’est pas vraiment nécessaire, au moment où , parallèlement,  le trouble apporté au sentiment  identitaire n’a jamais été aussi  profond. 

Sur cette question de l’identité, un des mérites de La  Manif’  pour tous  a été de déplacer la césure à laquelle tout le monde pensait avant, entre Français de souche et immigrés, vers une autre césure, plus idéologique et sans doute plus fondamentale, entre deux France : d’un côté  ceux pour qui  le mariage unisexe est une évidence, soit la  partie la plus influente de la classe dirigeante et ceux qui sont sous sa coupe, et, de l’autre,  ceux pour qui il est une absurdité, soit une autre France, qui représente un très large éventail :  la partie la plus traditionnelle de la bourgeoisie,  la plus grande partie du peuple « indigène », mais aussi  la plupart des immigrés. Il est difficile de dire si ce nouveau « bloc historique» se consolidera ; il est en tous les cas  à même de renouveler en profondeur la problématique de l’intégration.

Même si les manifestants récusent toute haine,  ne prétendant exprimer que l’amour du mariage, ils ont, au fond d’eux-mêmes,  leur cible : ce ne sont pas, contrairement à ce que l’on prétend,  les homosexuels, mais le monde des médias, libertaire,  christianophobe et manipulateur dont ils voient tous les jours qu’il leur est majoritairement hostile. Le décalage entre la réalité vécue de la manifestation et son  compte-rendu médiatique a encore     approfondi le fossé en même temps qu’il    a développé la confiance en eux-mêmes  de  ceux qui se sentaient jusque-là  idéologiquement exclus.  Plus encore que le gouvernement  et que naturellement les « gays », accessoires dans l’affaire,  ce sont tous les grands prêtres  du politiquement correct qui se sont trouvés désavoués le 13 janvier. Leur amertume, allant jusqu’à la dénégation (la guerre du Mali offrant un bon prétexte pour minimiser la manifestation), qui s’exprime dans beaucoup de compte rendus,  montre que les intéressés l’ont compris.

A moins que  de graves  évènements,  comme une nouvelle crise européenne  ou un durcissement de la guerre,    n’offrent un alibi au président  pour  reporter aux calendes le projet, la puissance du  mouvement lancé  le 13 janvier,  conjuguée  à la  logique idéologique folle dans laquelle le gouvernement s’est fort imprudemment enfermé, pourrait conduire à des  bouleversements  d’une ampleur qu’on ne soupçonne pas encore.

 

  Roland HUREAUX

Que Le Parisien d’aujourd’hui tire sur « qui va payer les pelouses abîmées du Champ de Mars ? » témoigne à soi seul de tout un état d’esprit. Dans le même registre,  Marianne.fr démontre que la Préfecture de police ne se trompe  jamais dans les chiffres !  

Les livres de Roland HUREAUX peuvent être commandés chez votre libraire ou sur

http://www.amazon.fr/Roland-Hureaux/e/B004MNSEEK

 

 

Par Roland HUREAUX
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 23 décembre 2012 7 23 /12 /Déc /2012 21:43

 

S’il fallait un symbole  du  déclin du syndicalisme français,  on n’en trouverait pas de meilleur que  le ballon marqué CGT flottant sur la pitoyable manifestation du 16 décembre à la Bastille en faveur du projet de loi gouvernemental instaurant le  mariage  et l’adoption homosexuels. Pitoyable : même les chiffres  de la préfecture de police (60 000) sont jugés grossièrement exagérés par la presse.  Bien que la  gauche  ait, à la différence de la droite, la culture de la manifestation,  elle fait cependant    pâle figure   face à la  « La Manif’ pour tous » du 17 novembre.

Pourquoi parler de déclin du syndicalisme?

D’abord parce que cette bataille, pour une cause typiquement « bobo », se trouve aux antipodes  des batailles historiques du syndicalisme français : que diraient Victor Griffuelhes , Léon Jouhaux, Benoit Frachon à voir leur centrale syndicale engagée dans un combat à mille lieues de ceux qu’ils menèrent ?

Tournant le dos à son histoire, la CGT, en s’engageant dans cette bataille douteuse, le tourne  aussi à la classe ouvrière.  Que pensent aujourd’hui les ouvriers d’Arcelor-Mittal  de voir le plus grand syndicat français militant  de manière aussi voyante pour  une cause si étrangère à leurs préoccupations. Se sent-elle tant d'affinités avec Pierre Bergé ? La CGT aurait-elle suivi les propositions de la fondation  Terra Nova,  proche du parti socialiste et  financée par les  multinationales américaines : laisser tomber la classe ouvrière et se tourner vers les nouvelles classes branchées en prise avec une économie mondialisée.

Déclin aussi parce qu’un tel engagement amène à s’interroger  sur la  liberté de la grande confédération vis à vis du pouvoir. Il faut voir dans quel contexte s’inscrit la manif’ du 16 décembre : surpris de la résistance l’opinion, pas seulement catholique,  à son projet de « mariage pur tous », le mouvement a battu le rappel de ses alliés. La CGT a répondu  à l’appel. Déjà au temps de Sarkozy,   la loi du 20 aout 2008  favorisait la CGT et la CFDT au détriment des petits syndicats (FO, CFTC, CGC).  Comment imaginer que les deux principales  centrales n’aient pas apporté de contreparties à ces faveurs ?  

Non qu’elles soient   unanimes sur le mariage homosexuel, loin s’en faut. La majorité de leurs  adhérents  y sont certainement hostiles. Le  conseil d’administration de la Caisse nationale des allocations familiales  ne s’était prononcé    contre le projet que  grâce aux  voix de la CGT, la CFDT ayant, ô surprise, voté pour !  La CFDT s’est aussi engagée en faveur de la manifestation du 16 décembre  mais timidement et tardivement. On peut penser que la participation si voyante de la CGT à cette  manifestation, plus qu’elle n’exprime  une adhésion,  est  un de ces services qu’on ne refuse pas aux amis.

Mais  certains  syndicalistes y verront peut-être la continuation de  la tradition libertaire du mouvement ouvrier français, venue de  l’anarcho-syndicalisme. Redoutable malentendu : si, du temps de Maurice Thorez et de Jeannette Vermeersch, il était d’usage  que les couples ouvriers ne passent pas devant Monsieur la Maire (jusqu’à ce que Staline y mette bon ordre !) et encore moins devant Monsieur le Curé, les mêmes se targuaient d’une rigoureuse fidélité, dénonçant l’adultère  comme un vice  de la bourgeoisie. De mariage homosexuel,  il n’avait jamais été question jusqu’à la fin du XXe siècle, sachant que ce projet n’a rien à voir  avec une  tolérance légitime pour l’homosexualité, laquelle  d’ailleurs n’allait pas  de soi dans  les banlieues ouvrières d’antan – comme dans les cités immigrées d’aujourd’hui.

Surtout la position de la CGT laisse supposer que, face à la  vague mondiale de la    philosophie   libérale–libertaire, la gauche pourrait choisir le volet libertaire et écarte le volet libéral (nous supposons, peut-être à tort, que la CGT ne s’est pas encore ralliée à  l’ultralibéralisme !). Certes l’association « li-li »   ne pose pas problème aux sociaux-démocrates  et aux centristes qui ne récusent  pas le mondialisme. Mais la gauche de    la gauche, réputée peu libérale,  a tort d’imaginer qu’on puisse séparer les deux.

La philosophie libertaire est essentiellement fondée sur la destruction de ce qui fut longtemps la structure de base  de toute société : la famille instituée, tenue désormais pour un tabou à faire sauter. C’est pourtant la famille  qui donne des repères, qui offre une solidarité distincte de celle d’État,  c’est elle  qui a permis à beaucoup de minorités opprimées de résister  (ainsi les huguenots sous Louis XIV comme  le rappelle Pierre-Patrick Kaltenbach). En offrant des axes de coordonnées, des points d’appui, une culture, fut-elle rudimentaire, la famille donne au dominé des ressource intellectuelles qui lui permettent de s’émanciper  du  discours du dominant. Or les  tenants du mariage « gay » ne s’en cachent pas : il ne s’agit nullement  pour eux de consolider une institution  (bien fragilisée aujourd’hui) en en  étendant l’usage, mais de préparer sa destruction : pour ses  partisans les  plus déterminés, c’est, à  terme,  l’obligation de fidélité et de stabilité qui doivent sauter. Ce qui doit advenir des enfants  au terme d’une telle désagrégation  est  préfiguré  par  l’idée d’une PMA sur étagère ou d’une gestation pour autrui, que les plus fanatiques veulent inclure dans la loi,   exprimant  leur profond mépris de l’homme.

A terme,  l‘objectif, quoi qu’en pense une certain gauche, est  l’homme atomisé des libéraux, à la fois producteur (le plus possible)  et consommateur (le moins possible),  soumis à la seule loi  du marché. Et par derrière celle-ci, l’implacable loi darwinienne de la struggle for life qui justifie la domination des forts sur les faibles.

Libéralisme et libertarisme : clairement,  il s’agit du même combat. Ceux qui, au plan international,  promeuvent cette double philosophie le savent bien. La revendication « gay » est strictement contemporaine de  l’essor de l’ultralibéralisme à partir de 1980. C’est dire à quel point il est  pitoyable de voir s’associer à ce combat douteux la plus prestigieuse des centrales syndicales françaises.

 

 Roland HUREAUX

Les livres de Roland HUREAUX peuvent être commandés chez votre libraire ou sur

http://www.amazon.fr/Roland-Hureaux/e/B004MNSEEK

 

 

Par Roland HUREAUX
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés